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La France est-elle intervenue militairement depuis le début du conflit qui déchire le Moyen-Orient ?
« Tout d’abord, ni les Israéliens ni les Américains ne nous ont prévenus de leur action militaire mais nous n’avons pas été surpris compte tenu des mouvements de forces qui ont pu être observés. Certains des pays de la région avec lesquels la France a conclu des accords de défense nous ont demandé de les aider et c’est ce que nous avons fait. Ainsi, les moyens militaires français prépositionnés au Moyen-Orient ont permis, dans des situations purement défensives, d’abattre plusieurs drones ciblant le territoire de nos partenaires. »
À quoi va servir le porte-avions Charles de Gaulle déployé en Méditerranée ?
« Le Groupe aéronaval est un outil militaire de projection de puissance qui offre une palette d’options allant du renseignement aux actions offensives en passant par les missions de protection et de défense. Bien entendu, il est encore trop tôt pour spécifier les missions qui lui seront allouées. »
Le président Emmanuel Macron a annoncé vouloir sécuriser le détroit d’Ormuz… Comment comptons-nous nous y prendre ?
« Rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz est une priorité du président de la République et nous y travaillons activement depuis plusieurs jours. La France n’est pas la seule à être concernée par les risques d’un blocage, raison pour laquelle une telle opération ne peut s’envisager qu’en coalition. Je rappelle que ce type de coalition existe. Je pense à l’opération européenne EMASOH dans le détroit d’Ormuz entre 2020 et 2023 ou encore à l’opération Aspides menée par l’Union européenne en réponse aux attaques des Houthis contre le transport maritime en mer Rouge. Nous travaillons donc à mobiliser nos alliés européens mais aussi nos autres partenaires, notamment asiatiques, qui ont de nombreux intérêts dans cette région. »
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, le 3 février à l’Hotel de Brienne. Photo Sipa/Jeanne Accorsini
« La France est le pays qui déploie le plus de troupes et de capacités militaires au Proche et Moyen-Orient »
Combien de soldats français sont aujourd’hui engagés dans la région ?
« Pour des raisons de sécurité de nos opérations, il ne m’est pas possible de vous donner de chiffres précis. En revanche, sachez que la France est le pays qui déploie le plus de troupes et de capacités militaires au Proche et Moyen-Orient. Ces capacités sont très variées. Elles sont terrestres, navales et aériennes. »
« Nous nous tenons prêts »
La France va-t-elle entrer en guerre ?
« À ce stade, la France est une puissance fiable, qui tient les accords de défense qu’elle a conclus avec des partenaires comme le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis… Nous nous tenons prêts pour eux s’ils en expriment le besoin. »
Au risque de perdre des soldats ?
« Nous avons engagé et nous continuons à engager nos Rafales et nos pilotes en défense de l’espace aérien de nos partenaires attaqués. »
Nos services de renseignements sont pleinement mobilisés ?
« Les services de renseignement français sont en alerte maximale. Le renseignement militaire (DRM) suit quotidiennement l’évolution de la situation, tout comme la DGSE. En amont de la crise, nous savions que les déploiements massifs de forces américaines annonçaient très clairement une opération militaire imminente. »
« Il n'y a pas de risques de pénurie à ce stade »
La crise risque d’avoir un impact sur le quotidien des Français ?
« Nous pourrions observer une hausse des prix dans les semaines qui viennent, mais je voudrais rappeler qu’il n’y a pas de risques de pénurie à ce stade, car nous avons en effet très peu d’approvisionnements qui passent par le détroit d’Ormuz. Ceux qui se ruent à la pompe pour créer des stocks risquent de créer eux-mêmes une situation de pénurie. »
Israël frappe à nouveau massivement le Liban. La France était censée être garante du cessez-le-feu...
« Je suis extrêmement préoccupée par la situation au Liban. Dans la Finul, il n’y a pas que les Français, il y a aussi les Italiens, les Espagnols et d’autres pays… Nous sommes tous attachés à̀ la souveraineté et à la stabilité du Liban. Nous essayons d’apporter des réponses au quotidien pour continuer à̀ aider ce pays. Je rappelle que le rôle de la Finul à laquelle la France contribue est de surveiller la cessation des hostilités mais aussi d’accompagner et d’appuyer les forces armées libanaises qui sécurisent le sud de leur pays. »
« 13 % des 57 milliards d’euros du budget de la défense sont alloués à la dissuasion »
Vous vous rendez ce jeudi sur le site de Valduc, en Côte-d’Or, où sont fabriquées les têtes nucléaires de l’armée française, trois jours après qu’Emmanuel Macron a annoncé l’augmentation de notre arsenal nucléaire...
« C’est à Valduc sur le site de la direction des applications militaires du CEA que se concentre une partie de nos expérimentations et de la fabrication des composants de nos têtes nucléaires. Face au durcissement du monde et à la multiplication des conflits, le président a souhaité que nous augmentions notre arsenal. L’évolution des défenses anti-missiles, la complexité croissante des scénarios de crise, la possibilité de menaces simultanées imposent cette adaptation qui s’inscrit ici dans la longue tradition française de puissance assumée. »
Comment sera financé cet investissement ?
« Cette “surmarche” est prévue dans la Loi de programmation militaire. Je rappelle que 13 % des 57 milliards d’euros du budget de la défense sont alloués à la dissuasion. »
« Nous disposons d’un stock totalement suffisant pour produire les nouvelles têtes nucléaires »
Pour produire de nouvelles têtes nucléaires, il va nous falloir acheminer de la nouvelle matière fissile ?
« Nous avons conservé les matières fissiles (uranium et plutonium) issues des têtes nucléaires démantelées après la guerre froide. À ce titre, nous disposons d’un stock totalement suffisant pour produire les nouvelles têtes nucléaires annoncées par Emmanuel Macron. Concernant le tritium qui, lui, ne peut pas être recyclé, le président a lancé un programme national dédié pour assurer notre approvisionnement. »
Après les annonces du président lundi à l’île Longue, doit-on s’attendre à ce que des avions français porteurs d’ogives nucléaires soient déployés dans les pays européens partenaires ?
« À l’image de nos sous-marins qui peuvent être dilués dans les océans du globe, nos avions porteurs de charges nucléaires pourront être disséminés dans la profondeur européenne. Les intérêts français ne peuvent pas être dissociés de ceux de l’Europe. Cette discussion a toujours été sur la table sans avoir été matérialisée. Le président a décidé de passer de la parole aux actes. Il nous faut maintenant avancer avec chacun des huit pays européens qui se sont montrés intéressés. »
« Le drone est très clairement l’un de nos chantiers prioritaires »
Outre la dissuasion nucléaire, la France ne devrait-elle pas surtout accélérer sur l’armement conventionnel ? Nous n’avons que 200 avions de chasse…
« La France ne fait pas seulement le choix d’augmenter le nombre de ses avions de chasse, mais aussi de les moderniser, c’est pourquoi nous travaillons sur l’évolution du Rafale au standard F5. »
Les conflits en Ukraine et en Iran ont mis en lumière l’importance fondamentale des drones. Nous sommes très en retard…
« Le drone est très clairement l’un de nos chantiers prioritaires. En Ukraine, 79 % des destructions sur la ligne de front sont faites par des drones. Il faut que nous avancions plus vite et plus fort, c’est la volonté du président, en soutenant l’agilité des entreprises productrices de drones comme Alta Ares, Harmattan et d’autres. J’ai demandé à la Direction générale de l’armement (DGA) d’accélérer dans ce domaine tout comme dans la lutte anti-drones. »


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