La menace terroriste en lien avec le conflit au Moyen-Orient inquiète les autorités en France. L’Iran était derrière un projet d’attentat déjoué contre un rassemblement d’opposants iraniens en 2018 et derrière l’attentat de la rue de Rennes en 1986 à Paris.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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La crainte de voir la France rattrapée par le conflit au Moyen-Orient en subissant une attaque terroriste sur son sol est prise au sérieux au plus haut niveau de l’État. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a exprimé son inquiétude en désignant deux cibles possibles : la communauté juive et les opposants iraniens. « Historiquement, il est arrivé que les tensions au Moyen-Orient aient des répercussions violentes sur le territoire français. Cela a surtout été le cas du conflit israélo-arabe qui a été "exporté" en France en ciblant surtout les intérêts israéliens et la communauté juive française », rappelle Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri). « L’Iran et ses proxys ont un lourd passif en matière de terrorisme international. Leurs cibles les plus fréquentes ont été des opposants iraniens, les intérêts israéliens et les communautés juives », ajoute-t-il.

La France a déjà une expérience du terrorisme visant l’opposition iranienne à l’étranger. En 2018, les autorités ont déjoué un projet d’attentat à la bombe contre le grand rassemblement annuel du Conseil national de la résistance iranienne, une coalition d’opposants dont les « Moudjahidines du peuple », qui se tenait à Villepinte, près de Paris. Un diplomate iranien a été condamné à 20 ans de prison en Belgique en 2021 pour son rôle dans cette affaire.

Le risque d’attaques terroristes aveugles est jugé peu élevé même si l’Iran était derrière la série d’attentats qui ont ensanglanté la France dans les années 1980. « On a vu alors la guerre Iran-Irak déborder sur le territoire français. La campagne d’attentats de 1985-1986, dont le point d’orgue a été celui de la rue de Rennes à Paris (sept morts et 55 blessés), avait pour objectif de pousser la France à cesser son soutien à l’Irak », rappelle Marc Hecker. « Le conflit actuel appelle donc à une vigilance renforcée », ajoute-t-il.

L’Iran était derrière la série d’attentats qui ont ensanglanté la France dans les années 1980, dont celui de la rue de Rennes à Paris qui avait fait sept morts et 55 blessés en pleine guerre Iran-Irak. Le but était de pousser la France à cesser son soutien à l’Irak. Photo d'archives Sipa

L’Iran était derrière la série d’attentats qui ont ensanglanté la France dans les années 1980, dont celui de la rue de Rennes à Paris qui avait fait sept morts et 55 blessés en pleine guerre Iran-Irak. Le but était de pousser la France à cesser son soutien à l’Irak. Photo d'archives Sipa

La crainte de « loups solitaires »

L’attentat aux États-Unis qui a fait deux morts et 14 blessés samedi dernier dans un bar du Texas laisse craindre des « loups solitaires » voulant venger l’Iran. L’attaque a été commise par un Américano-Sénégalais avec un drapeau iranien. « Cela laisse penser que la guerre en Iran pourrait provoquer du "terrorisme d’inspiration" perpétré par des personnes n’ayant pas nécessairement de liens avec le régime iranien, ni avec ses proxys », avance Marc Hecker.

Ces dernières années, la France a surtout été frappée par des djihadistes sunnites, ennemis jurés des chiites au pouvoir à Téhéran. Certains experts estiment toutefois que des terroristes sunnites pourraient se rallier à l’Iran, vu comme le dernier bastion de la lutte contre Israël. Marc Hecker n’y croit pas. « Les chiites sont considérés par Al-Qaida et Daech comme des hérétiques. Une "convergence des luttes" paraît donc improbable », assure l’auteur de Daech au pays des merveilles (Spinelle, 2025).

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