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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le pays, frappé par de lourdes sanctions américaines sur le pétrole, semble être au bord de la rupture. Pour le journaliste, le régime communiste en place n’a plus les moyens d’assurer la prospérité qu’il promettait et ne peut plus faire redémarrer un pays à l’arrêt.
Guillaume Asskari est journaliste et producteur, spécialiste de l’Amérique latine et des Caraïbes.
Soixante-sept ans après la révolution castriste, Cuba traverse une de ses crises les plus graves depuis la chute de l’URSS. En ce début de 2026, l’île cumule effondrement économique, pénurie énergétique et isolement diplomatique. Le gouvernement cubain Miguel Díaz-Canel tente d’éviter la rupture, mais l’étau se resserre : à La Havane, la situation devient de plus en plus critique. La plus grande île des Caraïbes est à bout de souffle. En cinq ans, son PIB s’est effondré de 11%, privant l’État de devises pour maintenir ses services essentiels : un réseau électrique vétuste, un système de santé en souffrance, des denrées subventionnées en pénurie. Ces fragilités ont déclenché les manifestations antigouvernementales historiques du 11 juillet 2021, où des milliers de Cubains sont descendus dans la rue.
Le 3 janvier 2026, la capture de Nicolas Maduro à Caracas lors de l’opération américaine Absolute Resolve a précipité Cuba dans la crise. L’île a perdu un allié politique clé et l’un de ses principaux fournisseurs de pétrole brut, vitale pour son économie. Le Mexique était alors devenu, dès 2025, le premier fournisseur avec environ 17 000 barils par jour au premier semestre. Mais le décret signé par Donald Trump le 29 janvier a tout changé : il menace de droits de douane les pays vendant du pétrole à La Havane, laissant le secrétaire au Commerce décider des cibles précises sous couvert d’un « état d’urgence » face à la « menace exceptionnelle » cubaine sur la sécurité américaine. Résultat : Mexico suspend ses livraisons, le pétrolier russe de fin mars n’offre qu’un répit dérisoire. Avec moins de pétrole, tout s’arrête : transports figés, usines à l’arrêt, hôpitaux au ralenti. Le pays survit à crédit, entre aides humanitaires sporadiques et transferts familiaux en chute libre.
La Constitution de 2019, censée moderniser le pays, n’a été qu’une mise à jour cosmétique : le Parti communiste et le conglomérat militaire continuent de dominer une grande partie de l’économie.
Guillaume AsskariDeux cents ans après la doctrine Monroe qui prétendait interdire les ingérences extra-américaines dans l’hémisphère occidental, Donald Trump déclarait le 2 décembre 2025 : « Mon administration met également un terme à l’afflux de drogues mortelles qui transitent par le Mexique, à l’invasion d’immigrants clandestins le long de notre frontière sud ; nous démantelons les réseaux narcoterroristes dans tout l’hémisphère occidental. Afin de défendre les travailleurs et les industries de notre nation, j’ai récemment conclu des accords commerciaux historiques avec le Salvador, l’Argentine, l’Équateur et le Guatemala, permettant un accès plus large et plus fluide au marché. Revigorée par mon corollaire Trump, la doctrine Monroe est bien vivante, et le leadership américain fait son retour, plus fort que jamais. »
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Lorsque le gouvernement cubain a annoncé, le 2 avril, la libération de plus de 2 000 prisonniers des geôles du pays, le geste a été présenté comme un signal d’ouverture. En réalité, il reste anecdotique et difficile à vérifier : aucune liste officielle n’a été rendue publique, et aucune organisation indépendante n’a pu confirmer l’ampleur de la mesure. Dans les hautes sphères du pouvoir, certaines manœuvres internes laissent entrevoir un mouvement plus profond : Raúl Guillermo Rodríguez Castro, colonel du ministère de l’Intérieur et petit-fils de l’ancien président Raúl Castro, aurait participé à de récents pourparlers discrets avec des responsables américains. Oscar Pérez-Oliva, fils de l’aînée des sœurs de Fidel et Raúl Castro, a pour sa part été promu vice-premier ministre, signe que la génération Castro conserve le contrôle des leviers essentiels du régime malgré la crise.
La Constitution de 2019, censée moderniser le pays, n’a été qu’une mise à jour cosmétique : le Parti communiste conserve son monopole, l’armée ses privilèges, et le conglomérat militaire GAESA continue de dominer une grande partie de l’économie. Les rares libérations de prisonniers politiques ou médiations du Vatican n’effacent pas la faillite du modèle. L’État n’a plus les moyens d’assurer ni la prospérité, ni la stabilité qu’il revendiquait.
À La Havane, les coupures d’électricité rythment désormais le quotidien. Cuba fait face à une crise énergétique majeure qui révèle les limites d’un modèle économique dépendant des soutiens extérieurs. Face au corollaire Trump de la doctrine Monroe et à l’isolement diplomatique, le régime cubain doit inventer une nouvelle stratégie de survie dans un hémisphère où ses marges de manœuvre se réduisent rapidement.


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