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Il y a des journées de travail qui sont plus difficiles à préparer que d’autres. Particulièrement celles où vous arrivez au bureau, à 3 h 45 de la nuit, et prenez conscience qu’un drame inimaginable est en train de secouer le pays.
C’est ce qui s’est passé mercredi dernier, lorsque j’ai ouvert mon ordinateur et constaté la gravité de ce qui s’était produit quelques heures plus tôt dans une école secondaire de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.
La veille, au moment d’aller au lit, je n’avais pas mesuré toute la portée de la tragédie. Les événements étaient trop récents et peu d’informations avaient filtré. Mercredi matin, toutefois, il n’y avait plus de doute : une folie meurtrière avait frappé le pays.
Nous n’avions pas tous les détails, mais une chose était claire : cette histoire allait avoir un retentissement partout au Canada.
Un drame dans l’oeil du public
Avant d’entrer en ondes, il y avait donc un consensus au sein de l’équipe à l’effet qu’il fallait couvrir la tuerie de Tumbler Ridge.
Même si cette petite communauté d’environ 2500 habitants était située à des milliers de kilomètres de Québec et qu’à peu près personne n’était familier avec Tumbler Ridge avant ce matin-là, il fallait se rendre à l’évidence : le Canada faisait, une fois de plus, face à l’horreur. Avec cela vient la responsabilité d’informer.
De nombreuses familles étaient endeuillées. Une communauté entière était lourdement affectée. Au réveil, tout le pays allait être touché.
On pouvait déjà prédire la suite. Des gestes de solidarité seraient posés. L’enquête policière allait apporter de nouvelles informations au compte-gouttes. Et tôt ou tard, les pouvoirs publics allaient être confrontés une fois de plus à cette éternelle question : comment éviter de tels drames à l’avenir?
Tous ces développements se vivent nécessairement dans l’espace public. Ils évoquent le douloureux souvenir des tueries qui ont déjà eu lieu dans d’autres établissements d’enseignement, comme Polytechnique en 1989, le Collège Dawson en 2006 ou celle survenue à La Loche, en Saskatchewan, en 2016.
Presque inévitablement, cela nous rappelle la fragilité des choses. Notre sentiment de sécurité peut aussi être remis en question. Bref, même à des milliers de kilomètres, un tel drame finit toujours par nous atteindre d’une manière ou d’une autre.
Éloignement, langue, décalage horaire…
Malgré l’évidence, couvrir la tragédie de Tumbler Ridge constituait un défi de taille pour Première heure.
D’abord, comment parler d’un drame dont on savait encore peu de choses, qui s’était produit dans une communauté que l’on ne connaissait pas et où il n’y avait probablement que très peu de francophones? Les options d’entrevue étaient limitées.
Ensuite, comment faire une entrevue en direct quand un décalage horaire de deux heures nous sépare? Les micros de Première heure s’ouvrent à 5 h 30. À Tumbler Ridge, il ne serait donc que 3 h 30 de la nuit.
Enfin, comment couvrir le drame de manière pertinente, sans nuire à nos collègues de Radio-Canada en Colombie-Britannique? Ils étaient déjà à pied d’œuvre pour essayer de recueillir des témoignages pour le bénéfice de tout le réseau.
Surcharger nos collègues, les inonder de messages et d’appels est la pire des avenues à emprunter : cela les ralentit dans un contexte de crise où le temps presse.
Je me souviens du 29 janvier 2017, en soirée, lorsque je couvrais l’attentat à la grande mosquée de Québec. Le nombre d’appels et de courriels que je recevais, alors qu’il faisait un froid glacial dehors, dépassait largement ma capacité à y répondre. J’avais un travail de cueillette d’information à faire et je devais me concentrer là-dessus avant de pouvoir aller en ondes.
Travail d’équipe
Dans pareilles circonstances, il faut donc faire confiance à nos collègues qui sont sur le terrain. Ils sont les mieux placés pour nous dire comment les choses se passent et nous transmettre les témoignages pertinents en temps et lieux.
C’est exactement ce qui s’est passé mercredi. Alors qu’il faisait encore nuit chez eux, nos collègues de la Colombie-Britannique avaient déjà établi un plan de couverture solide pour le début de la journée.
Ils avaient tout mis en place pour que leurs journalistes puissent assurer une présence en ondes dans les émissions du reste du Canada, et ce, dès le début de la matinée.
Patience et prudence
Ainsi, lorsque Première heure a commencé à 5 h 30, j’ai rapidement annoncé à notre auditoire que le réveil était difficile puisqu’un drame avait eu lieu dans l’ouest du pays. Avec mon collègue des nouvelles, Martin Boucher, nous avons dressé un portrait sommaire de la situation.
J’ai rappelé que la situation était en évolution et que nous tenterions de joindre quelqu’un là-bas dès que possible pour faire le point.
Les radiojournaux de 6 h et de 7 h ont ensuite livré les plus récents développements. Puis à 7 h 45, notre collègue Wildinette Paul, qui couvrait les événements sur le terrain, était de passage sur nos ondes pour résumer la situation et présenter des témoignages.
A posteriori, je me suis demandé si nous avions suffisamment parlé de Tumbler Ridge durant l’émission. Je me suis questionné à savoir s’il y a quelque chose que nous aurions pu faire différemment.
J’en suis néanmoins venu à la conclusion qu’étant donné les informations trop parcellaires dont nous disposions à ce moment-là, il aurait été difficile de faire les choses autrement à notre émission. Chercher à en faire plus n’aurait pas permis d’en apprendre davantage.
C’est là où il faut savoir tracer la ligne entre ce qu’on aimerait savoir pour nous rassurer collectivement… et ce qu’on peut vraiment savoir lorsqu’une enquête policière est toujours en évolution.
D’ailleurs, plus tard durant la semaine, des informations concernant le nombre de personnes tuées, le nombre de blessés et l’identité de la tireuse ont fait l’objet de révisions et même de corrections, nous rappelant une fois de plus qu’en contexte de crise, les faits sont parfois difficiles à établir.
Aussi dramatique un événement soit-il, la sobriété, la patience et la prudence sont sans doute les meilleurs gages d’une couverture réussie.


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