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Instagram et Facebook jugés pour l’addiction des mineurs : 29 États réclament jusqu’à 200 milliards à Meta

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Le géant promettait un espace sûr, les procureurs décrivent surtout une gigantesque machine à retenir les enfants.

Ce premier procès est mené par la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey. Les vingt-cinq autres États doivent suivre ultérieurement. Si Meta est reconnu responsable, les pénalités théoriques pourraient atteindre 200 milliards de dollars. Pour l’instant, ce montant constitue un plafond avancé par les plaignants, pas une condamnation déjà prononcée.

Le procès du défilement infini

Les États accusent Meta d’avoir conçu Instagram et Facebook pour exploiter la vulnérabilité psychologique des enfants et des adolescents. Défilement infini, notifications permanentes, mentions « J’aime », recommandations automatiques, filtres modifiant l’apparence : selon l’accusation, chaque fonction aurait été pensée pour prolonger le temps passé devant l’écran, donc le volume de données collectées et les recettes publicitaires.

Les plaignants soutiennent également que Meta aurait recueilli les données d’enfants de moins de 13 ans sans autorisation parentale, tout en minimisant publiquement les risques pour leur santé mentale. Lors de l’ouverture du procès, Megan O’Neill, procureure adjointe de Californie, a résumé la thèse de l’accusation en quelques mots : « Ils savaient. Encore et encore, les profits ont gagné. »

L’ancien directeur de l’ingénierie Arturo Béjar a ensuite décrit une politique de « ne rien demander, ne rien dire » concernant les utilisateurs trop jeunes. Selon lui, l’entreprise disposait de moyens pour mieux identifier les moins de 13 ans, mais n’aurait pas réellement cherché à savoir combien se trouvaient sur ses plateformes. Son explication tient en une phrase : « Si vous quittez le produit, ils ne gagneront pas d’argent. »



Moins de 13 ans : interdits dans le règlement, bienvenus dans les statistiques ?

Officiellement, Instagram n’accepte pas les enfants de moins de 13 ans. Meta affirme avoir supprimé plus d’un million de comptes appartenant à cette tranche d’âge et assure avoir renforcé les comptes adolescents, les contrôles parentaux et les limitations nocturnes. Son avocat, Paul Schmidt, estime que les documents présentés par les États sont sortis de leur contexte et que les difficultés liées à la vérification de l’âge concernent toute l’industrie.

La défense devra toutefois expliquer un paradoxe assez simple. Meta sait désormais utiliser l’intelligence artificielle pour repérer les adolescents qui se déclarent adultes. Mais, selon Arturo Béjar, la curiosité de l’entreprise aurait été beaucoup moins énergique lorsque les plus jeunes augmentaient le nombre d’utilisateurs, le temps de connexion et les revenus publicitaires.

La sécurité devient alors un produit à géométrie variable : très stricte lorsqu’elle justifie davantage de contrôles, d’analyses automatisées ou de preuves d’âge, nettement plus souple lorsque chaque nouvel inscrit améliore les chiffres présentés aux investisseurs.

Protéger les enfants sans transformer tous les adultes en suspects

Le procès américain arrive au moment où la France et plusieurs pays européens avancent vers une vérification généralisée de l’âge sur les réseaux sociaux. Carte d’identité, estimation faciale, prestataire privé ou portefeuille numérique : pour empêcher un adolescent d’ouvrir Instagram, tous les internautes risquent d’être invités à montrer patte blanche.

L’affaire Meta rappelle pourtant que le problème ne commence pas devant la caméra d’un outil biométrique. Il commence dans le modèle économique. Vérifier l’identité de cinquante millions d’adultes ne désactive ni le défilement infini, ni les notifications conçues pour ramener l’utilisateur, ni la rémunération fondée sur son attention.

Avant d’exiger les papiers du public, les plateformes pourraient donc être contraintes de produire les leurs : études internes, décisions de conception, alertes ignorées et arbitrages entre sécurité et croissance. Une formalité administrative que la Silicon Valley apprécie visiblement moins lorsqu’elle doit remplir le formulaire.



200 milliards, mais surtout un précédent

Le procès devrait durer environ six semaines. Mark Zuckerberg et Adam Mosseri, patron d’Instagram, sont attendus à la barre. Les États ne réclament pas seulement de l’argent : ils veulent aussi imposer des modifications profondes au fonctionnement des plateformes.

Le montant final, s’il y en a un, pourra être très inférieur aux 200 milliards annoncés. Mais le cœur du dossier est déjà posé : Meta a-t-il protégé les mineurs ou simplement protégé son marché futur ? L’entreprise promettait de rapprocher les familles. Vingt-neuf États l’accusent désormais d’avoir surtout rapproché l’enfance de la régie publicitaire.

À ce prix-là, le contrôle parental vient peut-être de changer de camp.

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