La sonde japonaise Hayabusa2 a effectué dimanche l’un des survols les plus rapprochés jamais réalisés d’un astéroïde géocroiseur — à moins de 800 mètres de Torifune, à plus de 18 000 km/h. Une manœuvre aussi précise que « toucher une pièce d’un yen quelque part entre Okinawa et Hokkaido » selon les ingénieurs de la JAXA, dans le cadre d’un test de défense planétaire.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi ce survol est un test crucial pour les technologies de déviation d’astéroïdes — et en quoi il diffère de la mission DART de la NASA
- Pourquoi la composition de la surface de l’astéroïde — roche dure ou sable meuble — change radicalement l’efficacité d’une déviation
- Ce que Hayabusa2 a déjà accompli depuis son lancement en 2014 — et ce qui l’attend en 2031
Un survol de précision extrême
Dimanche, la sonde Hayabusa2 de la JAXA — de la taille d’un réfrigérateur — a survolé l’astéroïde Torifune à moins de 800 mètres, se déplaçant à plus de 18 000 kilomètres par heure. Si les mesures sont confirmées, il s’agira de l’un des survols les plus rapprochés jamais réalisés d’un astéroïde géocroiseur.
L’objectif n’était pas de percuter l’astéroïde, mais de démontrer que les ingénieurs peuvent contrôler précisément la trajectoire d’une sonde à cette vitesse et cette proximité — une compétence essentielle pour toute future mission de défense planétaire. « C’est aussi difficile que d’essayer de toucher une pièce d’un yen quelque part dans la zone qui s’étend d’Okinawa à Hokkaido », a déclaré Yuya Mimasu de la JAXA pour illustrer la précision requise.
Crédit : Shohei Ikashita
Roche dure ou sable : une question de vie ou de mort planétaire
Les caméras embarquées ont également enregistré des données sur la surface de Torifune — sa texture, sa géographie, sa température. Ces informations sont cruciales pour planifier une véritable mission de déviation. Patrick Michel, responsable scientifique du projet à l’ESA, explique le problème : si l’on veut dévier un astéroïde par un impact, la réaction ne sera pas la même selon que l’astéroïde se comporte comme une éponge — un « tas de gravats » meuble — ou comme un matériau solide. La même force produira des effets très différents.
Complémentaire de la mission DART de la NASA
En 2022, la NASA a délibérément projeté la sonde DART contre l’astéroïde Dimorphos de 160 mètres de diamètre, modifiant avec succès son orbite. Hayabusa2 s’inscrit dans une logique complémentaire : là où DART a testé l’impact, cette mission teste la précision du contrôle de trajectoire et collecte des données sur la diversité des astéroïdes géocroiseurs. « Chaque nouvelle image nous permet d’être mieux préparés », résume Michel.
Un vétéran de l’exploration spatiale
Hayabusa2 n’est pas un novice. Lancée en 2014, la sonde a déjà atterri sur l’astéroïde Ryugu, collecté des matériaux et ramené des échantillons sur Terre en 2020 — des matériaux qui ont fourni aux scientifiques des indices sur l’état du système solaire à sa naissance il y a 4,6 milliards d’années. Après Torifune, la sonde doit tenter en 2031 un « rendez-vous » avec un autre astéroïde, 1998KY26, pour collecter de nouvelles données de terrain.


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