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Life 25/09/2026 17:50 Actualisé le 25/09/2026 21:14
Sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes catholiques s’enthousiasment pour la venue du pape. Les visages d’une jeunesse plus croyante que ses prédécesseurs ?

Captures d’écran TiKTok : @usr_56umu, @laury.snz
« J’ai l’impression qu’à l’époque, la religion, c’était beaucoup par tradition. Nous on s’y intéresse par nous-mêmes et parfois, ce sont nos familles qui nous jugent », décrit Licia
EN BREF • Les réseaux sociaux, notamment TikTok, influencent de nombreux jeunes à s’intéresser à la religion, comme Licia, qui a découvert le catholicisme en ligne.
• Les baptêmes augmentent chez les jeunes, indiquant un rapport nouveau à la foi, malgré une société sécularisée.
• Philippe Portier souligne une recherche de spiritualité et de communauté face aux crises modernes.
Ils sont 80 000 à avoir moins de 35 ans et, sur les réseaux sociaux, ils ne cachent pas leur excitation avant de rejoindre le Pape pour la veillée au Stade de France. Il faut dire que le programme du souverain pontife à Paris fait la part belle à la jeunesse : en plus de cette soirée dans le plus grand stade du pays, un rassemblement pour les adolescents aura lieu samedi matin sur le parvis de la Défense, avant de rejoindre la messe place de la Concorde.
Que l’Église ait des propositions à l’égard des jeunes, cela n’a rien de nouveau, puisqu’elle « ne s’est jamais désintéressée de la jeunesse », pointe Philippe Portier, directeur de l’École Pratique des Hautes Études et coauteur de La religion dans la France contemporaine (ed. Armand Colin, 2021). Mais la jeunesse de 2026, elle, semble entretenir un rapport nouveau avec l’Église. C’est ce que suggèrent les chiffres de l’institution, qui rapporte une hausse de 28 % des baptêmes chez les adultes et de 10 % chez les adolescents en 2026.
C’est aussi ce qu’on peut voir sur les réseaux sociaux, où beaucoup d’adolescents et jeunes adultes, témoignent de leur vie de « jeunes chrétiens dans des familles athées », et racontent leurs habitudes de messe, de prière, ou leur Carême.
C’est le cas de Licia, qui a grandi dans le Nord dans une famille qu’elle décrit comme « plus ou moins athée, ou du moins peu pratiquante. » Plus concrètement, elle raconte quelques baptêmes par tradition, et une célébration annuelle de Noël, mais « sans plus ».
L’influence du « TikTok Chrétien »
« Je me suis toujours intéressée à la création du monde, décrit la jeune adulte, dont la curiosité pour le catholicisme est née sur TikTok. Ce n’est pas quelqu’un qui m’a parlé de Jésus. Ce sont les réseaux qui m’ont donné envie, puis je me suis renseignée par moi-même en lisant la Bible, le catéchisme, en regardant des vidéos… »
Après quelque temps passés à se renseigner dans son coin, elle rejoint une paroisse il y a deux ans. « C’est là que j’ai demandé les sacrements du baptême, de la communion et de la confirmation. Pour cela, j’ai été accompagnée avec des cours, l’entrée en Église, la rencontre avec l’évêque… J’en parle beaucoup sur mes réseaux », détaille la jeune adulte, dont le compte TikTok est suivi par 10 000 personnes. Ses abonnés ont notamment été nombreux à la féliciter pour son baptême, à Pâques 2026. Elle n’est pas la seule à célébrer cet événement sur le réseau social : de nombreux adultes et jeunes adultes y montrent leur entrée dans la foi.
Cette envie de baptême est-elle le symbole d’un fossé générationnel ? Du côté de sa famille, Licia l’assure, personne n’a été fermé à l’idée. « Je n’en parle pas avec certains parce que je sais que ça peut les gêner, mais il y en a d’autres qui s’y sont intéressés, qui m’ont accompagnée pendant mon catéchuménat, qui m’accompagnent à la messe… »
« On s’intéresse à la religion par nous-mêmes »
Philippe Portier, lui, tempère l’idée d’une nouvelle génération plus croyante que ses parents. « Les jeunes sont moins portés que la population générale à dire qu’ils sont catholiques. En revanche, lorsqu’on leur pose des questions relatives à la croyance en Dieu, ils ont des attitudes beaucoup plus positives que les plus anciens. Il y a donc une sorte de décrochage entre l’appartenance et la croyance », souligne le politologue. En d’autres termes, même s’ils sont moins nombreux à revendiquer une religion, les jeunes croient plus en des divinités, ou en la vie après la mort que leurs prédécesseurs.
Il rappelle également que la sécularisation [perte d’influence de la religion, ndlr] à l’œuvre dans la société concerne toutes les générations de la même manière. Or, dans une société où la religion perd de son importance, l’identité religieuse peut devenir une forme de contre-culture, si chère à la jeunesse. « On a un rapport différent à la religion. J’ai l’impression qu’à l’époque, la religion, c’était beaucoup par tradition et par obligation. Nous, souvent, on s’intéresse à la religion par nous-mêmes et parfois, ce sont nos familles qui nous jugent ou qui ne comprennent pas », décrit Licia. Philippe Portier abonde : il n’est pas majoritaire, mais on remarque bel et bien un mouvement de jeunes adultes baptisés qui n’ont pas reçu la foi en héritage. Ils s’y intéressent en discutant avec des amis, ou après des événements difficiles. Un parcours moins marqué par les réseaux sociaux que l’action humaine des amis ou des connaissances.
Éprouver un sentiment de communauté
Une chose est sûre, le chercheur constate chez les jeunes une recherche de spiritualité « dans un monde sans cœur ni esprit, comme disait Marx ». Il décrit la modernité que nous vivons actuellement comme en crise : « crise du progrès, crise de la science, crise des repères, crise de la Nation, crise du politique qui n’arrive plus à gérer la société, alors qu’on lui imputait dans les années 60 et 70 une grande capacité en la matière… »
Au sein des structures religieuses, les jeunes seraient alors à la recherche d’une « sociabilité de l’émotion, qui permet d’éprouver le sentiment de la gratuité, de l’altérité, de la solidarité », à rebours d’une « société d’individualisation, de rigidité, de froideur, et de loi économique ». Un besoin bien présent dans l’univers de pensée des jeunes, pointe l’expert. « Les événements comme la visite d'un pape permettent d’éprouver le sentiment du groupe, de la communauté. » Licia, elle, compte profiter de cette joie à distance, en regardant la retransmission de la messe. « Même à cette échelle, je suis hyper enthousiaste et contente. »


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