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À Cherbourg (Manche), un père de 67 ans a été condamné pour des violences commises sur ses deux fils, âgés de 10 et 13 ans au moment des faits. Récit de l'audience.
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Par Ludovic Ameline Publié le 10 oct. 2026 à 18h00
Mardi 6 octobre 2026, un homme de 67 ans a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Cherbourg-en-Cotentin (Manche) de violences commises sur ses deux fils, âgés de 10 et 13 ans au moment des faits.
Il a été condamné à cinq mois d’emprisonnement avec sursis simple et à un an d’inéligibilité. Il devra également verser 700 € de dommages et intérêts à chacun de ses enfants.
Sphère familiale
Les faits se sont déroulés au domicile familial, à Valognes, entre le 1er septembre 2016 et le 1er août 2025. Le prévenu, père de cinq enfants issus de deux unions, expliquait vouloir donner une éducation stricte à ses deux plus jeunes garçons.
Pourtant, selon les déclarations recueillies au cours de l’enquête, les enfants auraient été régulièrement frappés : gifles, claques, coups de pied, fessées ou encore coups de chausson.
Les motifs de punition étaient multiples : une baisse de moyenne à l’école, le fait de courir dans les escaliers, de poser les coudes sur la table ou de se tenir incorrectement sur une chaise.
Le 3 juillet 2025, les militaires de la brigade de Saint-Vaast-la-Hougue sont intervenus au domicile familial. La mère et ses deux enfants s’étaient réfugiés chez des voisins. Elle a alors fait état de violences fréquentes et d’un climat d’insécurité.
Le 13 août, le centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Valognes a effectué un signalement auprès des gendarmes.
Entendus séparément, les deux garçons ont décrit des faits similaires. L’un a rapporté les insultes répétées de son père, notamment « bande d’idiots » ou « bande de petits cons ».
L’autre a évoqué des « baffes » et des coups de pied.
Une gifle portée sur la cuisse aurait notamment laissé une marque rouge, après que l’enfant eut refusé de terminer un exercice de mathématiques. Le plus jeune a bénéficié de sept jours d’incapacité totale de travail.
Les experts médicaux qui ont examiné les deux enfants ont décrit des garçons « qui ont peur et sont terrorisés », placés « en situation d’hypervigilance ». Ils ont également relevé « une dégradation de leur qualité de vie ». Depuis 2025, les enfants bénéficient d’un suivi psychologique.
Figure patriarcale
À la barre, le prévenu a contesté la qualification de violences. Il a reconnu des tapes sur les fesses, mais a nié avoir exercé des violences répétées sur ses enfants.
« J’ai été surpris de cette séparation violente, il n’y avait aucun signe annonciateur. Aucun problème vis-à-vis de moi n’a été exprimé », a-t-il déclaré, en mettant en avant ce qu’il considère comme des incohérences dans les propos de ses fils.
Il est également revenu sur un épisode survenu le 15 juillet 2025. Alors qu’il télétravaillait, il aurait vu l’un de ses enfants jouer avec « une barre de fer avec une pointe affûtée ».
« J’ai estimé qu’il y avait du danger. Mon objectif était de lui retirer cette barre. Ce que j’ai fait. Je lui ai repris cette barre et lui ai donné une légère tape sur les fesses », a-t-il expliqué.
Le père a ensuite insisté sur son investissement auprès de ses enfants : « J’ai bien sûr des exigences. J’ai toujours cherché à les intéresser. Je fais énormément d’activités avec eux. Quand ils rentrent de l’école, je m’arrange pour être présent et m’occupe d’eux. »
Il a ajouté avoir « donné le meilleur de lui-même » et s’est dit choqué par les accusations, notamment en raison de l’absence de témoignages extérieurs : « Ça me choque, ça me heurte. »
« Une banalisation de la violence »
Pour l’avocate de la mère et des enfants, le départ de la mère du domicile a permis aux garçons de parler. « Quand ma cliente a quitté le domicile, cela a libéré la parole des enfants », a-t-elle soutenu.
Selon elle, les faits se déroulaient « dans la sphère familiale, à l’abri des regards », dans un contexte de « banalisation » de la violence.
Elle a évoqué une « emprise totale » du père sur les enfants, qui ne se sentiraient « pas à l’aise et pas en sécurité » avec lui.
L’avocate a également souligné que les deux garçons avaient tenu des propos similaires devant les gendarmes et lors de leur examen à l’unité médico-judiciaire. Elle a décrit un enfant régulièrement victime de cauchemars et dénoncé l’absence de remise en question du prévenu.
La partie civile réclamait 4 500 € de dommages et intérêts pour chacun des enfants, 1 000 € pour la mère et 1 200 € au titre des frais de procédure.
Elle demandait également le retrait total ou partiel de l’autorité parentale, ainsi qu’une interdiction faite au père de se présenter au domicile de son ex-femme, aux abords des établissements scolaires et sur les lieux d’activité des enfants.
Le parquet a estimé que le prévenu défendait une « conception datée » de l’éducation, fondée sur des principes auxquels il reste attaché.
« Les enfants ont été entendus séparément. Ils décrivent abondamment les mêmes violences, gifles et claques, que balaye le prévenu », a relevé le procureur.
« Des gestes inappropriés »
Selon lui, « il y a des gestes inappropriés dans le cadre de l’éducation des enfants », et ces faits ont eu des répercussions sur leur équilibre. Le magistrat a requis cinq mois d’emprisonnement avec sursis, rappelant la durée des violences reprochées et les propos tenus par le prévenu lors de l’enquête : « Je n’ai jamais été très violent avec eux. »
La défense a plaidé en faveur d’un homme qui se considère comme « un vieux père » et qui aurait pu avoir « des comportements inappropriés qui n’ont pas été expliqués aux enfants ».
L’avocate a précisé qu’il refusait le terme de violences, tout en affirmant qu’il voulait que ses fils soient heureux.
« Il sait que ce sera long pour les enfants de reprendre confiance », a-t-elle déclaré.
Le tribunal a finalement suivi les réquisitions sur la peine. L’homme a été condamné à cinq mois d’emprisonnement avec sursis simple et à un an d’inéligibilité. Il devra également indemniser chacun de ses deux enfants à hauteur de 700 €. Les demandes formulées par la mère ont, en revanche, été rejetées.
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