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Google et Microsoft : électrocutions, tuberculose et salaires impayés sur les chantiers de l’IA

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L’intelligence artificielle promet un avenir radieux. Sur certains chantiers, les ouvriers découvrent surtout l’enfer.

Chez Google, un ouvrier gravement brûlé sur un chantier belge

Mars 2026, Saint-Ghislain, en Belgique. Un électricien roumain de 34 ans, désigné sous le prénom de Sandu par les journalistes, termine une longue journée sur le chantier d’un centre de données de Google.

Après presque dix heures de travail, une dernière intervention lui est demandée. Il doit effectuer des vérifications électriques sur une installation. Selon son témoignage, les responsables présents lui confirment que les circuits sont hors tension.

Lors d’une seconde manipulation, une décharge électrique provoque un arc extrêmement violent. Sandu est atteint au visage et sur une partie du corps. Il subit de graves brûlures et doit être plongé dans un coma artificiel pendant cinq jours.

Les documents médicaux consultés par les journalistes montrent que 12 % de son corps a été brûlé, avec des lésions du deuxième et du troisième degré.

Le travailleur reconnaît ne pas avoir récupéré la combinaison de protection adaptée, rangée dans un autre local. Il explique cette décision par la pression du chantier et le temps supplémentaire nécessaire pour aller chercher l’équipement.

Les circonstances exactes et les responsabilités de l’accident ne doivent toutefois pas être déformées. L’inspection belge du travail a clos son enquête à la fin du mois d’octobre sans relever de manquement. Aucune sanction connue n’a été prononcée.

Google assure imposer à ses fournisseurs le respect du droit du travail et des règles de sécurité. Dornan Engineering, entreprise chargée de superviser un des prestataires, affirme également avoir coopéré avec les autorités et soutenu le travailleur pendant sa convalescence.

Reste une réalité difficile à contourner : un homme est sorti gravement brûlé d’un chantier construit pour alimenter les ambitions technologiques de l’une des entreprises les plus puissantes du monde.

Chez Microsoft, des travailleurs logés avec les rats

À plusieurs centaines de kilomètres, en Suède, les témoignages recueillis sur un chantier de Microsoft racontent une autre facette de cette ruée vers l’intelligence artificielle.

Près de Gävle, le groupe américain développe d’immenses infrastructures pour ses futurs services numériques. L’investissement annoncé représente environ trois milliards d’euros.

Des travailleurs roumains employés par le sous-traitant BenBau dénoncent leurs conditions d’hébergement. Certains décrivent des locaux surpeuplés, des problèmes de chauffage, une ventilation défectueuse et des infestations de rats.

Les journalistes rapportent notamment des logements où 24 personnes doivent partager une cuisine et 14 hommes une salle de bains.

Dans une vidéo communiquée à Investigate Europe, un rongeur traverse un couloir. Des échanges écrits montrent également que des ouvriers ont signalé les infestations à leurs responsables.

Difficile de ne pas apprécier l’ironie : des bâtiments gigantesques capables d’accueillir les ordinateurs les plus sophistiqués de la planète, et des hommes logés dans des conditions que personne n’accepterait pour son propre foyer.

Tuberculose et inquiétudes sanitaires sur le chantier

L’enquête évoque également un problème sanitaire survenu dans les logements utilisés par des travailleurs du chantier suédois.

En février 2026, un ouvrier roumain a développé une tuberculose active, diagnostic confirmé par un dossier médical consulté par les journalistes. D’autres salariés auraient ensuite présenté des symptômes similaires.

Plusieurs travailleurs ont dénoncé un manque d’information et de précautions. Les autorités sanitaires suédoises ont confirmé le signalement d’un cas, mais les témoignages faisant état d’un nombre beaucoup plus important de malades ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une épidémie généralisée.

Les journalistes ont également examiné le cas d’un autre salarié présentant une tuberculose latente.

BenBau conteste certains éléments de l’enquête et assure prendre au sérieux la santé et la sécurité de ses employés.

Les questions demeurent sur les procédures sanitaires, les conditions d’hébergement et la circulation des travailleurs entre différents chantiers européens.

Jusqu’à 60 heures de travail par semaine et des salaires contestés

Le problème ne se limite pas aux accidents et aux logements.

Plus de trente travailleurs ont transmis aux journalistes des centaines de bulletins de salaire. Certains documents font apparaître des semaines atteignant 50 ou 60 heures, sans rémunération supplémentaire correspondant aux heures effectuées.

Des salariés affirment aussi avoir été privés d’indemnités de congés auxquelles ils estimaient avoir droit.

Le syndicat suédois Solidariska Byggare a engagé des démarches pour obtenir des rappels de rémunération. Peu avant la publication de l’enquête, un accord a été négocié avec BenBau pour des travailleurs du chantier de Gävle.

La multiplicité des sous-traitants complique sérieusement les responsabilités. Les journalistes ont identifié 148 entreprises intervenant sous l’autorité de Collen Construction sur ce projet, dont 28 sous-traitants directs.

Une organisation dans laquelle chacun dispose d’un contrat, d’un responsable et d’un interlocuteur. Mais lorsqu’un ouvrier se plaint, il peut devenir difficile de savoir jusqu’où remonte la responsabilité.

Microsoft affirme imposer des exigences strictes à ses prestataires, notamment sur la sécurité, les droits des travailleurs et la liberté syndicale. Le groupe indique procéder à des contrôles. Collen Construction affirme appliquer une politique de tolérance zéro envers les pratiques incompatibles avec ses règles.

Centres de données : l’intelligence artificielle a aussi un coût humain

L’Europe compte désormais plus de 2 300 centres de données, selon les chiffres repris par Investigate Europe, et les projets de nouvelles infrastructures se multiplient.

Les enjeux énergétiques et environnementaux sont régulièrement discutés. Consommation électrique, besoins en eau, artificialisation des sols : l’intelligence artificielle possède une empreinte matérielle que ses promoteurs préfèrent souvent présenter sous la forme de serveurs impeccables dans des salles climatisées.

Mais cette industrie dépend aussi d’une armée de travailleurs du bâtiment, d’électriciens et de techniciens, fréquemment recrutés à l’étranger et employés par des chaînes complexes de prestataires.

L’enquête d’Investigate Europe, conduite avec des médias partenaires dans neuf pays, ne démontre pas que tous les centres de données fonctionnent dans ces conditions. Elle documente néanmoins des situations suffisamment préoccupantes pour interroger le contrôle de certains chantiers.

Les multinationales investissent des milliards pour construire les infrastructures capables de faire fonctionner leurs futures intelligences artificielles.

À ce rythme, l’ordinateur sera bientôt capable de rédiger une convention collective. Reste à savoir si les entreprises accepteront de l’appliquer.

Sources : Investigate Europe, enquête publiée le 30 octobre 2026 ; The Guardian, 30 octobre 2026.

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