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  • Annie Genevard, ministre de l'Agriculture : « Nous avons un plan pour une souveraineté ...

En déplacement dans le Grand Est ce jeudi et dans le Vaucluse ce vendredi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sillonne la France à l’écoute d’un monde paysan en détresse. Face à la crise des engrais qui plombe les comptes des exploitations, elle demande à la Commission européenne de suspendre la taxe carbone qui pèse sur les paysans français. Entretien.

Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon - Hier à 20:20 | mis à jour hier à 20:32 - Temps de lecture :

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L’augmentation du prix du gazole vous oblige à voler au secours des paysans. À combien estimez-vous le coût de ces mesures ?

« Dans le budget 2026, avant même le conflit au Moyen-Orient, nous mettons 1,3 milliard d'euros d’aides sur le GNR (gazole non routier). Depuis la crise, nous avons mis sur le GNR au mois d’avril 14 millions d'euros en plus ainsi que 20 millions d'euros d’aides aux exploitations les plus fragiles. Et au mois de mai, nous remboursons aux agriculteurs qui en font la demande 15 centimes par litre de GNR pour un montant total d’environ 54 millions d’euros. Depuis la crise internationale, on aura mis 90 millions d'euros d’aides sur avril et mai. Entre avril et mai, on a quadruplé l’aide sur le GNR. »

Comment expliquer la différence de traitement entre les agriculteurs et les pêcheurs (entre 30 et 35 centimes par litre) dans cette affaire de GNR ?

« Première chose : les pêcheurs sont un peu plus de 10 000 et les agriculteurs 400 000. Donc forcément l’impact budgétaire n’est pas le même. La deuxième chose est que l’impact du gazole pour les pêcheurs, c’est entre 40 et 50 % de leurs charges. Pour les agriculteurs, le GNR pèse entre 3 et 10 % de leurs charges. Et je précise que l’on rembourse la totalité de la fiscalité du GNR. L'État ne prend pas de fiscalité sur le GNR et il va même au-delà. C’est un soutien massif face à un conflit qui dure. Notre réponse change de dimension. »

Annie Genevard, ministre de l'Agriculture. Photo EBRA/L'Est Républicain/Patrick Bar

Annie Genevard, ministre de l'Agriculture. Photo EBRA/L'Est Républicain/Patrick Bar

« On va essayer de faire des choix les plus équilibrés possible »

Ces aides, ce sont de nouvelles lignes budgétaires ou de l’argent que vous allez devoir prélever ailleurs ?

« Le Premier ministre a rappelé la nécessité de maîtriser notre déficit. Ces crédits ne sont donc pas des crédits supplémentaires mais bien des crédits que nous prenons sur le budget. Le plus gros des efforts budgétaires l’est sur le budget de l’État. »

Dans quoi allez-vous tailler ?

« On n’a pas encore fait nos arbitrages parce qu’on y travaille. Il faut qu’on essaie de préserver les mesures importantes, celles qui visent à préparer l’avenir de l’agriculture, les questions de souveraineté alimentaire, les contrats d’avenir, les dispositifs qui aident les filières. On va essayer de faire des choix les plus équilibrés possible. Je veux toucher le moins possible aux crédits d’intervention parce que ce sont ceux-là qui sont une plus-value pour la politique agricole de la France. »

« L’agriculture doit participer au plan d'électrification pour réduire nos dépendances » 

L‘électrification de notre agriculture est-elle possible ?

« L’agriculture doit participer au plan d'électrification pour réduire nos dépendances et gagner en souveraineté. Par exemple dans l’électrification des serres. On plaide pour pouvoir raccorder plus facilement les serres au méthaniseur des agriculteurs. On va publier un décret dans peu de temps qui permettra aux agriculteurs de ne pas être obligés d’injecter le gaz de méthanisation dans le réseau, mais de pouvoir en disposer directement pour alimenter les serres. Une sorte de circuit court de l'énergie. Les pompes à chaleur peuvent aussi fournir de l’énergie pour les serres. L’électrification peut concerner aussi les petits matériels agricoles comme les robots de traite, les désherbants, les semoirs. Et puis enfin, on va permettre aux industriels de l’agroalimentaire d’avoir des contrats d‘électricité à prix fixe de long terme. C’est essentiel, notamment pour la meunerie ou l’amidonnerie, pour lesquels les besoins d‘électricité sont importants. »

L’autre sujet mis en lumière par le conflit au Moyen Orient, c’est l’explosion du prix des engrais. À quel degré et de qui sommes-nous dépendants ?

« C’est une dépendance qui affecte le budget des agriculteurs aujourd’hui. Avec l’augmentation de 15 à 25 % du coût des engrais, avec la taxe carbone pour les engrais qui viennent de pays tiers, avec les difficultés d’approvisionnement en raison du conflit du Moyen-Orient, cette dépendance pèse lourd dans les coûts de production. C’est pour cela qu’on intervient de façon massive et importante. La France est importatrice nette d’engrais azotés et minéraux avec un fort déficit commercial. Ça s’est déjà beaucoup réduit par rapport à 2022 mais la production française d’engrais ne couvre même pas un tiers des besoins nationaux. Les importations proviennent à 50 % de pays hors UE et la production française pour les engrais azotés, minéraux est elle-même dépendante de l’importation de gaz naturel notamment. »

Comment reprend-on notre destin en mains sur cette question d’engrais ?

« Ça ne se décrète pas d’un claquement de doigts. Nous avons un plan engrais, avec un objectif d'ici 2030, qui porte sur trois axes : optimiser les besoins en apport d’engrais, ce qui veut dire délivrer la juste quantité pour tel ou tel type de culture au bon endroit. Cela suppose d’avoir des outils d’agriculture de précision ou des projets de culture qui enrichissent les sols naturellement comme les légumineuses. Deuxièmement, travailler à remplacer les engrais minéraux azotés qui ne sont pas renouvelables par des engrais d’origine renouvelable et notamment les engrais organiques.

Et puis le troisième axe, renforcer nos capacités industrielles françaises et européennes qui sont trop faibles. L’Europe n’est souveraine qu‘à 40 % en matière d’engrais. Donc il faut renforcer nos capacités industrielles de production décarbonée d’engrais minéraux et sécuriser le stockage. Je souhaite que l’on soutienne les industriels producteurs d’engrais de préférence décarbonée et que l’on accompagne la décarbonation des acteurs existants. Je n’ai pas renoncé et nous sommes un certain nombre de pays à demander à l’Union européenne, compte tenu du contexte géopolitique tout à fait particulier, de suspendre la taxe carbone, le temps de règlement de ce conflit international. »

Que vous répond la Commission européenne ?

« Aujourd’hui, elle n’y est pas favorable. La taxe carbone, c’était une bonne idée au départ. C’est-à-dire qu’on taxait les engrais venant de pays extérieurs à l’Union européenne pour pouvoir financer la production européenne d’engrais. Sauf qu’on n’en produit pas assez chez nous. »

Vous entendez revenir à la charge pour faire suspendre la taxe carbone ?

« Oui, nous allons le faire. »

« En matière agricole, on a toujours plus besoin d’Europe » 

La ministre de l’Agriculture française aurait-elle besoin d’un peu plus d’Europe en ce moment ?

« En matière agricole, on a toujours plus besoin d’Europe, ça c’est clair. Sur les engrais, la crise rend d’autant plus nécessaire l’intervention de l’Union européenne. Elle a donné le droit aux États d’intervenir mais il faudrait qu’elle intervienne aussi sur ses fonds propres. »

Et sur la problématique de l’eau, vous maintenez le cap sur toujours plus de stockages ?

« C’est l’objet d’une grande partie de la loi d’urgence agricole dont l’examen commence la semaine prochaine en commission. Le Premier ministre a été très clair : il veut absolument que nous puissions stocker davantage l’eau. On ne s’en sortira pas sans stocker. Il est tombé des quantités astronomiques d’eau ces temps deniers et on est déjà en sécheresse sur certains territoires. Avec le dérèglement climatique, nous aurons 20 % de précipitations en plus et 20 % de sécheresse en plus. Et nous irriguons très peu en France. »

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