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Après le cambriolage de son restaurant à Lectoure, dans le Gers, un restaurateur a diffusé sur les réseaux sociaux le visage du suspect présumé. Une initiative illégale qu’il revendique, estimant avoir permis son interpellation en quelques heures.
Dans le Gers, l’affaire fait grand bruit et relance les questions des limites de la réaction citoyenne face à la délinquance. À Lectoure, le patron de la brasserie Le Bastion, Yannick Pitton, a diffusé sur les réseaux sociaux l’image du jeune homme qu’il soupçonne d’avoir cambriolé son établissement. Une initiative illégale, assumée publiquement par l’intéressé, mais qui a conduit à l’interpellation rapide du suspect.
Dans la nuit du 9 au 10 juin, le restaurant-buraliste est cambriolé. La caisse contenant les recettes de deux jours, des pourboires ainsi que des cartouches de cigarettes disparaissent. Le préjudice est évalué à plusieurs milliers d’euros, voire davantage selon le restaurateur. Rapidement, celui-ci exploite les images issues de ses quatorze caméras de vidéosurveillance et publie une première vidéo sur les réseaux sociaux, dans laquelle il lance un ultimatum au cambrioleur présumé dont il a flouté le visage.
«Je pense que tu ne savais pas où tu mettais les pieds, mon petit garçon», déclare-t-il dans cette première prise de parole, avant de lui laisser 24 heures pour restituer le butin. Sans réponse, le ton se durcit dans les jours suivants. Dans une troisième vidéo, il dévoile le visage du suspect, une diffusion massive qui atteint, selon les éléments disponibles, plus de 12 millions de vues.
Quelque temps après les faits, le restaurateur a reconnu avoir agi sous le coup de la colère. «C’était la première étape, la première vidéo que j’ai faite sur le coup de la colère», explique-t-il auprès de RMC, évoquant un sentiment d’impuissance après le dépôt de plainte. «Je suis sorti de là, j’ai compris que je n’allais pas être la priorité», ajoute-t-il, estimant que la procédure judiciaire risquait de s’enliser.
La diffusion de ces images a cependant eu des conséquences immédiates. Yannick Pitton affirme que «le suspect a été arrêté 2 heures après la diffusion de la troisième vidéo quand je dévoile son visage». Selon son récit, des internautes auraient permis aux forces de l’ordre de localiser le jeune homme, rapidement interpellé.
Sous le coup de la justice
Âgé de 14 ans et déjà connu de la justice, le suspect a depuis été relâché. Mais l’initiative du restaurateur pourrait désormais se retourner contre lui. En publiant le visage d’un mineur présumé innocent, il s’expose à des poursuites pour atteinte à la vie privée et non-respect de la présomption d’innocence, des infractions passibles d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. En cas de condamnation, le restaurateur risque gros car il pourrait perdre sa licence IV avec une inscription à son casier judiciaire.
Conscient de ces risques, Yannick Pitton assume pleinement son geste. «J’ai fait ça en toute connaissance de cause mais on est dans un pays où on se fait voler, violer, faut se taire», affirme-t-il, tout en reconnaissant qu’il pourrait en subir les conséquences judiciaires. «À un moment donné, il faut prendre des décisions fortes sous le coup de la colère», ajoute-t-il, estimant qu’il «assumera les conséquences».
Au-delà de son cas personnel, le restaurateur prétend avoir voulu alerter les habitants de Lectoure et d’autres commerçants confrontés à des faits similaires, en relatant des échanges entre professionnels du secteur et un sentiment partagé d’insécurité, tout en refusant d’encourager la justice privée. «Ils lui ont mis les menottes samedi, dimanche il était dehors, il y a un sentiment d’injustice», soupire-t-il. Une enquête devra désormais préciser les suites judiciaires de l’affaire, tant pour le cambrioleur présumé que pour le restaurateur lui-même.


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