Le blocage du détroit d'Ormuz constitue un « gel sans précédent » du commerce maritime mondial, qui pèse surtout sur les produits pétroliers, mais menace beaucoup d'autres secteurs industriels.

La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 13:12 | mis à jour aujourd'hui à 14:29 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Le blocage du détroit d'Ormuz constitue un « gel sans précédent » du commerce maritime, selon Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département recherches au centre d'Études stratégiques de la Marine, en France. Cette fermeture temporaire, décidée par l'Iran à la suite des frappes menées par les États-Unis et Israël, va impacter aussi bien les exportations de biens de l'Europe vers le Moyen-Orient que les importations.

Le détroit d'Ormuz permet surtout les exportations de produits pétroliers et gaziers des pays du Golfe. Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent. Les cours du pétrole continuent d'ailleurs de s'envoler ce mardi, le marché craignant que la guerre dure plus longtemps qu'initialement anticipé, ce qui causerait d'importantes perturbations d'approvisionnement, avec le détroit d'Ormuz impraticable et des infrastructures énergétiques affectées.

À l'import et à l'export

L'accès au détroit d'Ormuz n'est pas primordial sur la grande route Asie-Europe, car le chemin se finit en cul-de-sac aux abords du Koweit, de l'Irak et de l'Iran, soulignent les analystes. En revanche, le passage du détroit est essentiel pour les échanges régionaux puisqu'il permet aux marchandises d'arriver au port de Dubaï, Jebel Ali, 10e port mondial de conteneurs, et plaque tournante de redistribution pour plus d'une dizaine de pays de la région.

À Jebel Ali, les porte-conteneurs sont déchargés sur des bateaux plus petits à destination de pays allant de l'Afrique de l'est à l'Inde, souligne Anne-Sophie Fribourg, vice-présidente de l'union TLF qui regroupe tous les commissionnaires de transport en France, c'est-à-dire les intermédiaires entre les exportateurs/importateurs et les armateurs.

Il n'y a jamais eu de fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'ici. Infographie Visactu

Il n'y a jamais eu de fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'ici. Infographie Visactu

Parmi les produits que l'Europe exporte via le détroit d'Ormuz, on retrouve des voitures, des machines, des produits industriels venant d'Allemagne. Depuis la France, ce sont surtout des céréales et produits agricoles, des cosmétiques, des produits du luxe et pharmaceutiques. L'Italie exporte de l'agroalimentaire, beaucoup de marbre et de céramiques, et les Pays-Bas de l'agroalimentaire.

Dans le sens de l'exportation, outre les produits pétroliers et gaziers, dont sont issus les engrais et les plastiques, le Moyen-Orient compte pour 9 % de la production mondiale d'aluminium primaire, dont la quasi-totalité est exportée, selon TD Commodities.

Des temps de livraison rallongés

Or, depuis le début des frappes sur l'Iran, les plus grands armateurs, dont le français CMA CGM, ont donné l'ordre à leurs bateaux de ne plus bouger et se mettre à l'abri. À la suite de cette fermeture du détroit, plusieurs plateformes d'e-commerce ont donc prévenu leurs clients que les temps de livraison allaient se rallonger, de quelques jours chez Temu et Shein à une dizaine de jours chez Amazon.

Les prix du fret sont déjà en train d'augmenter, notamment en raison de surcoûts imposés par les armateurs pour les livraisons dans la région. Pour la liaison Europe-Asie, les bateaux n'empruntent plus non plus le passage par la mer Rouge et le canal de Suez en raison de craintes liées à la reprise d'attaques de Houthis, alliés de l'Iran. Il faut compter une dizaine de jours de mer de plus en passant par le cap de Bonne Espérance, au bout de l'Afrique du Sud, et un surcoût d'environ 30 %.

Articles les plus lusDéfense - Guerre - Conflit