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Incendie du cap Fréhel : « La moitié du village pense que c’est lui, l’autre non », l’employé communal finalement relaxé

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Le procès de l’incendiaire présumé du cap Fréhel, où le feu avait détruit 38 ha de landes en été 2026, s’est déroulé mercredi 16 septembre. Faute de preuves le prévenu a été relaxé

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CAP FREHEL. Lundi 13 juillet, un incendie a ravagé une partie des landes du cap Fréhel à Plévenon. Il s’est déclaré la veille.

L’incendie du cap Fréhel a détruit 38 hectares de landes en juillet 2026. ©Temps Breton

Par Christian Bouzols Publié le 16 sept. 2026 à 21h16

Une soixantaine des quelque 750 habitants de Plévenon a pris place dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Saint-Malo ce mercredi 16 septembre 2026.

Lorsque s’ouvre la porte du box des accusés, leurs regards se tournent vers la petite silhouette d’un homme ordinaire. Un quinquagénaire à lunette et chemise blanche, soupçonné d’être à l’origine du terrible incendie qui a mobilisé plus de 800 pompiers et ravagé 38 hectares de landes entre le 12 et le 16 juillet 2026 au cap Fréhel.

Un feu gigantesque dans une zone ultra-sensible qui a provoqué notamment l’évacuation de 443 vacanciers du camping voisin, de quatre hameaux d’habitation et qui a ravagé une grande partie d’un écosystème unique en Bretagne.

Un enfant du pays

Dans la salle du tribunal, tout le monde connaît le prévenu : Christophe M., 57 ans, un enfant du pays embauché depuis 10 ans comme employé communal.

Au sein du village, la moitié des habitants pense que c’est lui, et l’autre non.

Christophe, de son côté, n’a jamais varié dans ses déclarations : « Ce n’est pas moi qui ai mis le feu, c’est tout », dit-il dès sa première prise de parole.

Aux premières loges de l’incendie

Il était pourtant aux premières loges, en cette soirée du 12 juillet, comme le montre une vidéo projetée par le tribunal. On le voit en débardeur, sortir de sa fourgonnette blanche, se présenter comme « employé des services techniques » aux gendarmes et indiquer au milieu d’un nuage de fumée qu’il y a une mare pas loin, dans laquelle peuvent se servir les pompiers.

Un simple témoin en apparence, qui deviendra le principal suspect dans cette affaire après l’analyse de l’appel téléphonique d’une femme qui sera la première à prévenir les pompiers. Elle a vu une fourgonnette blanche la doubler sur la départementale et son conducteur s’arrêter un peu plus loin, puis repartir après avoir allumé un foyer au bord de la route.

« J’étais paniqué »

Un véhicule qui ressemble beaucoup à celui de Christophe, dont l’emploi du temps le soir de l’incendie est assez flou. Placé en garde à vue, il changera plusieurs fois de version sur le déroulé de sa soirée.

« J’étais paniqué, j’avais peur, je ne savais pas quoi dire », se défend-il à la barre.

Les questions des juges défilent, le prévenu ne les comprend pas toutes. On lui parle parfois comme à un enfant : « Vous comprenez ce que cela veut dire, pyromane ? », interroge le procureur. « Oui, c’est un malade qui met des feux », répond-il.

Plus le procès avance, plus le prévenu semble en sortir, comme épuisé d’avoir à répondre à autant d’interrogations qu’il ne semble s’être jamais posées.

Déjà présent sur deux incendies en 2019 et 2022

On lui rappelle ainsi qu’il était déjà là, à peine les pompiers arrivés, sur deux incendies qui s’étaient propagés dans la lande de Fréhel en 2019 et 2022. « J’y suis allé pour rendre service », se souvient-il, « pour indiquer la mare ».

On lui rappelle aussi qu’il a été pris la main dans le sac à voler du carburant dans un hangar de la commune. « Vous avez nié jusqu’à ce qu’on vous montre les images de caméras de surveillance », rappelle la présidente du tribunal.

« Il ment beaucoup »

C’est le côté sombre de cet employé communal qui se décrit comme un père tranquille et sans histoire : il ment, souvent, et à tout le monde. « Il faut attendre d’avoir des preuves à lui mettre sous le nez pour lui faire dire la vérité ».

Et c’est le problème de ce dossier : des preuves, il n’y en a pas. Et donc pas d’aveux non plus. Juste cette phrase, répétée en boucle : « J’ai pas mis le feu, j’ai rien fait ».

C’est paradoxalement les questions posées par son propre avocat qui alimenteront le doute :

« Considérez-vous que ce serait une injustice si vous étiez condamné ? », lui demande-t-il.

« Je ne sais pas. Oui, un peu. Ça ne me plairait pas trop quand même ».

Ce seront les derniers mots du prévenu avant que les nombreuses parties civiles ne viennent égrener à la barre les immenses préjudices sur la faune et la flore causés par ce double incendie volontaire, allumé à 5 minutes et un kilomètre d’intervalle au cœur d’un site qu’il faudra entre 5 et 10 ans à réhabiliter.

Coupable ou innocent ?

Pour le procureur, pas de doute : « La vérité de Christophe, c’est une invention construite sur des mensonges », soutient-il, avant de réclamer une lourde peine de 5 ans de prison, dont 2 sursis.

Du côté de la défense, Me Stichelbault souligne que ces heures d’audience n’ont pas levé « les difficultés liées à la preuve de sa culpabilité. Le bénéfice du doute doit revenir au prévenu. Je n’ai pas à démontrer son innocence ».

Et c’est finalement ce doute qui l’a emporté. Faute d’éléments concrets démontrant son implication certaine dans ce méga feu, Christophe M. a été relaxé. Sous un début d’applaudissement vite arrêté par la présidente du tribunal. Il va sortir dans les prochaines heures de la prison où il était incarcéré depuis le 23 juillet.

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