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Nous ne tenons pas de registre concernant le nombre de demandes d’entrevue que nous faisons à l’émission Première heure et qui sont refusées. Je crois toutefois que si nous faisions l’exercice, nous serions estomaqués par le taux de réponses négatives.
A priori, cela n’aurait rien d’anormal. Toutes les émissions d’information se heurtent régulièrement à des refus pour des raisons tout à fait valables : l’invité n’est pas disponible, il est en déplacement, il a déjà une autre entrevue quelque part, etc.
Il n’en demeure pas moins que c’est une question qui me turlupine. À titre de capitale nationale, Québec devrait avoir régulièrement sur ses ondes la première ministre, les ministres, les députés qui défendent des dossiers, les dirigeants d’organismes publics et parapublics, etc.
Étant aux premières loges de l’action politique, Québec doit suivre de près les dossiers qui cheminent à l’Assemblée nationale. Les émissions d’information de la capitale, comme Première heure, doivent servir de lieu de reddition de comptes pour ceux qui détiennent le pouvoir.
Récemment, certains ministres sont venus défendre leurs dossiers sur nos ondes - je pense entre autres à Samuel Poulin et Benoît Charette - et cela s’est toujours soldé par une conversation riche, informative et éclairante.

Martin Imbleau, président-directeur général d'Alto, l'entité responsable du projet de train à grande vitesse (TGV) Québec-Toronto.
Photo : Radio-Canada / Manuel Cardenas
Des dirigeants de société d’État se sont aussi pliés à l’exercice, comme Martin Imbleau d’Alto et Jacques Farcy de la SAQ. J’estime néanmoins que le public de la capitale nationale gagnerait à entendre plus souvent certaines voix sur nos ondes.
Par exemple, nous avons tenté à plusieurs reprises de parler à la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, sans succès. Lorsque François Legault est venu nous rendre visite à Première heure l’automne dernier, cela faisait presque sept ans qu’il n’avait pas participé à l’émission, point sur lequel je l’ai d’ailleurs questionné.
Ce qu’on ne contrôle pas
Nous avons aussi demandé à plusieurs reprises à la nouvelle première ministre Christine Fréchette de nous accorder un moment depuis son accession aux plus hautes fonctions de l’État québécois, mais chacune de nos demandes a été refusée.
Elle a pourtant donné plusieurs entrevues ces dernières semaines, y compris au balado de Paul Arcand. Son équipe a aussi approché l’humoriste Mathieu Dufour pour lui parler de la journée québécoise du hot-dog steamé (nouvelle fenêtre).
Comprenez-moi bien : Mme Fréchette a un horaire extrêmement chargé et ses raisons pour décliner une entrevue à Première heure sont probablement tout à fait légitimes. Le nombre de demandes qu’elle reçoit doit être ahurissant et le tri doit être ardu.
Toujours est-il que son équipe fait des choix… des choix qui, jusqu’à présent, ont exclu un arrêt dans nos studios.

La première ministre Christine Fréchette pendant la période de questions à l'Assemblée nationale à Québec, le 13 mai 2026
Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot
Je réitère donc ce que j’ai dit à quelques reprises en ondes ces derniers temps : j’espère que nous pourrons lui parler prochainement, avant le début de la campagne électorale, pour faire le bilan de ses actions politiques.
La persuasion
On dit souvent des médias d’information qu’ils sont le quatrième pouvoir dans un État démocratique. Mais on oublie que contrairement aux autres pouvoirs - législatif, exécutif et judiciaire - les journalistes ne disposent d’aucun levier pour contraindre, pour forcer ou pour exiger.
Le pouvoir législatif peut faire des lois qui encadrent le fonctionnement de la société. Le pouvoir exécutif peut signer des décrets et dispose de ressources comme les forces policières pour faire respecter la loi et l’ordre. Le pouvoir judiciaire, avec ses tribunaux, peut exiger réparation lorsque des fautes sont commises.
Mais les journalistes? Leurs outils de travail sont les mêmes que ceux dont dispose tout citoyen, comme la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Bien sûr, ils ont un accès plus facile aux institutions à travers les relationnistes de presse, mais cela ne constitue pas un pouvoir en soi.
La capacité des journalistes à obtenir des réponses pour servir l’intérêt public repose donc essentiellement sur leur débrouillardise, leur réseau de contacts et leur pouvoir de persuasion.
Bref, ils peuvent essayer de convaincre une personne de parler, mais ils ne peuvent jamais la forcer à le faire.
Le choix des invités
Je sais que vous vous demandez parfois pourquoi nous avons planifié une entrevue avec un invité plutôt qu’un autre.
Par exemple, lorsque nous avons fait le point sur le lancement du dossier santé numérique avec une médecin, lundi dernier, certains d’entre vous ont remis ce choix en question. Ils auraient préféré que nous recevions un représentant de Santé Québec.
Vous comprenez maintenant, à la lumière de la présente chronique, que ce n’est pas faute d’avoir essayé.

La présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Et je crois que vous avez droit à ces explications. En tant que média d’information, nous avons la responsabilité de vous expliquer le plus souvent possible quelles démarches nous faisons pour arriver au résultat désiré en ondes.
Pour la suite, je m’engage à continuer à travailler sur les éléments que je contrôle : la profondeur des questions que je pose, mon niveau de préparation et la crédibilité de notre émission.
Tout cela dans le but de rappeler aux personnes en position de pouvoir que Première heure est un lieu de rencontre incontournable, tôt le matin dans la capitale nationale, pour les entrevues politiques de fond.
Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante: [email protected].


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