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L’Organisation des Nations unies (ONU) sera au centre d’une intense activité diplomatique au cours des prochaines semaines avec l’ouverture, mardi matin, de son Assemblée générale. De nombreux chefs d’État et de gouvernement, et non des moindres, seront présents, ce qui devrait donner lieu à des avancées dans certains dossiers et à des étincelles dans d’autres.
Tous les grands ne seront pas présents. Vladimir Poutine a décidé de rester à Moscou, sans doute pour ne pas embarrasser ses amis à Washington, qui auraient dû lui donner un visa d’entrée. Il est aussi occupé à préparer la tenue, dans quelques jours, d’un sommet Russie-Afrique, où il recevra des dizaines de chefs d’État. Le président chinois, Xi Jinping, sera présent avant de commencer une visite d’État aux États-Unis. Cet événement hautement protocolaire sera suivi avec intérêt, car il donnera la température sur les relations entre les deux pays depuis le rapprochement amorcé l’an dernier par la visite de Donald Trump à Pékin. Emmanuel Macron et Mark Carney seront au rendez-vous. Pour sa part, Benjamin Nétanyahou a confirmé qu’il viendrait, même s’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la justice internationale pour crimes contre l’humanité.
Il y en aura d’autres. Le président iranien, malgré la guerre avec les États-Unis, a obtenu un visa d’entrée, mais pas le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui a été laissé dehors, car on l’accuse « de manquer à ses engagements en faveur de la paix », alors que les Palestiniens continuent d’être massacrés par les militaires et les colons israéliens à Gaza et en Cisjordanie.
Donald Trump prendra la parole, a affirmé son ambassadeur auprès de l’ONU, Mike Waltz, car le président a compris que « c’est le seul endroit au monde, une fois par an, où plus de 150 premiers ministres, présidents, ministres des Affaires étrangères, ministres des Finances et p.-d.g., se réunissent, et […] il faut un endroit dans le monde où tout le monde puisse venir et discuter ». À la bonne heure !
Pourtant, Trump n’aura pas grand-chose à annoncer : la guerre avec l’Iran s’éternise et a même incité les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, à bloquer le détroit de Bab el-Mandeb ; le conflit entre l’Ukraine et la Russie va bientôt entrer dans sa sixième année ; les Israéliens continuent de bombarder Gaza et le Liban. Le président pourra toujours se consoler en signant un accord avec le Danemark permettant aux États-Unis de prendre de facto le contrôle du Groenland.
Certains pensent que l’ONU, et en particulier son Conseil de sécurité, est paralysée par les rivalités géopolitiques de l’heure. C’est faux. L’ONU est ce que ses membres en font. Et elle fonctionne plutôt bien, même si certaines questions — l’Ukraine, la Palestine, l’Iran — aboutissent souvent à des blocages. Richard Gowan, directeur du bureau new-yorkais de l’International Crisis Group et fin connaisseur de l’organisation, porte un jugement éclairé sur la situation du Conseil, l’organe le plus important de l’ONU. « En 1959, dit-il, le Conseil a adopté une seule résolution en une année entière et n’a pas tenu de réunion pendant plus de trois mois. Voilà à quoi ressemble une véritable paralysie. »
À titre d’exemple, l’an dernier, le Conseil a tenu 255 réunions et 115 consultations, en plus d’adopter 44 résolutions portant sur des dizaines de sujets, tous ignorés des médias. Cette activité diplomatique et législative est en léger retrait par rapport aux années précédentes, mais démontre que l’ONU est loin d’agoniser. « Je pense que ce qui est surprenant, c’est que ça fonctionne encore, étant donné l’état général calamiteux de la géopolitique mondiale », dit Richard Gowan.
Dans quelques jours, les 193 États membres auront à prendre une décision importante pour la gouvernance de l’organisation : choisir un nouveau secrétaire général, qui succédera à l’actuel titulaire, le Portugais António Guterres, le 1er janvier prochain. Trois hommes et quatre femmes, dont une majorité de Latino-Américains, sont en lice pour ce poste. Les tractations ont déjà commencé au sein du Conseil, dont le mandat est de choisir le candidat à recommander à l’Assemblée générale, seule habilitée à l’élire.
L’ONU est loin d’être dépassée, même si elle aurait besoin d’être réformée. Cela viendra, un jour. En attendant, lorsque les États membres s’entendent, sa Charte est d’une plasticité qui donne toute latitude aux États membres de concevoir et de mettre en œuvre des initiatives audacieuses, comme le fut la création des Casques bleus, un outil jamais prévu par ses fondateurs.
En fait, on revient toujours à l’ONU : pour décoloniser un territoire, pour faire accepter un plan de paix, pour combattre le terrorisme, pour légitimer une action militaire a priori ou a posteriori. Même Israël, objet de toutes les condamnations, tient à y rester. Son caractère universel offre la parole à tous les États. C’est sa plus précieuse contribution.


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