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«Il met des gros stops» : Anthony Jelonch, la force de frappe du XV de France

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Titulaire depuis le début du Tournoi, le Toulousain est un numéro 8 plus porté sur le combat et les tâches obscures que les charges balle en main. Une option payante du staff tricolore, qui fait oublier l’absence de Grégory Alldritt.

Des absents de marque. Forcément remarqués. Pour ce Tournoi des six nations 2026, Fabien Galthié et ses adjoints ont taillé dans le vif et décidé de se passer de trois cadres incontournables depuis 2020 : le centre Gaël Fickou, ancien capitaine de la défense, l’ailier Damian Penaud, recordman des essais inscrits en bleu (40), et le troisième ligne centre Grégory Alldritt, ancien capitaine tricolore et longtemps élément incontournable du pack français. Des choix forts, qui ont surpris, mais qui, au final, n’ont en rien impacté le niveau de performance du XV de France, seule équipe encore en lice pour le Grand Chelem et qui pourrait décrocher le titre dès ce samedi en Écosse (15 h 10, TF1).

Pour remplacer Alldritt, moins performant et perforant ces derniers temps, c’est Anthony Jelonch, polyvalent troisième ligne, qui a enfilé le maillot floqué du numéro 8. Pour un rôle sur le terrain différent : plus combattant, moins porteur de balle à la relance depuis le troisième rideau. Alors que le Rochelais multipliait les charges et gagnait de précieux mètres, le Toulousain, lui, reste au cœur du combat. Enchaînant les tâches obscures (38 plaquages en 3 matchs, soit 12,5 par rencontre, selon Opta) et intervenant moins balle en main : seulement 3 mètres gagnés face à l’Irlande, 6 contre le pays de Galles, mais bien plus face à l’Italie (28 m parcourus).

À chaque fois que tu croises "Antho", c’est un arrêt buffet ou un gros stop ! Donc il pèse beaucoup sur les attaques adverses de par sa capacité à bloquer l’avancée

Thomas Lièvremont

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« Le numéro 8 dans le troisième rideau, c’est de plus en plus rare, explique Patrick Arlettaz, l’entraîneur en charge de l’attaque. Pas seulement au niveau international, d’ailleurs ; au niveau national, c’est pareil. On est dans des systèmes où l’on est très souvent à 13 joueurs sur la même ligne, et deux en fond de court, qui sont bien souvent le 10 et le 15. Donc le 8 en position de repli, mis à part sur les coups d’envoi, ça n’existe plus trop… » 

Un profil différent que confirme auprès du Figaro Thomas Lièvremont, ancien numéro 8 des Bleus (38 sélections entre 1996 et 2006), vainqueur du Grand Chelem en 1998 et 2004. « Anthony n’a pas tout à fait le même rôle que Grégory. Il a le même rôle offensif au ras, c’est lui quand même qui assure les points de fixation. Par contre, il n’est pas du tout dans la couverture de terrain et il est vraiment sur le premier rideau », explique le consultant pour Canal+. Et de mettre l’accent sur les qualités de combattant du Toulousain : « Il est tellement précieux défensivement. À chaque fois que tu croises “Antho”, c’est un arrêt buffet ou un gros stop ! Donc il pèse quand même beaucoup sur les attaques adverses de par sa capacité à bloquer l’avancée. Et c’est pour ça qu’il n’est pas du tout utilisé dans le troisième rideau. D’abord parce qu’il a certainement moins de capacités de déplacement qu’il a eues à une époque (il a subi deux graves blessures aux genoux, NDLR), mais surtout parce qu’il est très performant dans le premier rideau et que ce serait dommage de l’en sortir. »

Un goût pour le combat qui a toujours été la force du Gersois, habitué à évoluer dans l’ombre. Mais qui lui procure autant, si ce n’est plus, de plaisir que de briller balle en main. « Je préfère réussir un gros plaquage que marquer un essai », avait reconnu, auprès du Figaro en 2023, celui qui a inscrit trois essais en bleu (en 38 sélections). Et de raconter son ressenti quand il inflige un plaquage destructeur : « Quand on sent qu’on a bien engagé l’épaule, qu’il y a eu un gros impact et que l’adversaire a marqué le coup, après le plaquage, on le regarde dans les yeux. Tu vois alors dans son regard si tu as bien plaqué ou pas. Tu le sais à l’oreille, aussi. Si tu entends un petit bruit sourd, c’est que le choc a été fort. Enfin, il y a la réaction du stade. Si tu entends un grondement des supporteurs, c’est que tu as réussi un gros plaquage. Ça motive, ça… »

Sur le terrain, Anthony Jelonch a également, depuis le Tournoi, un rôle primordial auprès d’Antoine Dupont, une sorte de vigie, de première solution de passe et de premier soutien. Midi olympique révèle en effet que, sur les 22 charges qu’il a effectuées en trois matchs, plus des deux tiers ont été déclenchées sur une transmission de son capitaine. « Effectivement, il y a une connexion particulière avec Antoine, remarque Thomas Lièvremont. Mais Anthony se met toujours au service des autres. Bon, quand Antoine commence à prendre des initiatives, il s’en sort généralement tout seul et il n’a pas besoin d’Anthony… »

Autre point fort, son nombre important de soutiens offensifs : 90 interventions cumulées. Patrick Arlettaz détaille : « Le cadre de jeu que l’on met en place en attaque, c’est un placement de joueurs et un état d’esprit pour que chacun puisse s’exprimer avec ses qualités. Anthony n’a pas les mêmes qualités que François (Cros), qui n’a pas les mêmes qualités qu’Oscar (Jegou). Donc Anthony amène ses caractéristiques : c’est un joueur dur, qui aime porter le ballon en cassant des plaquages, en nous mettant dans l’avancée. Il est capable de faire une passe (13 passes en 3 matchs, NDLR), bien sûr, mais ses caractéristiques fortes, c’est d’être dur au plaquage, dur dans le un-contre-un, avec sa capacité à faire avancer l’équipe. On s’appuie sur ses qualités, et on en est très contents. »

Un mec comme ça, quand tu l’as sur le terrain, ça t’apporte une vraie énergie collective

Alexandre Roumat

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Sévèrement blessé aux deux genoux, en février 2023, puis en janvier 2024, le troisième ligne toulousain - qui était capitaine du XV de France lors de la tournée d’été 2021 en Australie et lors du match France-Uruguay au Mondial 2023 - a trouvé, à chaque fois, la force de revenir. Gros caractère. Retrouvant rapidement sa force de percussion et de dissuasion. « C’est un joueur de calibre international, qui met une intensité physique incroyable et qui a la capacité de nous faire avancer, aussi bien offensivement que défensivement, avait récemment détaillé son coéquipier à Toulouse, Alexandre Roumat. Un mec comme ça, quand tu l’as sur le terrain, ça t’apporte une vraie énergie collective. »

Toujours au service de l’équipe. Souvent à l’ombre des projecteurs. « Anthony, c’est quelqu’un qui joue pour les autres. Là, on voit qu’il se met au service d’Antoine Dupont et on ne va pas rappeler la connexion entre les deux hommes. Je ne parle pas des joueurs, mais des hommes, insiste Thomas Lièvremont. Ce sont deux frères. Forcément, ils ont une relation particulière. » Et de sourire : « Anthony, c’est le joueur altruiste par excellence. S’il le fallait, il irait même donner un coup de main au gardien du stade… »

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