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  • « Une nouvelle méthode » : Aurore Bergé présente son projet de loi contre le racisme ...

Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, sera dimanche à Colmar (Haut-Rhin) pour la commémoration en hommage à Alfred Dreyfus. Elle revient sur le projet de loi contre le racisme et l’antisémitisme qu’elle porte.

Propos recueillis par Nathalie Mauret - Hier à 20:00 | mis à jour hier à 20:21 - Temps de lecture :

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Vous avez présenté cette semaine un projet de loi contre le racisme et l’antisémitisme. Est-ce le retour de la loi Yadan, que certains accusaient d’entraver toute critique du pouvoir israélien ?

« C’est une nouvelle loi, une nouvelle méthode, avec un nouveau périmètre pour protéger les victimes, soit de l’antisémitisme, soit du racisme. Il s’agit d’un nouveau texte, qui ne reprend pas les dispositions de la loi Yadan et que nous avons complètement retravaillé. »

Il prévoit une inéligibilité pour les élus coupables de racisme ou d’antisémitisme. N’est-ce pas aux électeurs de choisir ?

« Deux cas sont prévus dans la loi. Le premier est de nier l’existence d’un crime contre l’humanité. Il y a des pays où on peut aller sur un plateau de télévision et dire "la Shoah n’a pas existé". Pas en France et heureusement ! Le second cas concerne les personnes condamnées pour des actes antisémites ou racistes. Comme dans le premier cas, le fait d’être un élu de la République est une circonstance aggravante. Le magistrat aura la possibilité d’ajouter cette peine complémentaire d’inéligibilité. »

Aurore Bergé à la sortie du conseil des ministres jeudi. Photo Sipa/Stéphane Lemouton

Aurore Bergé à la sortie du conseil des ministres jeudi. Photo Sipa/Stéphane Lemouton

Un arsenal juridique freine-t-il la montée du racisme et de l’antisémitisme ?

« 97 % des victimes d’antisémitisme et de racisme n’osent même pas porter plainte. Ce sentiment de solitude insupportable est une deuxième violence. Il y a également un sentiment d’impunité de la part des auteurs. La loi permettra à l’État et aux associations d’être aux côtés des victimes dans toutes les étapes de la procédure. Cela permettra que moins de Français renoncent à leurs droits. De plus, la plateforme Pharos aura autorité pour obtenir le retrait des contenus racistes et antisémites. »

« Ce texte vise tous ceux qui considèrent que la haine est légitime dans notre pays »

Vous dites souvent dit que La France insoumise (LFI) représente un nouvel antisémitisme. Votre projet de loi vise-t-il ce parti ?

« Il vise ceux qui mettent du carburant dans un pays marqué par un regain massif d’antisémitisme depuis le 7 octobre [2023 et l'attaque du Hamas contre Israël avant le début des offensives militaires israéliennes à Gaza, NDLR] et qui a eu à connaître en 2025 trois homicides à caractère raciste et trois tentatives d’homicides racistes. Donc il vise tous ceux qui essentialisent les personnes, qui les ramènent à leur origine, qui les ramènent à leur identité, réelle ou supposée. On continue au bout de trois ou quatre générations à parler de Français issus de l’immigration. Donc à partir de combien de générations on accepte que ce soient des Français ? Ce texte vise tous ceux qui considèrent que la haine est légitime dans notre pays. À un an de l’échéance présidentielle, on est collectivement capables d’envoyer un message à l’ensemble des Français, sans exception, pour leur dire qu’ils ont tous leur place ici. »

L’équipe de France de football fait l’objet d’injures racistes, notamment en ligne. Si cette loi était votée, ça changerait quoi ?

« L’infraction à caractère raciste est déjà caractérisée et le procureur de la République a été saisi sur les insultes notamment que Kylian Mbappé a eues à subir. Ce qui est intéressant est surtout de voir que les Français eux-mêmes ont réagi. On est un pays capable de s’enthousiasmer pour une équipe de France qui représente la diversité de ce qu’est notre pays. C’est plutôt une image qui nous fait du bien. »

Vous serez dimanche à Colmar (Haut-Rhin) dans le cadre de la commémoration pour Alfred Dreyfus. On n’a rien appris de l’histoire ?

« Il nous apprend que la vérité ne s’impose jamais d’elle-même et qu’elle met du temps à s’établir quand on n’a pas les garde-fous suffisants pour être extrêmement vigilant. Dreyfus est une conscience pour se souvenir que rien n’est évident si on ne tient pas sur les principes et sur les valeurs. »

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