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"Il y a encore plein de gens qui ignorent qu’à deux pas de chez eux, ces maisons existent"

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"J'ai été étonnée que ça n'existe pas déjà. Ensuite, je me suis dit que c'était une idée de génie." Lorsqu'elle découvre la Maison des femmes de Saint-Denis, en 2017, Mélisa Godet n'a qu'un seul court métrage à son actif. Elle est consciente que pour aborder le sujet, "il faut être solide humainement et professionnellement. J'ai donc croisé les doigts pour que personne ne fasse le film avant moi." Après un deuxième court métrage et une série pour OCS (LT-21), elle fait écouter à sa productrice une interview radio de la directrice de la Maison des femmes, Ghada Hatem.

"Elle expliquait son cheminement pour la créer, le travail avec ses équipes et surtout, ce qui était révolutionnaire : l'idée que tous les professionnels de santé, psychosociaux et juridiques soient réunis au même endroit pour que les femmes victimes de violences ne doivent pas chaque fois re-raconter leur histoire, prendre le risque de ne pas être crues et se découragent en route. Je me suis dit que ça ferait un sujet de film incroyable et, surtout, que c'était un lieu incroyable pour parler des violences faites aux femmes de manière hyper lumineuse", en pointant les solutions et pas uniquement les problématiques.

Ghada Hatem a-t-elle été d'emblée convaincue ?

Au début, elle n'a pas trop cru qu'on allait y arriver. Elle était dubitative vis-à-vis de l'idée de se voir transposée en personnage de fiction.

Votre film est pourtant très documenté…

La chance que j'ai eue, c'est que pour pérenniser et développer cet endroit, les équipes ont beaucoup fait parler d'elles. Il y avait énormément de choses à lire, à écouter, à regarder. Ce qui est super, c'est que les inquiétudes de Ghada ont rencontré mes envies. Je souhaitais me laisser la possibilité de la fiction, car c'est par ce biais qu'on arrive à créer des personnages qui ont une force d'identification pour les spectateurs.

Autour de Karin Virad, une équipe mobilisée et à l'écoute anime "La Maison des femmes" de Saint-Denis.Autour de Karin Virad, une équipe mobilisée et à l'écoute anime "La Maison des femmes" de Saint-Denis.

Ghada Hatem souhaitait que le film s'éloigne un peu de ce qu'elle était…

Absolument. Elle est très précautionneuse vis-à-vis de sa vie privée. Et ça se comprend. Elle est devenue un personnage public par la force des choses mais elle tient à sa vie privée et elle a bien raison. Donc, il n'y a pas de confusion. J'ai pu vraiment construire des personnages sur base de ma documentation. Ensuite, Ghada m'a bien aiguillée sur le contrôle de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (Igas) : c'est devenu un axe important du film. D'un côté, on leur a donné un peu d'argent. De l'autre, ils sont venus voir comment ça fonctionnait. Tout était tellement expérimental, elles ont tout inventé. Donc, ça a été le branle-bas de combat.

Comment avez-vous établi les profils des comédiennes ?

J'écris d'abord, la fiction est un champ de liberté incroyable. Ensuite, je réfléchis à qui peut apporter la meilleure énergie pour le personnage. Il y avait presque 50 rôles avec 98 % de femmes. C'est rare et c'était important qu'elles aient tous les âges, tous les corps, toutes les origines, de travailler sur cette diversité.

Vous parliez d'énergie. C'est pour cela que vous avez choisi Karin Viard ?

Ah ben, énergie incroyable ! Elle n'a pas tenu à rencontrer Ghada avant le tournage, pour ne pas se mettre de barrière… Certaines actrices, Eye Haïdara, Laetitia Dosch et Oulaya Amamra, avaient besoin de rencontrer des soignantes. Karin voulait se faire sa propre idée du personnage. Ce qui est très drôle, c'est que quand on a montré le film à Ghada et à son équipe, elles ont toutes dit : "C'est incroyable, Karin, c'est toi !" Alors qu'elles sont très différentes. Ghada est surnommée le bulldozer par ses équipes, ce n'est pas pour rien. Karin a su trouver ça : le pas qui claque, la marche droite assurée. Cette énergie en tension et en même temps hyper solaire.

Le choix des patientes était aussi précis…

L'objectif était que ce soit représentatif de la philosophie du lieu, de ce qui se passe dans la plupart des Maisons des Femmes ouvertes en France. Il y a un pôle violence, un pôle mutilation sexuelle et un pôle santé sexuelle. Souvent, les frontières sont poreuses : les femmes naviguent de soignant en soignant. Une problématique en amène une autre. Les violences faites aux femmes et aux enfants sont tellement massives qu'on ne peut pas se dire que ça concerne un milieu social ou une origine spécifique.

Ces Maisons sont-elles suffisamment connues ?

Il y a encore plein de gens qui ignorent qu'à deux pas de chez eux, ces maisons existent. C'est dommage parce que pour certaines, il serait vraiment important de le savoir. Si le film peut avoir cette vertu-là, on en serait vraiment heureuses. Il y a 32 maisons des femmes en France et une en développement à Bruxelles (au sein du CHU Saint-Pierre, Ndlr). L'objectif est d'avoir une Maison par département, on n'y est pas encore. Ce film est un hommage à ces équipes. Toutes nous disent qu'elles aimeraient arrêter de courir après l'argent et s'occuper de leurs patientes. Dans certaines maisons, il y a 4 mois d'attente pour un premier rendez-vous. C'est terrible de dire ça à une femme qui demande de l'aide. Certaines soignantes ont peur de l'afflux que le film pourrait déclencher. C'est un outil formidable, mais il faut que les moyens soient renforcés.

Au terme de ce long travail, qu'est-ce qui vous a le plus marquée ?

Je savais que cette problématique est massive. Mais ça m'a impressionnée de me rendre compte à quel point presque chaque personne rencontrée, devant ou derrière la caméra, avait un lien personnel au sujet. Ça s'est senti très fort au tournage. Chacun prenait sa part pour porter ce sujet. Et les avant-premières sont un reflet du film : hyper émouvant, joyeux et vivant.

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