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Gilles-William Goldnadel : «D’Adèle Haenel à Barbara Butch, l’indignation à géométrie variable de la gauche insoumise»

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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Des propos tenus par Adèle Haenel dans «La Grande librairie» à l’annulation du concert de Barbara Butch, la semaine passée fut riche en exemples d’indignations à sens unique de la part de la gauche culturelle, estime l’avocat.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il est également président d’Avocats sans frontières.


Ainsi va la dictature médiatique qui chaque jour s’éloigne du peuple. Les autorités d’occultation continuent leur triste besogne. Ici la dissimulation, ailleurs la focalisation. Commençons par la première. L’on a pu déplorer en moins de 48 heures en France : la mort d’un jeune de 31 ans, battu à mort par un Soudanais sous OQTF, à Puteaux, pour un téléphone. Non loin de Toulouse, une enseignante a été menacée de décapitation par Abdelkader B., parent d’élève ; l’homme avait déjà cinq mentions de condamnation portées à son casier judiciaire. Une femme a été poignardée pour son sac à main par un multirécidiviste tchadien de 19 ans, déjà interpellé 27 fois. Un homme radicalisé, armé d’un couteau, a fait irruption dans une église de Forbach aux cris de « Allah Akbar ! » : il recherchait le prêtre de la paroisse. Une femme a été violée dans le hall de son immeuble à Paris après avoir été longuement suivie par un inconnu. Un couple de sexagénaires a été agressé lors d’un cambriolage à leur domicile de Corbeil ; l’épouse a été violée.

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J’affirme ne pas avoir lu une seule ligne à ce sujet dans la presse dite « progressiste », ni en avoir entendu un seul mot sur l’audiovisuel de service public. Les journalistes de progrès n’étaient sans doute pas encore rentrés de Carcassonne. Il est des informations qui plaisent ou déplaisent à nos autorités d’occultation selon des critères qui ne tiennent aucunement du mystère. Pendant ce temps, ce que j’ai nommé l’obsession de Sion a poursuivi sa focalisation. Sur le conflit israélo-palestinien, je ne prétends certainement pas à l’objectivité, mais je m’essaie à l’honnêteté. Ce conflit est considéré comme central tout simplement parce que Jérusalem est regardée comme le centre du monde par les journalistes militants — exactement comme elle l’était au Moyen Âge par des géographes tout aussi ignorants. Toujours cette même obsession du Juif, et aujourd’hui de l’État juif : de ce point de vue obtus, nous voilà revenus au Moyen Âge.

Dans la même émission, Virginie Despentes avait précédé Adèle Haenel pour critiquer le groupe Bolloré. Cette intervention ne se caractérisait pas non plus par la modération

Je ne suis même pas sûr que les Juifs soient les premières victimes de cette situation surréaliste. Ceux qui le sont davantage, ce sont les martyrs des conflits oubliés. Il est ainsi aussi symptomatique que délirant que le conflit soudanais soit désormais surnommé par ces mêmes journalistes : « le conflit oublié ». Mais pourquoi diable l’est-il ? Tout simplement parce qu’ils n’en parlent pas. On estime à 73 000 morts le bilan du conflit à Gaza, civils et terroristes confondus. Le conflit soudanais, lui, aurait fait plus de 150 000 morts en trois ans selon plusieurs organisations humanitaires. Au Nigeria, les civils tués par l’insurrection djihadiste sont estimés à plusieurs dizaines de milliers. Enfin, en Éthiopie, les estimations relatives à la guerre du Tigré se situent entre 150 000 et plusieurs centaines de milliers de civils tués, sans même évoquer la famine qui a suivi. Mais pour certains, la vie d’un Noir ne semble compter que s’il est tué par un Blanc.

Mais il n’y a pas que l’obsession : il y a aussi la désinformation, et pire encore, la détestation. S’agissant de la désinformation, un esprit candide aurait pu espérer que le mois d’août rende les observateurs un peu plus impartiaux. Une enquête nutritionnelle coordonnée par l’Unicef, publiée fin juillet, montrait un net recul de la malnutrition aiguë chez les enfants de Gaza. On préférera ne pas s’y attarder — quitte à en tirer des conclusions plus larges que ce que l’étude dit réellement. Un article de CheckNews, la cellule de vérification de Libération, reconnaissait enfin que plusieurs dizaines de personnes présentées comme journalistes à Gaza étaient en réalité membres des branches armées du Hamas ou du Jihad islamique palestinien. On préférera ne pas le commenter. Jusqu’au secrétaire général de l’ONU, monsieur Guterres, qui reconnaissait début 2026 que nombre de ses rapporteurs, si sévères envers un certain État, étaient « totalement hors de contrôle ». Il ne prononça pas son nom, mais on pensa très fort à Francesca Albanese, réprouvée même par la diplomatie française, qui justifia le 7 octobre, expliqua que celui-ci n’avait rien d’antisémite et alla jusqu’à réhabiliter le Grand Mufti de Jérusalem, allié d’Adolf Hitler, mais qu’on aurait caricaturé. Il n’empêche : madame Albanese garde toujours aussi bonne presse dans une certaine partie des médias.

Une autre chose à laquelle on s’habitue inéluctablement, c’est l’intolérance et la détestation. Exemple de la semaine qui s’est achevée : le concert de Barbara Butch a été annulé, les organisateurs invoquant des raisons de sécurité. Elle a beau être extrêmement à gauche et avoir été la cible de moqueries sur son poids : cela n’a pas suffi. Juive, elle a eu le tort de soutenir, avant de s’en distancier en partie, la proposition de loi Yadan contre l’antisémitisme, depuis retirée. Elle a déplu à une partie de la gauche insoumise, et nombre de médias se sont montrés bien discrets sur cette annulation. Il y a eu aussi les déclarations d’Adèle Haenel lors de « La Grande Librairie » sur France 5. Sans qu’aucune contradiction ne lui soit opposée, l’ancienne actrice a lancé : « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. » France Télévisions a fini par retirer l’émission entière de sa plateforme de replay, reconnaissant que l’animateur Augustin Trapenard n’avait pas cru devoir modérer les propos de mademoiselle Haenel.

À lire aussi Gilles-William Goldnadel : « À quand la fin de l’inégalité de traitement dans le service public ? »

Je me sens tenu de préciser que, dans la même émission, Virginie Despentes avait précédé Adèle Haenel pour critiquer le groupe Bolloré. Cette intervention ne se caractérisait pas non plus par la modération sur une antenne de service public censée pourtant garantir la neutralité. Elle n’a pas davantage été recadrée. Je signalerai enfin l’interview de deux cinéastes israéliens d’extrême gauche par Le Monde. Je ferai l’économie de mes commentaires sur leur film, applaudi à Venise, comme sur le précédent, également consacré à Gaza et coréalisé avec une cinéaste palestinienne. Le film s’appuie sur des témoignages anonymes aux voix déformées, ce qui rend difficile de le contredire. Son propos revient, selon moi, à relativiser l’usage de boucliers humains par le Hamas en insistant sur les dégâts collatéraux causés aux civils par l’armée israélienne dans sa traque des terroristes. Rien n’est plus meurtrier que la guerre en milieu urbain ; je précise que le ratio de victimes civiles rapporté aux terroristes visés lors de la guerre contre Daech, menée par la coalition alliée à Raqqa, était plus élevé encore.

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Et je n’ose parler des bombardements alliés sur la France occupée, ni de celui d’Hiroshima, alors que la guerre était déjà gagnée. Je ne crois pas qu’on ait alors parlé de génocide. J’écris cela pour l’avenir, car je sais que le grand mensonge est aujourd’hui passé dans les esprits. Pour terminer, revenons sur l’interview du Monde : le journal reprenait sans réserve particulière, en titre, ces propos des cinéastes : « En tant qu’Israéliens, nous sommes tous complices dans une certaine mesure des crimes commis à Gaza. » Mon imagination est impuissante à se représenter la réaction médiatique en général, et de ce journal en particulier, si le réalisateur de Fauda avait déclaré, en s’appuyant sur les scènes de liesse populaire après le pogrom du 7-Octobre ou sur l’arrivée des otages que l’on a vus insultés et frappés : « Tous les Palestiniens sont complices... ». Mais je pense que cette idée ne lui serait pas venue. Les enfants-boucliers de Palestine morts à Gaza n’étaient responsables de rien, et je ne suis pas le dernier à les pleurer. Ainsi vont les choses que l’on cache, les mensonges que l’on rabâche.

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