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ORGANISME. Pendant une trentaine d’années, d’innombrables jeunes de Drummondville sont entrés dans la Maison Marie-Rivier pour faire des rencontres, créer des liens et, souvent, se sentir tout simplement chez eux. Depuis trois ans, l’un d’eux est le propriétaire de l’endroit qui l’a aidé à passer au travers de son adolescence.
Miguel Desrochers a commencé à fréquenter la Maison Marie-Rivier vers l’âge de 13 ans. C’est un de ses amis qui lui a proposé de venir après que le Centre communautaire Saint-Pierre ait fermé sa maison des jeunes.
Jusqu’à ses 18 ans, celui qui est aujourd’hui le père de quatre enfants, a passé la grande majorité de son adolescence au 460, rue Saint-Alfred. Chaque fois qu’il finissait l’école, il déposait son sac à dos chez lui avant de se rendre à la Maison Marie-Rivier pour ensuite y rester jusqu’à 21 h.
Miguel a passé ses soirées à discuter avec d’autres jeunes, certains vivant avec une déficience intellectuelle. Il jouait de temps à autre à Doom sur l’un des quatre ordinateurs dans le salon ou au ping-pong dans le garage. Il échangeait parfois avec les animateurs présents pour parler de sa pénible situation familiale.
Miguel Desrochers venait toujours faire un tour à la Maison Marie-Rivier après l’école. (Photo : Ghyslain Bergeron)«Je ne voulais juste pas être chez nous. C’était un peu mon safe space où je sortais d’un autre environnement. Je pouvais être moi-même. En jasant avec les gens, j’oubliais les problèmes qu’il y avait à la maison», relate-t-il à L’Express.
Le Drummondvillois âgé de 39 ans se souvient surtout du plaisir qu’il a eu pendant les cinq années passées à la Maison Marie-Rivier. «Je ne m’ennuyais jamais. C’était un temps pour décrocher. En tout cas, moi, je suis content d’avoir eu cette place-là et de ne pas avoir fini tout seul chez nous. Sans ça, [mon adolescence] aurait été crissement plus difficile», confie-t-il sans gêne.
«Je pense que les animateurs ont aussi joué un rôle important. C’était du monde qui était humain. Ils nous écoutaient et faisaient leur job tout en s’amusant avec nous. L’un d’entre eux s’appelait Jocelyn et tout le monde voulait jaser avec lui tellement il était sympathique», ajoute Miguel Desrochers.
30 ans d’aide aux jeunes
En juin 1992, la Fondation Rivier, dirigée à l’époque par Francine Bédard et financée par des religieuses des sœurs de la Présentation de Marie, a fait l’acquisition de l’immeuble de la rue Saint-Alfred. Puis, en janvier 1996, l’appellation Maison Marie-Rivier a fait son apparition alors que la fondation est devenue un organisme à but non lucratif (OBNL).
L’objectif était de donner un milieu de vie pour les jeunes où il pourrait s’épanouir et être aidé dans leur parcours. Puisqu’il n’y avait pas assez d’espace au couvent Marchand [là où se situe aujourd’hui le Collège Ellis ; NDLR], les religieuses ont décidé d’acheter la maison pour organiser des activités et des ateliers pour les adolescents.
Monique Bélanger (au centre-gauche) en compagnie de plusieurs jeunes lors d’une activité organisée à la Maison Marie-Rivier. (Photo d’archives : gracieuseté)Beaucoup, comme Miguel Desrochers, venaient après les cours et y restaient de 16 h à 22 h. Durant certaines soirées, la Maison pouvait accueillir jusqu’à 60 adolescents âgés de 12 à 18 ans.
Monique Bélanger a été une des animatrices à la Maison Marie-Rivier de 1999 à 2019. Elle estime qu’elle et ses collègues ont pu aider «au moins la moitié de la ville» durant ses 20 ans de services.
«Je revois certains jeunes régulièrement. Ils me disent que ça leur a fait du bien et que j’étais comme un pilier pour eux. Ils venaient chercher la stabilité qu’il y avait à la Maison Marie-Rivier tous les jours», se souvient-elle.
«À l’époque, j’en avais beaucoup qui venaient pour consommer, mais on en parlait ouvertement, et ce, sans jugement. Je pense que ça l’a aidé quelques jeunes à peut-être s’en sortir justement parce qu’il n’y avait pas de jugement et que je les ai accompagnés. Il y en avait aussi qui étaient en familles monoparentales et qui avaient besoin d’un pilier présent en tout temps, contrairement aux parents qui, parfois, s’absentaient régulièrement», précise l’ancienne animatrice.
Poursuivre la mission
En 2021, l’OBNL change de nom pour Espace Rivier et relocalise ses services au centre-ville de Drummondville. Sa directrice générale, Nancy Lussier, affirme que, avec les années, l’arrivée des nouvelles technologies et leur plus grande accessibilité, de moins en moins de jeunes fréquentaient la Maison Marie-Rivier.
L’ancienne animatrice à la Maison Marie-Rivier, Monique Bélanger, et la directrice générale de l’Espace Rivier, Nancy Lussier. (Photo : William Hamelin)Toutefois, la mission de l’organisme continue d’être essentielle, selon elle. «Les gens sont plus isolés chez eux qu’avant. Les besoins d’être écoutés et d’être accompagné sont encore là, mais, parfois, ils ne savent pas qu’ils existent», explique Mme Lussier.
C’est ainsi que l’OBNL a lancé la Caravane Kaméléon en octobre 2020. Celle-ci est composée d’une équipe d’animateurs et d’intervenants offrant des ateliers ludiques sur les saines habitudes de vie aux jeunes dans différents endroits de Drummondville, comme les parcs et les camps de jour.
Certaines activités sont désormais plus ouvertes à l’ensemble de la population depuis quelques années. C’est le cas notamment de l’ensemble vocal Les Gospangels, qui comprend à la fois des jeunes comme des adultes y participant depuis plus de 20 ans.
Nancy Lussier croit que ce sont désormais les activités organisées à l’Espace Rivier qui deviennent les «nouveaux milieux de vie» pour certains. «Un coup qu’on les a, les gens reviennent, puisqu’ils ont un sentiment d’appartenance», mentionne la directrice générale de l’organisme.
De visiteur à propriétaire
En 2023, la Maison Marie-Rivier est mise en vente et l’Espace Rivier cesse d’y tenir des activités. Miguel Desrochers habite à ce moment-là avec sa conjointe, Mylene Audet, et deux de ses enfants à Notre-Dame-du-Bon-Conseil.
Alors que sa partenaire tombe enceinte de jumeaux et qu’un développement derrière leur terrain les agace, le père de famille décide de chercher un nouveau foyer. Lorsqu’il découvre que la Maison Marie-Rivier est à vendre, il n’avait qu’une seule idée en tête : l’acquérir sur le champ.
Miguel a gardé plusieurs éléments de l’ancienne Maison Marie-Rivier, comme cet extincteur. (Photo : Ghyslain Bergeron)«Il a appelé tout de suite et on était troisième sur la liste d’attente, raconte Mylene Audet. D’habitude, quand tu te fais dire que tu es troisième ou quatrième sur une liste, tu te dis : “On va laisser faire”. Mais, lui, il s’en foutait. Il la voulait à tout prix!»
Par chance, Miguel et Mylene ont finalement obtenu les clés du 460, rue Saint-Albert. Le couple a gardé l’ancienne Maison Marie-Rivier quasi similaire à ce qu’elle était à l’époque, que ce soit par la couleur des murs en passant par les affichettes collées au-dessus des cadres de portes.
«La première fois que j’ai remis les pieds ici, avant de l’acheter, les souvenirs sont revenus, se souvient Miguel Desrochers. Ça revient un peu à mon safe space. Dans ma tête, lorsque j’arrive ici, c’est le même feeling que j’ai que quand je venais auparavant.»
Retrouvailles
Le 25 septembre prochain, l’Espace Rivier convie tous celles et ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à son histoire à une soirée de retrouvailles. Celle-ci aura lieu au bureau de l’OBNL, au 228, rue Heriot, de 17 h à 20 h.
Nancy Lussier et Monique Bélanger s’attendent à revoir des jeunes, des bénévoles et des animateurs qui ont bénéficié ou contribué à la mission de l’OBNL. Miguel Desrochers y sera présent.
Les bureaux de l’Espace Rivier sont au centre-ville de Drummondville, au 228, rue Heriot. (Photo : William Hamelin)D’ailleurs, il compte remettre en place une affiche indiquant aux gens que son nid familial n’est plus la Maison Marie-Rivier. «Durant les six premiers mois après l’acquisition, des gens rentraient dans la maison et je leur disais : “Vous n’êtes pas à la bonne place”», raconte avec humour le Drummondvillois.
«Finalement, à un moment donné, on s’est aperçu que Google Maps indiquait encore que l’adresse de l’organisme Espace Rivier était ici. Donc, on a fait une demande à Google pour déplacer l’adresse à la bonne place au centre-ville», ajoute en terminant le nouveau propriétaire de l’ancienne Maison Marie-Rivier.
Les personnes qui souhaitent participer à la soirée de retrouvailles sont invitées à s’inscrire sur la page Facebook de l’Espace Rivier en cliquant sur «Participer» dans l’événement Retrouvailles de la Maison Marie-Rivier. Il faut s’y inscrire d’ici le 16 septembre prochain.


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