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Le Groenland se retrouve de plus belle dans la mire de Donald Trump, au nom de la protection primordiale de la sécurité nationale des États-Unis sur le front arctique, de même que (sans l’avouer aussi ouvertement pour l’instant) d’un approvisionnement crucial en minéraux critiques. Une lubie territoriale ayant jeté une douche glaciale sur ce début d’année tant au Danemark qu’en Europe, mais dont le Canada — pays nordique également, regorgeant lui aussi de ressources naturelles — ne devrait certainement pas s’estimer épargné. Bien au contraire.
Les moyens brandis par Donald Trump pour arriver à ses fins ne sont certes pas les mêmes, entre la pression économique exercée contre le Canada, un pays du G7, depuis près d’un an, et « l’achat » forcé, voire l’annexion militaire, évoqué du Groenland, un territoire autonome danois. Les visées expansionnistes du président américain sont cependant, dans les deux cas, dangereusement équivalentes. La menace de déni de souveraineté territoriale se fait tous azimuts.
La doctrine Trump de sécurité nationale servait d’avertissement. L’hégémonie américaine proclamée sur l’entièreté de l’hémisphère ouest passera par « l’élargissement de l’accès » des États-Unis aux ressources et aux minéraux critiques, ainsi que par un « accès ininterrompu à des sites stratégiques ». L’assaut au Venezuela et la prise de contrôle de son pétrole n’en furent que la première salve.
Donald Trump reproche au Groenland et au Danemark de ne pas être en mesure de protéger le territoire arctique et ses eaux limitrophes d’incursions russes ou chinoises. Des passages nordiques qui, au large du Groenland comme du Canada, seront de plus en plus vulnérables avec la fonte des glaces. Les doléances américaines quant au financement militaire de ses alliés ne datent pas d’hier. Or, malgré leurs promesses respectives d’en faire davantage, le Canada fait encore plus piètre figure que le Danemark à cet égard (2 % de son PIB l’an dernier, contre 3,2 %, selon le recensement de l’OTAN).
Donald Trump convoitant en outre le Groenland pour l’englober dans son bouclier antimissile, le sort d’une participation canadienne à son « Dôme d’or » semble inéluctablement scellé…
Les glaces de l’île arctique recouvrent par ailleurs 1,5 million de mégatonnes de minéraux rares, soit presque autant que les États-Unis (1,9 million), ce qui les place respectivement aux 8e et 7e rangs des réserves mondiales, suivis de peu par le Canada au 11e rang (avec 830 000 mégatonnes). Quant au pétrole, finalité première de l’opération militaire au Venezuela, le Canada recouvre la 4e réserve en importance — 10 % des réserves mondiales et dix fois plus que le Groenland.
L’impérialiste président ne revendiquait plus l’annexion forcée de l’île arctique depuis un an. Il serait fort naïf de se réjouir aujourd’hui du simple fait qu’il n’évoque plus le Canada comme 51e État, sa satellisation économique demeurant un spectre tout aussi préoccupant.
Car Donald Trump aurait très bien pu réclamer, sans affrontement, une présence militaire accrue au Groenland, en vertu d’un pacte de défense de 1951 qui ne lui incombe que d’en informer et de consulter le Danemark et son territoire autonome. Le Groenland s’est même dit disposé à négocier l’octroi de permis d’exploitation minière. M. Trump ne s’est cependant pas « bâdré » de tels pourparlers, puisque rien de moins qu’une domination totale lui sied.
Fut un temps non si lointain où une telle offensive américaine — militaire, économique ou d’ingérence dans l’autodétermination d’une population — aurait semblé surréaliste. La plausibilité d’antan est toutefois chose du passé, face à un président que plus rien — ou presque — ne retient.
Voilà que ses homologues jadis alliés se retrouvent livrés à un impossible exercice d’équilibrisme, en hésitant à fixer d’incontestables lignes rouges par peur de s’aliéner un partenaire commercial et sécuritaire indispensable, notamment en Ukraine.
Un défi particulièrement complexe pour Mark Carney, en raison de sa proximité avec le voisin américain et de l’intégration de l’économie canadienne et de ses industries, ciblées et fragilisées depuis des mois par l’implacable président. Une exacerbation des tensions serait inenvisageable. La pression, sur le premier ministre canadien, vient de monter d’un cran.
La diversification des partenaires commerciaux, si complexe soit-elle, doit impérativement s’accélérer, tout comme l’accroissement des capacités militaires. La stratégie d’apaisement de Donald Trump, publiquement, doit urgemment s’accompagner d’avancées concrètes, si ce n’est à la table de négociation américaine alors à tout le moins à celles d’interlocuteurs asiatiques et européens.
Le premier ministre Carney approche lui aussi, tout comme Donald Trump, du cap de la première année de son mandat. La tâche qui lui incombe a beau paraître impossible, elle demeure nonobstant primordiale. Les événements de la dernière semaine viennent d’en servir un vibrant rappel.


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