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Des prisonniers ligotés, des décharges électriques et un fabricant américain : l’enquête pose une question embarrassante à Washington.
Amputé des deux pieds, il raconte avoir été électrocuté
Essa, 43 ans, a perdu ses deux pieds après une frappe israélienne sur son domicile. Arrêté en janvier 2024 dans le camp de réfugiés de Jabalia, il raconte avoir subi de nouveaux sévices pendant sa détention à la prison israélienne d’Ofer.
Selon son témoignage, des soldats l’ont projeté dans un coin, lui ont tiré dessus avec deux projectiles en caoutchouc, puis l’ont ligoté avant de lui infliger des décharges électriques.
Libéré en octobre 2025, l’homme présente encore des marques sur le corps. Le Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture estime que la proximité des cicatrices est compatible avec des décharges répétées sur une personne étroitement immobilisée.
Son récit figure dans une enquête du Guardian réalisée avec Arab Reporters for Investigative Journalism. Trois autres anciens détenus affirment avoir subi des traitements comparables entre 2024 et 2025.
Axon, fabricant américain, toujours présent sur le marché israélien
L’enquête s’intéresse au fabricant américain Axon Enterprise, anciennement Taser International. Ses armes à impulsion électrique sont commercialisées en Israël depuis plusieurs décennies.
En 2016, le distributeur israélien MR Hunter a signé un contrat de 13 millions de shekels pour fournir des Tasers X26P et leurs accessoires aux services de sécurité.
En 2025, Axon répertoriait également Goren-Kidon Group parmi ses distributeurs israéliens. Cette société compte notamment la police, le ministère de la Défense et l’administration pénitentiaire parmi ses clients.
En juin 2025, les derniers modèles étaient même présentés lors d’une conférence destinée aux services de sécurité israéliens.
Un commerce qui se poursuit malgré les accusations de torture. Cela n’est d’aucun poids face à des actionnaires tels que BlackRock, Vanguard et State Street.
Des vidéos, des témoignages et une enquête militaire
Deux vidéos diffusées par l’administration pénitentiaire israélienne montrent des armes ressemblant à des Tasers Axon. Les quatre anciens détenus interrogés affirment reconnaître le matériel utilisé contre eux.
Un autre témoignage décrit une pratique particulièrement cruelle : un prisonnier aurait été aspergé d’eau avant de recevoir des décharges électriques. Il affirme souffrir depuis de troubles visuels, de spasmes et d’évanouissements.
L’enquête rappelle également qu’une procédure militaire israélienne concernant cinq soldats accusés de violences sexuelles sur un prisonnier au centre de Sde Teiman a identifié l’utilisation d’un Taser pendant les sévices.
Ces révélations s’ajoutent aux témoignages de violences sexuelles dans les lieux de détention israéliens, déjà documentés par plusieurs enquêtes.
Washington peut-il continuer à autoriser ces exportations ?
Les Tasers fabriqués en Arizona sont soumis à des autorisations d’exportation américaines. Le département du Commerce doit notamment examiner les risques de violations des droits humains dans les pays destinataires.
En novembre 2025, le Comité des Nations unies contre la torture signalait pourtant une forte aggravation des mauvais traitements dans les centres de détention israéliens depuis octobre 2023.
Amnesty International réclame des restrictions sur le commerce de ces équipements.
L’armée israélienne assure, pour sa part, que les mauvais traitements sont strictement interdits et que les mesures de contention sont réservées aux circonstances exceptionnelles prévues par le droit.
Les accusations ne datent pourtant pas d’hier. Notre rédaction avait notamment rapporté les témoignages de travailleurs palestiniens revenus de détention en 2023.
L’enquête pose désormais une question concrète aux autorités américaines : à partir de combien de témoignages, de vidéos et de rapports internationaux les risques liés à ces exportations seront-ils jugés suffisamment sérieux pour restreindre les ventes ?


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