À l’approche du second tour des municipales, le directeur général du pôle opinion de l’Ifop, Frédéric Dabi, décrypte les dynamiques électorales qui pourraient rebattre les cartes dans plusieurs grandes villes.

Propos recueillis par Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

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Certains électeurs peuvent-ils reprocher aux candidats les alliances nouées et s’en détourner ?

« Lorsque le Parti socialiste (PS) s’allie avec les insoumis à Limoges ou à Toulouse, ou procède à des fusions techniques de listes pour conserver des villes comme Nantes, Brest ou Clermont-Ferrand, cela peut ouvrir la voie à une victoire. Mais ces alliances comportent aussi un risque : celui de provoquer une rupture avec une partie importante de l’électorat socialiste ou de centre gauche, qui refuse toute entente avec La France insoumise (LFI), perçue par elle comme un parti repoussoir. Le PS prend également le risque d’apparaître politiquement incohérent. Il y a encore quelques semaines, la direction du parti affirmait qu’il n’y aurait pas d’alliance nationale avec LFI. Or, aujourd’hui, plus d’une dizaine de listes socialistes ont noué un accord avec ce parti. Des électeurs pourraient être déstabilisés par ce décalage. »

Y a-t-il donc un risque d’abstention dans l’électorat de centre gauche ?

« Tout dépendra des villes et des enjeux locaux. Une chose est certaine : la participation ne sera pas la même entre le premier et le second tour. Certains électeurs pourraient se détourner du scrutin à cause des alliances évoquées. Mais l’inverse peut aussi se produire : la nouvelle offre électorale peut mobiliser d’autres votants. À Toulouse, par exemple, des électeurs de gauche pourraient se mobiliser pour tenter de battre le maire sortant Jean-Luc Moudenc (DVD). À l’inverse, d’autres électeurs, hostiles à cette alliance, pourraient se déplacer pour soutenir le maire sortant et tenter de le maintenir en place. »

Frédéric Dabi, le directeur général opinion de l’Ifop. Photo Sipa/Romuald Meigneux

Frédéric Dabi, le directeur général opinion de l’Ifop. Photo Sipa/Romuald Meigneux

« Il est probable qu’une majorité d’électeurs continue de suivre les consignes de vote »

Les électeurs suivent-ils encore les consignes de vote ?

« Même si aucun candidat n’est propriétaire des voix qu’il obtient au premier tour, il est probable qu’une majorité d’électeurs continue de suivre les consignes de vote. Notamment pour empêcher qu’une ville comme Brest ou Clermont-Ferrand bascule à droite. Cela dit, ce phénomène ne sera sans doute pas massif. »

Comment ces candidats-là vont-ils faire campagne ?

« La campagne de second tour est très courte car elle se termine vendredi soir. Elle sera axée à la fois sur le bilan des maires sortants, l’incarnation des candidats et plus encore sur le projet. Elle sera beaucoup plus offensive qu’au premier tour. Les candidats qui sont dans une logique de conquête vont tenter de délégitimer leur adversaire principal, tandis que les maires sortants mettront en avant leur action et la continuité de leurs politiques en faveur des habitants. »

« Le fait marquant de cette élection pourrait être la rupture entre les résultats du premier et du second tour dans certaines villes »

Le « vote utile » au second tour contre le RN peut-il encore fonctionner ?

« À Marseille, on peut imaginer que certains électeurs de Martine Vassal (DVD) pourraient se reporter sur Benoît Payan (DVG) pour faire barrage au RN. Mais l’inverse est aussi possible : des électeurs de droite ou de centre droit pourraient choisir de voter pour Franck Allisio (RN) afin de mettre fin à la gestion de la gauche. Toutes les configurations restent envisageables. »

Peut-on s’attendre à de vraies surprises dimanche soir ?

« Le fait marquant de cette élection pourrait être la rupture entre les résultats du premier et du second tour dans certaines villes. Dans un contexte où le duel de second tour devient l’exception, des candidats arrivés en tête pourraient finalement être battus. À l’inverse, d’autres en difficulté au premier tour pourraient créer la surprise et l’emporter, notamment du fait de configurations spécifiques (triangulaire ou quadrangulaire). »

Quelles pourraient être les incidences des résultats sur la future présidentielle ?

« Si LFI remportait plusieurs victoires importantes (notamment dans une grande ville comme à Toulouse du fait de la fusion avec la liste socialiste), cela pourrait affaiblir la distinction que les dirigeants socialistes cherchent à maintenir entre le PS et LFI. Une telle évolution pourrait compliquer la stratégie du PS en vue de la prochaine élection présidentielle. »

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