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Par Médéric Chapitaux
Le 12 mars 2026 à 16h03

FIGAROVOX/TRIBUNE - À Besançon, le préfet du Doubs a interdit les combats de rue de type «Mouringué» sur la voie publique... mais il les autorise dans un cirque. Médéric Chapitaux, ancien DTN de la fédération française des sports de contact, dénonce une dérive grave.
Passer la publicité Passer la publicitéMédéric Chapitaux est sociologue, ancien fonctionnaire au ministère des Sports. Dernier ouvrage paru : Quand l’islamisme pénètre le sport (Presses universitaires de France, 2023).
Depuis plusieurs semaines, la ville de Besançon est confrontée à des rassemblements nocturnes au cours desquels se déroulent des «combats de Mouringué». Cette pratique martiale est présentée par l’Est Républicain comme «un rite culturel pratiqué la nuit pendant la période du Ramadan par une partie des communautés mahoraise et comorienne installées en métropole». Face à ces rassemblements, le préfet du Doubs a signé un arrêté interdisant ces combats sur la voie publique. Une décision logique. Une décision qui aurait dû clore le débat.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car oui, la décision complète du préfet du Doubs Rémi Bastille, signée le jeudi 5 mars, interdit «les rassemblements de personnes au cours duquel se produiraient des combats de type Mouringué (…) hors chapiteau du cirque Pagnozoo». Ce qui était interdit dans la rue devient soudainement acceptable quelques centaines de mètres plus loin, sous une toile. En quelques lignes d’administration, un combat de rue devient un «fight-club d’État» .
Le principe est pourtant simple : si les combats à mains nues sont interdits pour des raisons de sécurité et d’ordre public, ils ne deviennent pas acceptables parce qu’ils se déroulent sous un chapiteau.
Cette décision est d’autant plus surprenante que la France dispose d’un cadre juridique très strict pour les sports de combat. Le Code du sport encadre ces disciplines avec précision : protections obligatoires, règles techniques, responsabilité des organisateurs, encadrement médical. Ces règles ne relèvent pas de la bureaucratie. Elles sont le fruit de décennies d’expérience destinées à protéger l’intégrité physique des pratiquants. À Besançon, ce cadre a simplement été contourné.
Pour donner une apparence d’encadrement à ces affrontements, la préfecture s’est appuyée sur un club sportif local qui a pignon sur rue : le Club pugilistique bisontin, affilié à la Fédération française de lutte. Le club a élaboré un règlement spécifique pour ces combats de rue type Mouringué, présentés comme un événement «non compétitif». Dans les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, on distingue clairement des oppositions à mains nues, des personnes jouant un rôle d’arbitre et un public massé autour de la zone de combat. Les gladiateurs modernes sont là, au cœur d’une arène mise à disposition par l’État.
Un détail achève de rendre la scène absurde : le club mobilisé pour encadrer ces affrontements est présidé par une fonctionnaire du ministère des Sports. Le contraste est saisissant. Au moment même où l’État contourne les règles de sécurité qu’il a lui-même posées, il s’appuie sur un club dirigé par l’une de ses propres agentes. Tout un symbole.
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Mais le problème n’est pas seulement là. Il est ailleurs. Ce dispositif n’est pas né spontanément. Il est le produit d’une décision administrative. Face à des combats de rue, l’État avait deux options simples : faire respecter l’interdiction ou laisser faire. Il a choisi une troisième voie, typiquement administrative : créer un cadre pour autoriser ce qu’il venait d’interdire. L’interdiction n’a pas supprimé les combats. Elle les a officialisés.
Le principe est pourtant simple : si les combats à mains nues sont interdits pour des raisons de sécurité et d’ordre public, ils ne deviennent pas acceptables parce qu’ils se déroulent sous un chapiteau. Officiellement, il ne s’agit pas d’une compétition. Une simple démonstration culturelle, nous dit-on. Dans la réalité, l’un de ces affrontements se serait soldé par une fracture de la mâchoire nécessitant une intervention chirurgicale. Voilà le résultat très concret du «cadre sécurisé». À Besançon, l’État ne s’est pas contenté de fermer les yeux, il a organisé le dispositif. La violence a changé de décor. Cette fois, l’arène a été installée par l’État lui-même.


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