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Hors d’ondes avec Alexandre : l’éclipse médiatique de François Legault

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Mercredi 14 janvier. Les micros de Première heure viennent de s’éteindre. La préparation de l’émission du lendemain est déjà bien avancée. La journée s’annonce tranquille. Puis à 9 h 46, je sens que tout s’apprête à basculer.

Un courriel laconique vient d’atterrir dans ma boîte de réception : François Legault tiendra un point de presse à 11 h. La convocation ne contient aucun détail. Mon flair d’ancien correspondant parlementaire me dit que le premier ministre risque d’annoncer sa démission.

Rapidement, l’hypothèse se confirme et fait l’objet d’une fuite avant même l’annonce d’une premier ministre. À la télé comme à la radio, cela devient l’unique sujet de conversation.

C’est le début d’une éclipse médiatique, car la nouvelle est d’un intérêt public supérieur. Elle écrase toutes les autres. Elle force les journalistes à annuler les tournages qu’ils avaient prévus ce jour-là. Elle déclenche une programmation spéciale en direct.

Première heure doit déjà réfléchir à son émission du lendemain, car ce qui était prévu ne tient soudainement plus la route. Ce n’est pas tous les jours que les premiers ministres annoncent leur départ alors qu’ils sont encore en fonction.

Accepter les refus

Considérant l’ampleur de la nouvelle, vous vous imaginez probablement que c’est l’abondance. Qu’un nombre élevé de gens voudront témoigner pour rendre hommage à François Legault. Que les langues se délient plus facilement une fois que le premier ministre confirme son départ. Bref, que les journalistes croulent sous les options.

Pourtant, la réalité n’est pas aussi simple et les salles de nouvelles essuient beaucoup de refus. 

L’entourage de François Legault a confirmé qu’il n’accorderait pas d’entrevues individuelles et qu’il ne répondrait pas aux questions des journalistes. 

Plusieurs ministres pressentis pour lui succéder refusent eux aussi les demandes d’entrevues. Ils savent que les journalistes les questionneront sur leurs velleités, ce qu’ils préfèrent sans doute éviter pour ne pas faire de l’ombre à leur chef qui vit une journée importante et émotive.

D’anciens premiers ministres se gardent eux aussi une petite gêne et préfèrent ne pas commenter. Peut-être ne veulent-ils pas donner l’impression qu’ils jouent à la belle-mère ? Peut-être se sentent-ils incapables de rendre un hommage sincère à François Legault, leur ancien adversaire ?

Hommages, critiques, analyses

Heureusement, certains collègues de François Legault lèvent la main pour chanter ses louanges, tout comme de proches collaborateurs.

Ses adversaires saluent son engagement politique tout en soulignant leurs désaccords idéologiques. Des centrales syndicales se réjouissent de son départ par communiqué.

Quelques experts sont aussi prêts à fournir une analyse à chaud.

Sur nos ondes, l’après-midi du 14 janvier est donc rempli d’hommages et de spéculations, de résumés de la carrière politique de François Legault et de bilans.

Toutefois, assez peu d’informations nouvelles parviennent au public. Ce n’est pas un problème en soi, mais c’est un sérieux défi pour Première heure.

Éviter la redite

Lorsque nous serons en ondes, le lendemain matin, le départ annoncé du premier ministre restera une nouvelle de premier plan. Elle sera à la une de tous les journaux. Mais comment éviter la redite quand l’éclipse médiatique dure depuis 24 heures ? Comment rester pertinent ?

L’autre question est de savoir si nous devrions consacrer l’émission entière au départ de François Legault. Faut-il prolonger l’éclipse médiatique ou faut-il, au contraire, contribuer à ramener progressivement un peu de lumière sur d’autres sujets ? La deuxième option nous semble la meilleure.

La réalisatrice de Première heure, le journaliste à la recherche et moi-même tenons donc une première réunion en fin d’avant-midi. À qui devrions-nous parler, le lendemain, et pour quelles raisons ? Nous établissons quelques cibles préliminaires. 

En fin d’après-midi, nous faisons le point. Constat : plusieurs de nos approches se sont soldées par un refus et d’autres intervenants qui étaient sur notre liste ont déjà accordé des entrevues à d’autres émissions. 

Nous poursuivons donc notre remue-méninge et gardons en tête qu’il sera essentiel d’apporter de la nouveauté, de ne pas nous contenter de ce que l’on sait déjà. Y parviendrons-nous à coup sûr ? Peut-être pas, mais au moins, l’objectif est clair.

Des entrevues se confirment en toute fin de journée et nos angles d’attaque pour les aborder le lendemain commencent à s’affiner.

C’est ainsi que nous avons pu parler de l’avenir de la CAQ avec la professeure et ex-députée Émilie Foster. D’après elle, la candidate la mieux outillée pour prendre la relève à la tête de la CAQ, serait la ministre Christine Fréchette.

Nous avons ensuite pu faire du pouce avec cette analyse en demandant au ministre Mathieu Lacombe s’il était d’accord, ce à quoi il a répondu par l’affirmative, disant tout le bien qu’il pense de Mme Fréchette.  

C’est également avec notre objectif en tête que nous avons tenté de tirer les vers du nez à la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, au sujet de la future course à la direction. Souhaite-t-elle éviter une course avec trop de candidats ? Sa réponse : oui, il faut éviter les candidatures frivoles et aboutir avec un « successeur exceptionnel ».

Le député de Beauce-Sud et ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises, Samuel Poulin, s’est quant à lui exprimé sur sa vision d’avenir pour la CAQ : un parti de centre-droit, pragmatique, qui défend la classe moyenne, qui croit au libre marché et à la déréglementation.

Sortir de l’éclipse

Sommes-nous parvenus à vous apprendre quelque chose, même au terme d’une éclipse médiatique de presque 24 heures ? Avons-nous réussi à trouver le juste équilibre entre les entrevues liées au départ annoncé de François Legault et autres les sujets locaux, nationaux et internationaux ?

Vos perceptions risquent de varier en fonction du temps que vous aviez passé la veille à consulter les nouvelles, de votre niveau de familiarité avec la politique et de l’importance que vous accordez personnellement à la démission de François Legault comme événement d’actualité.

Je vous confie cependant que lorsque les micros se sont éteints, j’étais plutôt fier du contenu que nous vous avons livré. J’avais l’impression que nous avions mis la table pour les angles qui allaient émerger plus tard dans la journée.

François Legault parle, ému, lors d’une conférence de presse dans le hall de l'Assemblée nationale du Québec, avec sa femme, Isabelle Brais, à ses côtés.

François Legault a annoncé sa démission comme premier ministre du Québec, lors d’une conférence de presse le 14 janvier 2026.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Car même si les éclipses médiatiques se mettent en place tout naturellement dans les salles de nouvelles, encore faut-il reconnaître qu’elles sont la créature des médias eux-mêmes. 

En effet, ce sont les médias qui choisissent de mettre presque toute leur énergie, ne serait-ce que temporairement, sur un seul sujet. 

La décision a beau être justifiée, elle n’en commande pas moins une réflexion constante sur la meilleure façon de servir le public durant cette période où le reste des nouvelles est mis en veilleuse.

Et aussi sur le moment où il faut savoir sortir de cette éclipse, car pendant tout ce temps, la Terre n’a certainement pas arrêté de tourner…

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