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Itinérance à Québec : des mesures « insuffisantes » et qui « tardent à se concrétiser »

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Un récent rapport critiquant la Ville de Québec sur sa gestion de l'itinérance a mis des mots sur les problèmes vécus et observés par le milieu communautaire. Si les organismes reconnaissent les efforts de l'administration du maire Bruno Marchand, plusieurs déplorent des mesures « insuffisantes » et qui « tardent à se concrétiser ».

Radio-Canada rapportait la semaine dernière la publication d'une analyse d'Architecture sans frontières Québec (ASFQ), commandée par la Ville elle-même. Réalisée en 2024, l'étude a été diffusée discrètement il y a quelques jours, un an après avoir été complétée.

Formulant 27 recommandations, le document fait écho à de nombreuses préoccupations que les organismes communautaires en itinérance portent à l’attention de la Ville de Québec depuis plusieurs années, soutient Mary-Lee Plante, coordonnatrice au Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ).

Très attendu dans le milieu communautaire, le rapport met en lumière la nécessité d’adopter des pratiques plus humaines favorisant un réel partage de l’espace public, selon Mme Plante. Il nous apparaît incontournable – voire même urgent – que la Ville de Québec se saisisse sérieusement des constats et des recommandations formulés dans ce rapport.

Des personnes en situation d'itinérance au centre-ville de Québec.

Suivant la tendance provinciale, le nombre de personnes en situation d'itinérance a augmenté à Québec au cours des dernières années. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

ASFQ a notamment constaté des tensions dans Saint-Roch entre les différents groupes de la population qui fréquentent ou vivent dans le quartier.

Que ce soit parmi les citoyen[s] logé[s] ou les personnes en situation d’itinérance, plusieurs ne se sentent ni les bienvenu[s] ni en sécurité dans les espaces publics de Saint-Roch, peut-on lire dans le rapport, témoignant d'une détresse et d'une dépossession ressenties par l'ensemble des parties prenantes.

Les pratiques actuelles de la Ville de Québec contribuent activement à ces dynamiques. Dans ce contexte, le statu quo nous apparaît donc comme intenable, car le coût de l’inaction continuera d’être porté d’abord par les personnes en situation d’itinérance.

Mesures insuffisantes

Invitée à commenter la semaine dernière, la Ville de Québec s'est défendue en affirmant qu'elle appliquait déjà une majorité des recommandations contenues dans le rapport et qu'elle poursuivait ses efforts dans le cadre du plan d'action Saint-Roch 2026-2029.

Le RAIIQ y voit des initiatives louables, mais les juge insuffisantes.

Nous reconnaissons que la Ville se montre proactive sur plusieurs plans en lien avec les enjeux d’itinérance, affirme Mary-Lee Plante. Cela dit, des enjeux majeurs demeurent, notamment en ce qui concerne le partage de l’espace public et la réponse aux besoins de base des personnes en situation d’itinérance.

Certaines actions actuellement déployées par la Ville sont insuffisantes ou tardent à se concrétiser, et ce, malgré des préoccupations soulevées de façon constante par le milieu communautaire depuis plusieurs années.

Une dame discute devant la caméra.

Mary-Lee Plante coordonne le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

L'accès à une trame urbaine plus solidaire demeure un enjeu, selon le RAIIQ.

L'absence d'espaces sanitaires disponibles de jour comme de nuit (toilettes, douches, buanderie), le manque de lieux couverts, de refuges et d'endroits pour entreposer des effets personnels sont des enjeux vécus au quotidien par les personnes en situation d'itinérance, explique Mme Plante.

Cette dernière n'est pas insensible aux problèmes vécus par la population générale découlant de l'itinérance visible. Nous comprenons que les quartiers, particulièrement les quartiers centraux, soient confrontés à ces transformations importantes, dit-elle.

Elle en appelle toutefois à une réponse [...] fondée sur le respect des droits, la dignité et l’inclusion des personnes marginalisées.

Consolider le centre-ville, développer la périphérie

Sur la décentralisation des services, recommandée par Architecture sans frontières Québec, le regroupement est aussi d'avis que la Ville doit développer une meilleure réponse aux besoins de base des personnes en situation d’itinérance sur l’ensemble du territoire, et pas seulement dans les quartiers centraux.

Le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay, abonde dans le même sens.

Je pense qu'il faut aussi installer des services en périphérie, affirme celui qui est à la tête du plus gros refuge sur le territoire de Québec, situé dans Saint-Roch. Ça éviterait que les personnes se déracinent de leur milieu pour venir chercher des ressources au centre-ville. Cela permettrait du même coup de freiner la pression sur les ressources existantes dans les quartiers centraux.

Pour l'instant, les ressources en place sont un mince filet de sécurité et, pour moi, c'est insuffisant.

M. Boulay insiste cependant à l'effet qu'il ne faut pas fragiliser le centre-ville pour déménager des ressources en périphérie. Ça fait 42 ans qu'on est au centre-ville, dit-il, rappelant que les besoins ont toujours été présents dans Saint-Roch. Il ne faut pas déshabiller Jean pour habiller Paul.

Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Éric Boulay est directeur général de Lauberivière. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Il plaide d'ailleurs pour le maintien et même le renforcement des ressources dans les quartiers centraux. Il croit tout de même qu'il faut prendre acte de la hausse de la demande ailleurs sur le territoire de la capitale et y répondre.

Avec la crise du logement, la hausse du coût de la vie et la précarisation de plusieurs ménages, M. Boulay souligne que 60 % des nouveaux usagers de Lauberivière, en 2025, étaient des nouvelles personnes qui n'avaient jamais connu l'itinérance.

Il plaide donc pour un plus vaste filet de sécurité et pour des mesures de prévention supplémentaires pour éviter qu'une partie de la population ne soit contrainte à l'itinérance, aux quatre coins de Québec.

Des pratiques répressives et contreproductives

Le rapport d'ASFQ dénonçait également certaines pratiques jugées répressives de la Ville de Québec, toujours en vigueur sur le territoire, y compris dans Saint-Roch.

Le recours au service de police pour encadrer les activités de nettoyage des lieux publics ou encore le démantèlement systématique des campements figurent au sommet des préoccupations.

Certaines pratiques nous apparaissent par ailleurs contreproductives, poursuit Mary-Lee Plante du RAIIQ. C’est le cas, notamment, de la politique de tolérance zéro à l’égard des campements et de certaines pratiques d’entretien de l’espace public, qui ont pour effet de déposséder de façon répétée les personnes en situation d’itinérance, déplore-t-elle à son tour.

Bien qu’elles visent officiellement à diminuer le sentiment d’insécurité, ces pratiques tendent, dans les faits, à bénéficier principalement aux personnes logées, tout en accentuant la précarité des personnes en situation d’itinérance ou de grande vulnérabilité, critique-t-elle.

Un homme marche devant un abri de fortune érigé à l'aide de couvertures.

Le Carré Lépine, situé en face de Lauberivière, a vu pousser des camps de fortune dans le passé, mais la Ville refuse de les tolérer en vertu de sa réglementation. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Ces pratiques, poursuit-elle, ont pour conséquence de séparer les personnes vulnérables de leurs effets personnels et de leur matériel de survie, les contraignant à des déplacements constants et accentuant leur instabilité.

Le RAIIQ réclame une réflexion approfondie avec les acteurs et actrices du milieu, et des ajustements concrets afin que les interventions municipales contribuent réellement à la dignité, à la sécurité et à la stabilité des personnes concernées.

La Ligue des droits et libertés section Québec a été particulièrement interpellée par cette portion du rapport d'ASFQ. Tout le monde a le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité, tranche la coordonnatrice Josyanne Proteau.

Pour nous, le fait d'ériger un abri temporaire, c'est une stratégie de survie. Punir des stratégies de survie tel que monter un abri, qui permet entre autres de se réchauffer l'hiver, c'est inacceptable.

La présence de campements et l'occupation des espaces publics ont provoqué plusieurs inconvénients aux résidents du quartier Saint-Roch. Certains ont même accusé la Ville de Québec d'avoir sacrifié le quartier. Cris, affrontements verbaux ou physiques, excréments, déchets et trafic de drogues ont fait partie des enjeux de cohabitation dénoncés.

Mme Proteau reconnaît que cette cohabitation peut être difficile, mais elle rappelle que toutes les personnes, avec ou sans adresse, ont des droits fondamentaux.

On invite les gens à regarder la situation sous l'angle des droits de la personne. Les personnes en situation d'itinérance, c'est un groupe qui est particulièrement marginalisé et dont les droits sont particulièrement bafoués, plaide-t-elle.

Logement d'abord

Sur les campements, la Ville de Québec maintient son interdiction et n'a pas l'intention de revoir ses pratiques à court terme.

Dans un souci d’assurer une cohabitation harmonieuse, la Ville a fait le choix de ne pas autoriser les campements sur son territoire. Des solutions alternatives sont recherchées, notamment l’ouverture de deux répits de nuit cet hiver, a indiqué le cabinet du maire Marchand la semaine dernière, répondant par écrit.

La Ville mise sur une approche de logement d’abord. Elle assure, dit-on, une pression politique constante afin que l’accès au logement pour tous s’accélère. Au cours des deux dernières années, Québec a connu des mises en chantier record pour le logement social et abordable, se vante la mairie.

Malgré des demandes répétées, le cabinet du maire Bruno Marchand a refusé de nous accorder une entrevue sur le sujet.

Avec des informations de Marie-Pier Mercier

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