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L’Indice de l’industrialisation en Afrique 2025, publié fin mai par la Banque africaine de développement, replace le Cameroun dans un peloton intermédiaire. Un résultat qui tranche avec les ambitions industrielles affichées depuis Yaoundé.
Le verdict est sans appel. Dans son Indice de l’industrialisation en Afrique 2025, la BAD classe le Cameroun dans le quintile intermédiaire supérieur, avec un score de 0,843 sur 1. Suffisant pour figurer dans la moitié haute du classement continental — pas suffisant pour dominer sa propre sous-région. Le Gabon et la Guinée Équatoriale occupent le même palier, avec des performances manufacturières que le rapport juge comparables, voire supérieures sur certains indicateurs.
Un voisinage qui dérange
La Guinée Équatoriale est citée nommément dans le rapport comme l’un des pays du quintile intermédiaire supérieur se distinguant par « la forte performance de son secteur manufacturier par rapport aux autres pays ». Formulé ainsi, c’est un signal clair. Pour une économie longtemps réduite à sa rente pétrolière, la performance industrielle de Malabo mérite attention.
Le Cameroun, lui, affiche une trajectoire en recul. Son score est passé de 0,897 en 2010 à 0,843 en 2024. Quatorze ans de glissement progressif. Ça ne s’explique pas par une catastrophe soudaine — c’est l’usure lente d’un appareil productif qui n’a pas suivi le rythme.
Ce que mesurent vraiment ces chiffres
L’IIA 2025 évalue les pays sur deux grandes familles d’indicateurs. Les déterminants directs — valeur ajoutée manufacturière, exportations industrielles, investissements privés — et les déterminants indirects — environnement des affaires, infrastructures, accès au financement, capital humain.
Sur ces deux tableaux, les fragilités camerounaises sont documentées : déficit énergétique persistant, crédit bancaire peu accessible aux PME, environnement réglementaire jugé peu compétitif par les investisseurs étrangers. Des contraintes que les annonces gouvernementales n’ont pas suffi à lever.
À l’échelle du continent, le tableau n’est guère plus rassurant. La valeur ajoutée manufacturière africaine a progressé — de 285 à 351 milliards de dollars entre 2020 et 2025 — mais l’Afrique pèse toujours moins de 2 % de la production manufacturière mondiale. La croissance existe. La transformation structurelle, elle, reste en chantier.
Le fossé entre discours et données
Depuis une dizaine d’années, Yaoundé affiche ses ambitions. Zones économiques spéciales à Kribi et Mbalmayo, plans agro-industriels dans le Grand Nord et le Littoral, objectif d’émergence à l’horizon 2035. Les projets existent sur le papier.
Mais les chiffres de la BAD posent une question que les discours officiels esquivent : à quel rythme ces initiatives se traduisent-elles concrètement en capacité productive ? Le rapport insiste sur l’importance des chaînes de valeur régionales dans le cadre de la ZLECAf. Pour en tirer profit, il faut d’abord consolider sa base industrielle. C’est précisément là que le Cameroun accuse du retard.
Source : Indice de l’industrialisation en Afrique 2025, Banque africaine de développement
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.


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