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Cette semaine, j’ai participé à une rencontre citoyenne sur la couverture médiatique des élections au Québec, organisée par Radio-Canada et l’Assemblée nationale. J’en retiens une chose : journalistes et citoyens doivent dialoguer. Plus souvent. Et peut-être aussi plus que jamais...
Les médias d’information font face à une crise de confiance. Les données ne manquent plus pour en faire la démonstration (nouvelle fenêtre). Une partie du public est devenue plus méfiante, s’est tournée vers d’autres sources d’information et n’hésite plus à critiquer sévèrement les médias traditionnels.
Détourner le regard ou s’imaginer qu’il n’y a pas là un message à saisir serait une erreur. Cela veut-il dire que toutes les critiques sont justes? Assurément pas. Mais d’autres devraient-elles être prises au sérieux et servir de base de réflexion pour améliorer notre couverture? Je suis convaincu que oui.
Comme je l’écrivais ici même l’hiver dernier, en citant l’ex-directeur de l’Institut Reuters, renouveler le contrat social entre le journalisme et le public nécessitera plus que de simplement répéter que les nouvelles sont très bien comme elles sont actuellement. En somme, prêcher ne suffit plus.
Un vrai dialogue
Mercredi soir, dans l’agora de l’Assemblée nationale, les questions que les citoyens ont adressées à mes collègues Louise Boisvert, Véronique Prince et Sébastien Bovet étaient parfois critiques, mais toujours empreintes d’une curiosité sincère et d’un respect palpable.
Je paraphrase : Quand ça fait plusieurs fois que vous posez une question et qu’un politicien ne vous répond pas, pourquoi n’arrêtez-vous pas?Est-ce que les campagnes de salissage font vraiment partie de la politique et de la couverture médiatique?
Ces questions ont généré d’intéressantes discussions qui ont offert un double bénéfice. D’une part, les citoyens ont pu comprendre comment raisonnent les journalistes dans leur quête de servir l’intérêt public. D’autre part, les journalistes ont compris ce qui peut faire décrocher des citoyens de la couverture médiatique…
En somme, l’exercice s’est avéré utile pour tout le monde. Il y a parfois une incompréhension ou une méconnaissance des méthodes de travail des journalistes, tout comme il y a parfois des pratiques qui mériteraient d’être remises en question.
Pour survivre, il faut évoluer
D’ailleurs, de tout temps, le journalisme a su s’adapter à son époque. C’est sans aucun doute ce qui lui a permis de rester pertinent. Par exemple, jusqu’au début du 20e siècle au Québec, les journaux étaient souvent la propriété de l’Église ou de partis politiques.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui et cette évolution a pavé la voie à une couverture plus factuelle que partisane, hormis pour les chroniques d’opinion, dont l’utilité est d’ailleurs remise en question par une partie du public.
Au cours des dernières décennies, les médias ont aussi pris conscience des conséquences potentielles de leur travail lorsqu’ils publient des nouvelles liées à des sujets sensibles comme le suicide ou les tueries de masse.
Le traitement de tels sujets vient avec une immense responsabilité. La plupart des salles de nouvelles se sont ainsi dotées de règles internes qui les amènent à ne pas glorifier l’auteur d’une tuerie de masse et à systématiquement nommer les ressources disponibles en matière de prévention du suicide.
Le langage utilisé par les journalistes évolue aussi aux côtés de la société. Là où nous parlions de drame passionnel il y a 20 ans, nous parlons aujourd’hui de meurtre en contexte conjugal, car des associations et des personnes militantes ont sensibilisé – avec raison – la classe médiatique à l’importance des mots choisis.
Bref, le journalisme évolue constamment et il est clair qu’avec les bouleversements qui secouent l’ensemble du monde actuellement, d’autres remises en question viendront.
De plus en plus d’opportunités
La bonne nouvelle, c’est que je perçois cette volonté de certains journalistes et de certains médias traditionnels de réfléchir avec le public aux enjeux qui minent la confiance et sur les solutions pour contrer ce phénomène.
Outre l’événement auquel je participais cette semaine à l’Assemblée nationale, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a convié le public dans plusieurs villes de la province le 31 mai pour visionner des reportages en présence de journalistes prêts à recevoir tant le pot que les fleurs.
Le porte-parole des Semaines de la presse et des médias, Étienne Fortin-Gauthier, admettait d’ailleurs en entrevue que les salles de nouvelles ont parfois de mauvais plis. Par exemple, les groupes à qui on donne la parole dans nos médias : parfois, on a l’habitude de donner la parole aux mêmes intervenants, il y a une routine qui peut s’installer.
De plus en plus, je vois aussi des journalistes s’interroger à voix haute dans des congrès, des chroniques ou des balados sur les manières dont leur profession pourrait évoluer pour mieux répondre aux défis de l’époque. L’émission Dans les médias à Télé-Québec propose aussi parfois des réflexions qui remettent en question certaines façons de faire.
Tout cela me semble être le signe qu’il y a un réel désir de servir encore mieux le public, de préserver la confiance qui est toujours au rendez-vous et de réparer celle qui s’est brisée. Et ça, les médias en sont les premiers responsables.
Par définition, puisqu’ils sont au service des citoyens, les journalistes se mettent le nez à peu près partout : ils débusquent les torts et les travers des organisations privées comme publiques.
Leur propre milieu ne peut pas échapper à cette logique. Après tout, si les médias ne parlent pas eux-mêmes de ce qui doit changer dans leur propre cour, qui le fera?
Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante : [email protected].


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