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Hausse du coût du pétrole, accélération de l’inflation et alliés économiques… Thierry Coville, chercheur spécialiste de l’Iran à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), analyse les impacts de la guerre en Iran.
Propos recueillis par Étienne Ouvrier - Aujourd'hui à 18:15 | mis à jour aujourd'hui à 18:17 - Temps de lecture :
« Le principal impact immédiat va être sur le prix du pétrole car Téhéran a décidé de fermer le détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % du trafic pétrolier mondial. Et ça pourrait être pire encore si l’Iran décidait de cibler les installations pétrolières saoudiennes ou des Émirats… La perturbation sur l’approvisionnement mondial en énergie entrerait dans une autre dimension. Pour l’heure, Téhéran n’a pas activé ce levier et concentre ses tirs sur les installations militaires américaines présentes dans la région. Si le conflit perdure, il faut s’attendre à ce que les prix à la pompe augmentent, en France comme ailleurs. »
« Téhéran pourrait franchir toutes les lignes rouges car il a saisi que ses intérêts vitaux sont en danger, les Israéliens et Étasuniens ont publiquement exprimé leur volonté de faire tomber le régime des mollahs et sont allés jusqu’à tuer le guide suprême Ali Khamenei. La santé économique devient très secondaire pour un pouvoir qui joue sa survie, l’Iran est prêt à se faire mal. Face à l’instabilité de la situation, l’Iran avait préventivement stocké des pétroliers pleins à craquer au large de la Chine, son client quasi exclusif, afin que l’approvisionnement puisse être garanti, au moins pour un temps. »
« La situation économique iranienne était déjà catastrophique avant cette intervention militaire à cause notamment des sanctions internationales, le pays présentait déjà une croissance quasiment négative en 2025, une inflation qui atteignait les 60 % et un taux de chômage élevé chez les jeunes. La coupure d’internet opérée samedi risque de mettre à l’arrêt les entreprises ou particuliers qui nécessitent une connexion pour travailler mais, malheureusement, l’Iran a déjà l’habitude de vivre dans une économie exsangue. »
« L’Europe a une grande responsabilité dans le chaos que connaît le pays aujourd’hui »
L’Iran a-t-il des alliés ?« La Chine est un partenaire économique vital pour l’Iran, à qui elle vend du pétrole. Pékin a par ailleurs fourni du matériel militaire à Téhéran ces derniers mois, dont des composants nécessaires à la construction de missiles. L’autre grand partenaire important, évidemment, c’est la Russie, sur un aspect principalement sécuritaire. Les deux pays ont renouvelé leur accord de sécurité en 2025 et Moscou a très certainement fourni du matériel militaire. Par contre, l’accord ne prévoyait pas l’intervention directe de la Russie en cas d’agression militaire. »
« Quand il a dénoncé les accords sur le nucléaire iranien en mai 2018, Donald Trump a exercé un chantage sur les pays du monde entier : “si vous continuez à commercer avec l’Iran, vous n’aurez plus accès au marché étasunien.” L’Europe, dont la France, s’est couchée sans se rebiffer devant cette menace américaine… et c’est regrettable parce que l’isolation économique de l’Iran a grandement contribué à l’enfoncer dans une crise économique qui ne pouvait que la radicaliser. Par son silence, l’Europe a une grande responsabilité dans le chaos que connaît le pays aujourd’hui alors qu’un tout autre scénario était possible. »
Thierry Coville est l'auteur de L’Iran, une puissance en mouvement (Éditions Eyrolles).


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