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On nous annonce, l’air de rien, la création d’un « Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas ». Déjà, le simple intitulé devrait faire tiquer n’importe quel esprit encore vaguement attaché à l’universalisme républicain. La diversité, dans le logiciel macroniste, n’est jamais synonyme de mélange, de commun ou d’égalité devant la loi. Elle est devenue un outil de segmentation, une grille de lecture ethnique importée du monde anglo-saxon, plaquée sur une nation qui s’est historiquement construite contre les appartenances communautaires. Et quand on ajoute le terme « diasporas », on franchit un cap supplémentaire : l’État français ne parle plus à des citoyens, mais à des groupes identifiés par leur origine réelle ou supposée, par leur couleur de peau ou par leur récit victimaire. Ce n’est plus la République qui rassemble, c’est l’administration qui trie.
La polémique n’est pas née de nulle part. Elle a émergé après la diffusion d’éléments laissant entendre que ce futur haut-commissariat fonctionnerait sur une base idéologique très marquée, avec des personnalités choisies moins pour leur légitimité démocratique que pour leur conformité au discours dominant. D’où la question, volontairement provocatrice mais révélatrice, posée par Marguerite Stern : s’agit-il, de fait, d’un espace réservé, implicitement ou explicitement, à certaines catégories de population ? Autrement dit, une instance où certains Français seraient considérés comme indésirables, ou tolérés à condition de s’excuser d’exister. La question choque, bien sûr. Elle choque surtout ceux qui refusent de regarder en face l’évolution idéologique du pouvoir.
Sur le plan juridique, les choses sont pourtant limpides. Une instance publique ne peut exclure des citoyens en raison de leur origine ou de leur couleur de peau. Ce serait une discrimination caractérisée. Le pouvoir le sait parfaitement. La mécanique est donc plus subtile. On ne ferme pas officiellement la porte, on filtre par le langage, par les codes, par l’idéologie. On crée un entre-soi militant où certaines opinions sont disqualifiées d’emblée, où toute critique du dogme diversitaire est immédiatement rangée dans la case de l’illégitimité morale. La non-mixité n’est pas écrite noir sur blanc, elle est intégrée dans l’ADN culturel du projet.
Ce haut-commissariat s’inscrit dans une logique désormais bien rodée sous Emmanuel Macron : remplacer le politique par le symbolique, la souveraineté populaire par une succession de comités, conseils et structures consultatives peuplées de figures médiatiques parfaitement alignées. Pendant que le pays réel s’enfonce, que les services publics se dégradent, que l’insécurité progresse et que l’assimilation est devenue un mot suspect, on crée des instances pour parler de diversité, d’inclusion et de diasporas. On ne gouverne plus une nation, on anime un panel. Le peuple n’est plus un corps politique, mais un agrégat de communautés à gérer séparément.
Le plus inquiétant n’est même pas la polémique elle-même. C’est l’acceptation progressive de cette grille de lecture racialiste dans le débat public. Il devient presque suspect de rappeler que la République ne reconnaît que des citoyens, égaux en droits et en devoirs, sans distinction d’origine. À force de marteler que certains groupes auraient une légitimité particulière à parler au nom de la France, on marginalise ceux qui incarnent sa continuité historique, culturelle et civilisationnelle. Non pas par une exclusion brutale, mais par une mise à l’écart morale, soigneusement emballée dans le vocabulaire du progrès.
Derrière l’intitulé faussement consensuel de « diversité », ce haut-commissariat révèle en réalité un renoncement profond. Il acte l’abandon de l’idée de peuple au profit d’une gestion administrative des identités, où chacun est sommé de se définir par ses origines plutôt que par son appartenance à la nation. Ce n’est pas l’égalité qui est recherchée, mais l’assignation. Ce n’est pas l’unité qui est visée, mais l’équilibre artificiel de communautés mises en concurrence sous l’arbitrage d’un État qui ne croit plus à ce qu’il est. La République n’a pas besoin de commissaires à la diversité. Elle a besoin de courage, de clarté et de fidélité à ses principes. Le reste n’est que poudre idéologique et diversion bureaucratique, destinée à masquer l’effondrement du réel.
Jérôme Viguès




























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