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La réforme de l'indice de la qualité de l'air proposée par des groupes citoyens de la région de Québec trouve écho dans la société civile. L'Association pour la santé publique du Québec et l'Association québécoise des médecins pour l'environnement estiment qu'une révision est nécessaire, d'autant que les risques associés à la pollution de l'air sont désormais mieux compris.
Radio-Canada rapportait la semaine dernière que trois groupes citoyens ayant milité pour une meilleure qualité de l'air en Basse-Ville de Québec réclamaient des changements importants à la manière de communiquer les risques sanitaires liés à la pollution atmosphérique.
Selon eux, l'indice de la qualité de l'air (IQA) utilisé par Québec est imprécis et n'informe pas la population de manière adéquate. Actuellement, il mesure les concentrations quotidiennes de certains polluants atmosphériques dans une région donnée.
Pour le grand public, les résultats sont ensuite classés dans les catégories bon, acceptable ou mauvais. Les données sont imbriquées à une carte interactive répertoriant les stations de la qualité de l'air à travers la province.

La qualité de l'air de la Basse-Ville de Québec a fait l'objet de nombreux débats dans la capitale. Des groupes citoyens réclament aujourd'hui une meilleure sensibilisation de la population, notamment à travers les outils comme l'indice de la qualité de l'air. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Erik Chouinard
Révision nécessaire
La demande de révision est appuyée par l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). Pour elle aussi, le nombre de paliers utilisés par Québec est insuffisant et le vocabulaire employé, inadéquat.
Les indices de qualité de l’air doivent servir réellement à protéger la santé, en traduisant les données scientifiques en messages clairs et en gestes concrets pour la population, affirme Cyril Frazao, directeur santé et climat pour l'association.
Oui, il est pertinent de revoir l’IQA, mais surtout de repenser la façon dont on communique les risques pour la santé, ajoute-t-il. Aujourd’hui, des termes comme "acceptable" peuvent donner un faux sentiment de sécurité, alors que des risques réels existent, en particulier pour les populations vulnérables.
La création d’un comité scientifique indépendant pour réviser l’indice de la qualité de l’air est une avenue crédible et nécessaire.
Tout comme dans la demande citoyenne, M. Frazao invite le Québec à baser ses travaux sur les plus récentes recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour développer un nouvel outil.
S’appuyer sur les lignes directrices de l’OMS et sur les meilleures pratiques internationales permettrait de mieux refléter les risques réels pour la santé et d’assurer une information plus transparente et cohérente afin d'éviter de creuser davantage les inégalités de santé, poursuit-il.

Les risques de la pollution atmosphérique sur la santé sont de mieux en mieux compris. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère
Pas de seuil sécuritaire
L'Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) joint aussi sa voix pour demander de meilleures pratiques de la part du ministère de l'Environnement.
Dans son Cadre de référence sur l'air, produit en 2024, l'association critiquait déjà les seuils utilisés par le Québec ainsi que sa manière de communiquer les risques inhérents sur la santé humaine.
[Les] valeurs de référence [bon, mauvais, acceptable] permettent difficilement d’apprécier les risques pour la santé et elles ne présentent pas un tableau juste des risques réels liés à l’exposition aux polluants atmosphériques, pouvait-on y lire.
La Dre Ève Riopel, pédiatre et autrice du cadre de référence, croit que le Québec doit se mettre à jour sur les plus récentes connaissances scientifiques au sujet de la qualité de l'air. Ce qui était acceptable avant, on réalise que ce ne l'est plus, tranche-t-elle en entrevue à Radio-Canada.

Eve Riopel a corédigé le « Cadre de référence pour un air sain » de l’AQME. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
L'OMS, rappelle-t-elle, a procédé à une revue exhaustive de la littérature scientifique il y a quelques années. Au terme de l'exercice, les recommandations faites en 2005 ne tenaient plus la route et ont donc été mises à jour en 2021.
La science et les connaissances ont avancé et on réalise que ce qui était acceptable avant ne l'est plus. [...] Ce qui ressort, c'est qu'il n'y a pas de niveau de concentration de polluants atmosphériques qui est sécuritaire, explique-t-elle.
À chaque fois qu'il y a des polluants, on les respire. Peut-être qu'à court terme, on ne devient pas symptomatique, mais on sait qu'à long terme, à n'importe quel niveau, il peut y avoir des risques.
Pour la Dre Riopel, l'indice de la qualité de l'air du Québec offre un portrait à court terme, mais élague les risques à long terme désormais identifiés par les scientifiques. En ce sens, une révision de l'indice de la qualité de l'air doit avoir lieu pour refléter les meilleures pratiques.
Sans être alarmiste, la mention d'un risque faible, par exemple, mais d'un risque quand même, permettrait à son avis de mieux conscientiser la population aux effets de la pollution atmosphérique à long terme. Selon Ève Riopel, l'information ne doit pas être alarmiste, mais elle doit refléter le risque sanitaire que cette pollution représente.
Quand on dit que l'indice de la qualité de l'air est "bon", il est peut-être bon à court terme, mais ça enlève l'idée que la présence de polluants dans l'air a des conséquences à long terme, critique-t-elle.
Prise de conscience
L'autre défi est de fédérer la population autour de cet enjeu. Le Québec peut facilement se sentir à l'abri en comparaison des mégapoles et des images en provenance de l'étranger, admet la pédiatre.
Or, Montréal et Québec ont atteint des seuils de contaminants atmosphériques parmi les pires au monde au cours de l'été, lors d'épisodes de fumée provenant des feux de forêt. À ce sujet, Ève Riopel y voit une prise de conscience potentielle.
Cet éveil a d'ailleurs été mesuré dans un sondage mené par l'ASPQ au cours de l'automne. Au terme de l'été 2025, un coup de sonde rapporté dans Le Devoir concluait que les trois quarts des Québécoises et des Québécois s'inquiétaient de la qualité de l'air.

Le Québec a connu des épisodes de contamination de l'air extrême au cours des dernières années, en raison des feux de forêt. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin
Un outil simple, défend Québec
Le ministère de l'Environnement défend pour sa part un outil reconnu et relativement simple à comprendre pour la population en général.
Le choix de trois catégories vise à simplifier la communication et à faciliter la compréhension par le grand public. Cette approche favorise une adaptation rapide des activités en fonction des conditions de qualité de l’air, indique une porte-parole.
À court terme, il n'est pas prévu de revoir l'outil. Aucune révision de l’indice n’est annoncée, mais nous suivons l’évolution des connaissances et des meilleures pratiques, ajoute-t-elle.
Le ministère québécois dit toutefois tenir compte des plus récentes connaissances scientifiques et prend acte des demandes formulées par les groupes citoyens. Comme pour l’ensemble de nos outils de suivi et de communication environnementale, le Ministère demeure attentif aux discussions scientifiques et aux commentaires des experts et des partenaires.


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