À l’occasion de la 10édition de Vivatech qui se tient du 17 au 20 juin à Paris, le président fondateur des solutions digitales françaises (traitement de texte, système de visio et messageries) Linagora, Alexandre Zapolsky, revient sur les enjeux de la souveraineté numérique. Avant tout une question d’emplois.

Propos recueillis par Boris Ivanoff - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

Vivatech s’est cette année offert les Champs-Élysées en pré-ouverture de sa 10e édition dimanche. Photo d'illustration Sipa/Romuald Meigneux Vivatech s’est cette année offert les Champs-Élysées en pré-ouverture de sa 10e édition dimanche. Photo d'illustration Sipa/Romuald Meigneux
Début juin, la Commission européenne a pris un ensemble de mesures visant à garantir notre souveraineté technologique. Enfin… diriez-vous ?

« La grande idée de ce paquet de mesures est de proposer des solutions numériques européennes “first”. Autrement dit, si le dispositif est adopté, toute entreprise européenne devra regarder s’il existe une solution numérique adaptée à son projet et l’acheter en priorité. Et il en va de même pour les “open sources” [système d’exploitation ou logiciel dont le code source est librement partagé par les utilisateurs, NDLR]. Deux choix politiques orientés vers la souveraineté numérique qui sont pour nous extrêmement forts et qui valident le combat que nous menons depuis un quart de siècle [Linagora a été créé en 2000, NDLR] en faveur d’une voie alternative aux géants américains d’un côté et de l’autre au numérique privatif de liberté comme en Chine. »

Entre le sommet de l’IA à Paris en février 2025 et Choose France le 1er juin dernier, ce sont des dizaines de milliards d’euros qui vont être fléchés vers l’industrie du numérique en France. Ces investissements étrangers vont vraiment garantir notre souveraineté ?

« Faire en sorte que les investissements directs étrangers viennent en France plutôt qu’en Angleterre ou en Allemagne par exemple paraît économiquement bénéfique, mais c’est surtout la volonté politique de construire une véritable souveraineté numérique française qui va nous donner des leviers économiques. Chaque année depuis la France, ce sont 55 milliards d’euros qui vont directement dans les poches des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), au travers de la vente de logiciels et de services numériques. Cette volonté, notre président de la République semble l’avoir, il devrait d’ailleurs la répéter à Vivatech, mais il faut maintenant que les utilisateurs suivent. »

« Nous allons lancer le label Numérique France Garantie »

Justement, comment convaincre des utilisateurs à qui on a toujours dit qu’il n’existait que Microsoft ou Apple ?

« Le faire savoir est bien sûr un véritable enjeu au travers du marketing et de la communication mais il faut surtout proposer des solutions que les gens ont envie d’utiliser. Pendant très longtemps, le made in France s’est sans doute cantonné aux produits éthiques, durables… c’est bien, mais c’est encore mieux s’ils sont 100 % efficients. »

Jouer dans la même cour que Google est donc la seule solution ?

« Nos clics sont nos emplois. Il faut développer ce réflexe à la fois pragmatique et patriotique. Quand on utilise une solution française comme la nôtre, c’est simplement mieux qu’ouvrir Gmail ou Teams… Un euro mis dans le numérique français, c’est trois euros injectés dans l’économie française. Toutes les études le montrent, ce qui a fait la progression du PIB américain sur ces 25 dernières années, c’est à 80 % l’économie du numérique. Si on en avait pris ne serait-ce qu’un petit peu, imaginez où en serait notre richesse nationale aujourd’hui ? Il faut en faire un combat, une grande cause nationale et pas seulement dans le domaine de l’IA, mais aussi pour tout ce qui est du numérique. »

Un géant français du numérique, c’est pour demain alors ?

« Nous faisons tout pour, y compris en offrant de la clarté… de la transparence dans un domaine qui en manque bien souvent. Le 18 juin - une date qui n’a pas été choisie par hasard [en référence à l’appel du 18 juin du général de Gaulle, NDLR] - nous allons lancer le label Numérique France Garantie, sur le même modèle qu’Origine France Garantie. Les logiciels, services numériques, plateformes qui se présenteront sous ce label offriront aux utilisateurs la certitude d’une conception et d’une mise en service 100 % française. Car ce label ne sera octroyé qu’à celles et ceux qui auront répondu à un cahier des charges précis. Espérons que cela contribue à convaincre les utilisateurs. »

Jeff Bezos à Vivatech

Après Elon Musk en 2024, Vivatech accueille cette année Jeff Bezos, fondateur et ancien PDG du géant américain de la vente en ligne Amazon. Un invité de marque qui ne va pas empêcher la 10édition du salon parisien des nouvelles technologiques de dédier pour la première fois un village à la souveraineté numérique animé durant les trois jours par Alexandre Zapolsky.

La région Grand Est, Euro métropole Metz, Strasbourg Euro Métropole et Nancy métropole seront également de la partie au pavillon 7 du parc des expositions de la porte de Versailles. 180 000 visiteurs, 14 000 startups et 4 000 partenaires sont attendus du 17 au 20 juin à Paris.

Plus d’infos sur vivatech.com.

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