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Israël visé par des missiles iraniens : "la capacité de l'Iran à toucher les objectifs stratégiques est très importante" selon un spécialiste

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Deux missiles iraniens ont frappé le sud d'Israël le 21 mars. D'après Peer de Jong, ancien colonel des troupes de marine et vice-président de l’institut Themiis dédié aux problématiques de paix et de sécurité, "l'Iran a dissimulé ses progrès dans le domaine de la balistique".

Article rédigé par franceinfo - franceinfo

Radio France

Publié le 23/03/2026 12:30

Temps de lecture : 5min

À Dimona, un homme face à des maisons détruites par un tir de missile iranien (22 mars 2026) (John Wessels/AFP) À Dimona, un homme face à des maisons détruites par un tir de missile iranien (22 mars 2026) (John Wessels/AFP)

Les villes d'Arad et de Dimona, dans le sud d'Israël, ont été l'objet de tirs de missiles iraniens dans la soirée du 21 mars. À Dimona, le missile est tombé à quelques kilomètres d'un centre de recherches nucléaire. Ces frappes ont fait plus de 175 blessés et de lourds dégâts matériels. Après plusieurs semaines de guerre, le régime iranien montre ainsi qu'il a conservé une capacité militaire suffisante pour toucher le territoire israélien.

franceinfo : êtes-vous surpris par le maintien de la capacité militaire de l'Iran ?

Peer de Jong : On est surpris par le fait que visiblement les Iraniens ont dissimulé les progrès qu'ils avaient faits dans le domaine de la balistique. Clairement, les missiles balistiques iraniens ont acquis une vitesse assez impressionnante puisqu'on parle de Mach 10. Ils ont travaillé sur l'imprévisibilité des missiles et surtout sur leur nombre et les capacités de saturation. Ça, c'est surprenant parce que le dôme de fer, qui protège Israël est massif et en quatre couches. Mais on sait que les systèmes technologiques n'ont pas 100% de capacité à arrêter les missiles. Et ça, les Iraniens l'ont intégré dans leur stratégie avec la vitesse, la prévisibilité et la saturation.

Il faut rester prudent et vigilant, quand on entend qu’une grosse partie de l'arsenal a été détruite ?

Les Américains et les Israéliens ont probablement détruit une grande partie du potentiel balistique des Iraniens. Mais l’Iran se prépare à ce conflit depuis de nombreuses années et probablement, une grande partie de ses sites de lancement et de ses missiles sont enterrés. Ils sortent à l'occasion, ils tirent et ils sont à nouveau dissimulés. Donc c'est extrêmement difficile à identifier. Le deuxième point, c'est la portée. Les deux missiles qui auraient été lancés en direction de l'île de Diego García font entre 20 tonnes et 85 tonnes, ce sont des monstres. Et donc très concrètement, encore une fois, l'Iran révèle actuellement ses capacités logistiques stratégiques.

"Une grande partie des sites de lancement et des missiles iraniens sont enterrés. Ils sortent à l'occasion, ils tirent et ils sont à nouveau dissimulés."

Peer de Jong, ancien colonel de marine, vice-président de l'Institut Themiis, spécialisé dans les problématiques de paix et de sécurité

à franceinfo

Donald Trump donne 48 heures aux Iraniens pour rouvrir le détroit d'Ormuz, sinon il frapperait des installations électriques. L'Iran réplique en menaçant de fermer complètement le détroit et de frapper des usines de dessalement de l’eau. C'est une logique du pire ?

Effectivement, on assiste à une forme de généralisation du conflit régional, mais aussi international, et l'Iran tient la corde. Encore une fois, ses capacités résiduelles sont extrêmement puissantes. Et aujourd'hui, l'Iran, non seulement a des capacités balistiques, comme je viens de le dire, extrêmement importantes visiblement, mais le deuxième point, c'est qu'elle est capable de tirer sur des objectifs extrêmement précis, comme une centrale. Ce qui veut dire que la capacité de toucher les objectifs stratégiques est très importante en Iran. Aujourd'hui, l'Iran réplique coup par coup aux Israéliens et évidemment aux Américains. Et ça, c'est le vrai sujet. Aujourd'hui on assiste encore trois semaines après le début des combats, on assiste encore une fois à une montée en puissance et à une capacité de rétorsion des Iraniens qui n'est pas nulle du tout.

L'Iran est capable de tirer sur des objectifs extrêmement précis, comme une centrale.

Peer de Jong, ancien colonel des troupes de marine et vice-président de l’institut Themiis dédié aux problématiques de paix et de sécurité

à franceinfo

Dans les guerres, des canaux de discussion existent d'une manière ou d'une autre entre les belligérants. Là, on a l'impression qu'il n'y en a pas du tout, qu’il n’y a que les armes qui parlent. Est-ce aussi votre impression ?

Exactement, il n'y a pas de canaux de discussion. On est dans les guerres extrêmes, dans les guerres littéralement suicidaires. Parce que bien évidemment l'Iran ne peut pas gagner ce conflit, c'est impensable. D'autant qu'aujourd'hui les menaces sont tous azimuts. L'Iran menace même ses voisins du Moyen-Orient. Donc on est dans une situation où tous les pays vont s'intéresser à ce conflit, très concrètement, s'engager dans ce conflit. Le détroit d'Ormuz en est un des exemples. Évidemment, les Européens ont besoin de rouvrir ce détroit pour que les bateaux et les pétroliers qui sont coincés dans le Golfe persique puissent sortir. Donc tout ça fait que ces blocages, ces ultimatums ne sont pas favorables à une fin, en tout cas à court terme de ce conflit.

Benjamin Netanyahu demande aux Européens de s’engager davantage. La France et d’autres pays vont-ils pouvoir rester longtemps en marge du conflit, sans s’engager ?

Bien évidemment. Rien que sur le prix du pétrole, est-ce que nos économies européennes peuvent accepter un baril à 200 à 300 dollars ? Bien sûr que non. Donc il va y avoir un engagement progressif des Européens, malgré les déclarations permanentes de nos chefs d'État. Évidemment, ils parlent de défensives. L'objectif n'est pas de mettre de l'huile sur le feu. Mais encore une fois, il n'y a pas de solution. À court ou moyen terme, de toute façon, il y aura un engagement international qui visera à laisser le détroit d'Ormuz ouvert a minima.

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