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À Strasbourg, une femme de 44 ans revendique une relation amoureuse avec une rame de tramway. Une histoire qu’elle assume pleinement. Cette attirance est appelée objectophilie.
Valentin Dreyer - Aujourd'hui à 07:15 - Temps de lecture :
À première vue, la photo ressemble à un couple dans la folie des débuts de relation. Une femme pose au terminus d’une ligne de tramway. À ses côtés, pourtant, aucun conjoint humain. À Strasbourg, Sandra Rahm affirme entretenir une relation amoureuse avec une rame du réseau CTS, identifiée sous le numéro 3013. Une histoire qu’elle décrit comme « aussi forte qu’inexplicable » à nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace.
Cette Strasbourgeoise de 44 ans assure avoir développé un lien particulier avec ce tramway au fil des années. Une relation qui dépasse, selon elle, la simple fascination pour les transports et qu’elle revendique aujourd’hui publiquement jusqu’à son propre nom, Rahm, qu’elle perçoit aujourd’hui comme un clin d’œil presque évident à sa passion pour la rame 3013.
Une relation née pendant le confinement
Passionnée de tramways depuis l’adolescence, Sandra Rahm commence à écrire en 2020, en pleine période de confinement. « J’y ai mêlé une histoire d’amour fictive avec un conducteur », explique-t-elle. Quelques mois plus tard, la sortie du film Jumbo vient faire écho à ses propres questionnements. Le long-métrage, porté par Noémie Merlant, raconte la relation entre une jeune femme et un manège, mettant en lumière l’objectophilie, c’est-à-dire l’attirance affective et sentimentale pour un objet. Passé relativement inaperçu en raison de la pandémie, le film marque pourtant Sandra, qui dit s’être reconnue dans cette thématique, au point d’y voir une forme de révélation.
Quelques mois plus tard, elle affirme avoir vécu une expérience marquante en tentant « d’entrer en contact » avec une rame : « je me suis sentie apaisée », raconte-t-elle. Peu à peu, cette relation prend une place centrale dans sa vie. Elle dit ressentir la présence du tram, anticiper ses passages, et percevoir des « vibrations » liées à ses déplacements. « J’ai fait l’amour avec 3013 », confesse-t-elle. Elle rajoute avoir « ressenti des caresses sur son corps ». « En sortant de la rame, je n’étais plus la même. Mais je me suis dit que ça allait trop loin, j’avais un peu honte », admet la quadragénaire, également en couple avec un homme depuis 14 ans.
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En juin 2024, Sandra Rahm franchit une étape symbolique en organisant une cérémonie de « mariage » avec la rame 3013, en présence d’un conducteur du réseau, devenu proche. Une union non officielle, mais qu’elle considère comme un engagement fort.
Objectophilie : pathologie ou attirance qui sort de l'ordinaire ?
Son histoire suscite des réactions contrastées, entre curiosité et moqueries. Pourtant, d’autres personnes à travers le monde ont déjà témoigné d’un attachement profond à des objets, parfois jusqu’à les considérer comme de véritables partenaires. Le cas le plus connu reste celui d’Erika Eiffel, qui avait symboliquement épousé la tour Eiffel en 2007.
Malgré cela, l’objectophilie demeure très peu étudiée. Les rares analyses existantes tentent d’y apporter des explications, sans réel consensus. Et il faut reconnaître que de parler de ce sujet sans en stigmatiser les protagonistes est délicat. Dans les médias, le lien est souvent fait avec des troubles du spectre de l’autisme ou un traumatisme durant l’enfance.
Sandra Rahm, elle, réfute toute explication réductrice. Elle assure mener une vie saine, partageant son quotidien dans ce couple à trois avec son compagnon, avec qui elle vit depuis plusieurs années. Aujourd’hui, elle travaille à la rédaction d’un livre pour raconter son histoire et tenter de faire évoluer les regards. « Je veux que les gens comprennent que ce n’est pas de la folie », explique-t-elle. Une relation qui, quoi qu’il en soit, ne laisse pas indifférent.


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