Pour le gouverneur de la Banque de France, les risques sur l’économie française de la guerre au Moyen-Orient sont modérés, à ce stade. François Villeroy de Galhau décrypte une situation différente de celle de février 2022, au moment de l’invasion russe en Ukraine et reprécise les objectifs budgétaires. Il sera à Metz (Moselle) ce vendredi pour rencontrer des chefs d’entreprise.

Propos recueillis par Boris Ivanoff - Hier à 20:00 | mis à jour hier à 22:26 - Temps de lecture :

Après 11 ans et deux mandats de gouverneur, François Villeroy de Galhau quittera la Banque de France en juin prochain. Photo Sipa/Romuald Meigneux Après 11 ans et deux mandats de gouverneur, François Villeroy de Galhau quittera la Banque de France en juin prochain. Photo Sipa/Romuald Meigneux
Quelles conséquences peut avoir la guerre au Moyen-Orient sur l’économie française ?

« Il est trop tôt pour dire précisément quelles peuvent être ces conséquences. Beaucoup vont dépendre de la durée. Mais nous sommes extrêmement mobilisés sur les développements des marchés financiers et des prix de l’énergie. La première variable économique, ce sont les prix du pétrole et du gaz. Ils ont déjà augmenté, d’un peu plus de 15 % pour le pétrole et de 50 % pour le gaz, mais à partir de prix qui étaient très bas. Nous sommes loin des niveaux connus au début de la guerre en Ukraine. Reste que ce choc pourrait induire un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance. C’est un choc potentiellement négatif, à partir d’une situation de départ qui n’est pas trop défavorable pour la France, puisque nous avons une inflation qui est très basse et une croissance résiliente (autour de 1 %). Il n’est pas question de récession ni pour la France, ni pour l’Europe. »

Il n’y a pas davantage de craintes à avoir sur nos réserves de pétrole ou de gaz ?

« Non, pas de crainte sur nos approvisionnements de gaz et de pétrole. L’Europe dépend beaucoup moins que l’Asie du pétrole acheminé par le détroit d’Ormuz. C’est d’ailleurs frappant de voir que les bourses asiatiques ont davantage baissé que les marchés financiers européens. »

La situation actuelle ne serait donc pas comparable à celle de 2022, lors de l’invasion russe en Ukraine ?

« Objectivement, 2026 n’est pas 2022. D’abord parce que ce choc ne touche que l’énergie et pas l’ensemble des matières premières – y compris agricoles – comme en 2022, et ensuite parce qu’il n’y a plus l’effet amplificateur de la sortie de Covid. Du fait de la forte hausse de la consommation après des mois de confinement, l’économie connaissait alors des goulots d’étranglement, avant même la guerre en Ukraine. Il n’y a pas aujourd’hui de pressions inflationnistes préexistantes comme à l’époque. Mais il faut rester vigilants dans les semaines à venir. »

« Il est très important de garder le cap des 3 % du PIB à l’horizon 2029 » 

Vis-à-vis du déficit public, l’objectif reste le même : descendre sous la barre des 5 % de PIB cette année et renouer avec les 3 % à plus long terme ?

« Il est très important de garder le cap des 3 % du PIB à l’horizon 2029 pour enfin réduire le poids de la dette par rapport à la richesse nationale. Notre déficit est le plus élevé de toute la zone euro. Maintenir ce cap est une question de crédibilité financière et politique. Si la France ne réduit pas sa dette, elle va la payer de plus en plus cher… et ceci touchera aussi les Français sur leurs crédits immobiliers, et les entreprises sur leurs investissements. Le conflit avec l’Iran n’y change rien, au contraire. »

Le budget 2026 a été adopté le 2 février, avec comme principal pilier la réduction des dépenses publiques. Au détriment de la qualité des services publics ?

« Non ! Il n’y a pas de fait en 2026 de réduction globale des dépenses, et la qualité des services publics passe aussi par leur performance. Mais il convient effectivement d’exécuter ce budget qui vient d’être voté, pour descendre à 5 % au maximum de déficit en 2026. Il faudra ensuite voir, pour les années suivantes, comment mieux maîtriser nos dépenses publiques. Nous en avons beaucoup plus que nos voisins européens, pour à peu près le même modèle social – auquel je crois. Ce “surcroît” représente 9 % de PIB supplémentaire par rapport aux Allemands, ou aux autres Européens… soit environ 280 milliards d’euros chaque année. Cela vaut le coup de regarder ailleurs pour améliorer l’efficacité de nos dépenses publiques, et cela de façon très pragmatique. »

« Personne ne m’a demandé de quitter mes fonctions » 

Vous avez récemment annoncé votre décision d’anticiper votre départ de la Banque de France (en juin prochain au lieu de juillet 2027). Pour quelle raison ?

« J’ai effectivement pris la décision de répondre à un appel de la Fondation les Apprentis d’Auteuil et de Jean-Marc Sauvé, son président, qui doit quitter son poste fin mai. Ce sera pour moi une façon de prolonger mon service de l’intérêt général, cette fois en faveur de la jeunesse et de l’enfance en difficulté. Mes 11 années en tant que gouverneur de la Banque de France resteront ceci dit la plus belle mission de mon parcours public. Je tiens par ailleurs à redire que j’ai pris cette décision en toute indépendance, en homme libre… Personne ne m’a évidemment demandé de quitter mes fonctions. »

De vos 11 années en tant que gouverneur de la Banque de France, quel bilan tirez-vous ?

« C’est avant tout un bilan collectif, celui des 9 000 hommes et femmes de la Banque de France ! Notre institution monétaire a traversé nombre de crises (le Brexit, le Covid, l’Ukraine, les politiques de Donald Trump…). Nous avons accompli nos deux grandes missions : la stabilité des prix – la victoire contre l’inflation sans provoquer de récession - et la stabilité financière - il n’y a pas eu de crises financières malgré tous ces chocs économiques et géopolitiques. L’autre fierté du bilan, c’est la transformation de la Banque de France, innovante et performante pour rendre aux Français le meilleur service au meilleur coût. Nous sommes désormais reconnus comme la banque centrale la plus verte du G20. De nouveaux services ont par ailleurs été développés, comme la médiation nationale du crédit vers les entreprises, et l’éducation financière aux particuliers. Et nous restons ancrés en proximité dans chacun des départements. »

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