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Alors que Pêches et Océans Canada a ouvert la chasse au phoque gris jeudi, le ministère québécois de l'Environnement n'avait pas encore fait parvenir les autorisations nécessaires aux chasseurs madelinots pour avoir accès à l'île Brion, un secteur pourtant privilégié pour les captures.
Deux équipages totalisant 15 chasseurs étaient pourtant prêts, jeudi matin, à se rendre sur l’île Brion, puisque les conditions météorologiques étaient favorables.
Constatant qu’ils n’avaient pas reçu leur autorisation provinciale, ils ont préféré rester à quai. Après avoir contacté le ministère de l'Environnement, ce dernier a fini par transmettre les autorisations d’accès aux chasseurs, dans certains cas jeudi après-midi ou vendredi matin.
Le chasseur et boucher madelinot Réjean Vigneau a reçu son autorisation de Québec seulement vendredi matin, autour de 9 h 30, heure locale, soit plus de 24 heures après l’ouverture de la chasse au phoque gris. Il avait personnellement soumis sa demande d’accès le 22 décembre.
C’est encore une tuile qui nous tombe sur la tête, comme d’habitude. Je suis tellement découragé! Tout le monde s’acharne pour nous crocheter les pieds.
M. Vigneau déplore que ce délai bureaucratique lui ait fait perdre deux précieuses journées de chasse au moment où les jeunes phoques sont nombreux sur la plage de l’île Brion après la période de mise bas. Cette bourde ministérielle pourrait l’avoir privé d'un approvisionnement d'environ 1600 bêtes pour sa boucherie.

Réjean Vigneau espère chasser 2000 phoques pour en valoriser la viande. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
La fenêtre pour aller chasser les jeunes phoques dure trois semaines, maximum un mois en étant optimiste, explique-t-il. Quand les jeunes loups-marins ont un mois, ils prennent l’eau et on ne peut plus les voir, on ne peut plus les chasser. L’année passée, j’ai seulement pu chasser une journée, parce que les conditions météorologiques n’étaient pas bonnes.
Le directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gil Thériault, se désole du peu de considération portée aux chasseurs de phoques.
Ça démontre ce qu’on sait déjà : la chasse au phoque est loin dans la priorité des ministères, que ce soit fédéral ou provincial.
C’est un peu désolant; c’est l’histoire qui se répète. Des fois, on a même l’impression qu’on se fait mettre des bâtons dans les roues sciemment, ajoute-t-il.
À qui la faute?
Radio-Canada a interpellé Pêches et Océans Canada ainsi que le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) pour tenter de comprendre ce qui a causé les retards dans l’envoi des autorisations aux chasseurs.
De son côté, Pêches et Océans Canada (MPO) indique avoir publié le 19 décembre sur son site web le Plan de pêche axé sur la conservation pour le phoque gris, dans lequel la date d’ouverture de la chasse apparaît.
Le ministère fédéral indique aussi avoir transmis ce plan par courriel directement au ministère québécois de l'Environnement le 7 janvier 2026.
Au moment de publier ces lignes, le MELCCFP n’avait pas répondu aux questions transmises par Radio-Canada jeudi.

Le cheptel de phoques gris près de l'île Brion, une réserve écologique au large des îles de la Madeleine.
Photo : Radio-Canada / Elisa Serret
De son côté, Réjean Vigneau indique qu’un employé du MELCCFP lui aurait affirmé ne pas avoir reçu le signal de Pêches et Océans Canada concernant l’ouverture de la chasse au phoque gris le 15 janvier.
La bureaucratie étant ce qu’elle est, ce n’est jamais la faute à personne, c’est toujours la faute à l’autre.
Une avancée en matière de saignée
Par ailleurs, la saison de chasse au phoque gris 2026 s’ouvre avec un changement attendu depuis plus d’une décennie par les chasseurs. Dorénavant, les chasseurs auront la possibilité de saigner l’animal par l’artère carotide, au niveau du cou, et non uniquement par les artères axillaires sous les nageoires pectorales, au niveau des épaules.
Ce n’est pas trop tôt : ça fait 12 ans qu’on attend. Le premier rapport pour la saignée par la carotide a été mis sur les bureaux de Pêches et Océans Canada ça fait 12 ans.
Le boucher et chasseur souligne que la saignée par le cou permettra de conserver une plus grande quantité de viande.
La saignée aux épaules, ça m’amenait énormément de perte de viande, dit-il. Quand on traînait le phoque après l’avoir abattu, la neige et le sable rentraient dans la coupure et ça contaminait la viande de l’épaule, alors que c’est une pièce très prisée.
La saignée au niveau du cou, où il n’y a pas de viande à valoriser, vient régler ce problème.

Le directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gil Thériault, déplore la lenteur des changements réglementaires concernant la chasse au phoque. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gil Thériault, souligne que la technique de saignée à l’épaule n’était pas adaptée à la chasse au phoque gris.
La réglementation datait de l’époque où la chasse au phoque du Groenland sur la banquise était prédominante. C’était parce qu’on voulait des peaux les plus belles et les plus intactes possibles qu’on faisait la saignée à l’épaule, mais aujourd’hui, on chasse le phoque gris pour la viande, dit-il.
M. Thériault salue cette avancée, bien qu’il déplore que cela ait pris plus d’une décennie au fédéral pour y arriver.
Encore une fois, ça donne une idée de la lenteur du processus quand on parle de la chasse au phoque, déplore-t-il. Des règlements pour la baleine noire, ça prend trois mois à mettre en place, alors que pour le phoque, ça prend 10 ans.
La chasse au phoque gris sera ouverte du 30 juin 2026 au 15 septembre 2026, puis du 15 septembre au 20 décembre dans la zone 20.


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