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Alors que Donald Trump affiche publiquement son intérêt pour le Groenland, invoquant la nécessité de « sécuriser l’Arctique » face aux menaces russes et chinoises, une voix dissonante s’élève au sein même de son camp. Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska et experte reconnue des questions polaires, rappelle une réalité implacable : les États-Unis manquent cruellement des moyens nécessaires pour défendre leurs propres intérêts dans cette région stratégique. Lors d’une visite au Danemark, accompagnée d’une délégation bipartisane, elle a souligné l’urgence de renforcer les capacités américaines en Arctique avant d’envisager toute expansion territoriale.
Un seul brise-glace et il est… en Antarctique
« Nous pensons à tort que nous disposons déjà de tout ce qu’il nous faut », a-t-elle déclaré au média Arctic Today, avant d’ajouter avec ironie : « Parlez-moi de notre flotte de brise-glaces… Nous n’en avons qu’un seul, et il est en Antarctique. » Ce constat, aussi accablant qu’il soit, est confirmé par un rapport parlementaire d’avril 2025. Celui-ci révèle que les États-Unis ne comptent que deux navires opérationnels : le Polar Star, un brise-glace lourd entré en service en 1976 et bien au-delà de sa durée de vie prévue, et le Healy, un navire moyen mis en service en 2000, mais incapable de répondre aux besoins logistiques en Arctique.
À titre de comparaison, la Russie possède la plus grande flotte de brise-glaces au monde, avec plus de 40 navires, dont plusieurs à propulsion nucléaire capables d’opérer toute l’année. En décembre 2024, Moscou a même déployé simultanément huit brise-glaces nucléaires pour affirmer sa domination sur la route maritime du Nord-Est. La Chine, de son côté, a déjà trois brise-glaces opérationnels et en développe d’autres, réduisant progressivement son retard.
Des promesses ambitieuses, mais qui se heurtent au mur des réalités
Face à ce constat, Donald Trump a annoncé en janvier 2025 vouloir se doter de « quarante brise-glaces », un objectif que les experts militaires jugent excessif, estimant qu’une flotte de huit à neuf navires suffirait à combler les lacunes actuelles. En octobre 2025, il a révélé un partenariat avec la Finlande pour la construction de onze navires, dont quatre brise-glaces commandés aux chantiers finlandais pour les garde-côtes américains, avec une première livraison prévue en 2028. Sept autres navires, destinés à la « sécurité arctique », seront construits aux États-Unis, mais leur réalisation dépendra de la stabilité des relations internationales, notamment avec l’OTAN, dont la Finlande est désormais membre.
L’Alaska, un territoire vulnérable
Lisa Murkowski a également attiré l’attention sur la fragilité de l’Alaska, une région de plus en plus exposée aux incursions russes et chinoises. « La Russie est à seulement 92 kilomètres de nos côtes, a-t-elle rappelé. Nous subissons des incursions aériennes presque chaque semaine. » Elle a aussi souligné l’absence de port en eau profonde en Arctique, un handicap majeur pour les opérations maritimes. Le projet de construction d’un tel port à Nome, une petite ville isolée, représente un investissement de plus d’un demi-milliard de dollars et ne devrait pas être achevé avant 2029.
Une stratégie à repenser
Les déclarations de Trump sur le Groenland masquent une réalité plus préoccupante : les États-Unis sont en retard sur leurs principaux rivaux en Arctique. Lisa Murkowski plaide pour un renforcement immédiat des infrastructures et des capacités militaires américaines dans la région. Sans cela, les ambitions de Washington risquent de rester lettre morte, laissant le champ libre à la Russie et à la Chine pour dominer cette zone stratégique.
Henri Dubost



























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