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Le premier ministre Rob Lantz et son ancien ministre Gilles Arsenault ont tenté chacun de leur côté, lundi, d’expliquer les événements qui ont mené à l’expulsion du député d’Évangéline-Miscouche du Conseil des ministres et à sa suspension du caucus progressiste-conservateur de l’Île-du-Prince-Édouard.
Au cœur de l'affaire qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel politique de la province : un don de 100 000 $, lié au projet de développement du Summerside Golf Course, confirme le premier ministre.
Un avis juridique, commandé par Rob Lantz, lie un permis environnemental à ce don d'argent. Tout commence avec une demande de permis de modification de milieux humides pour ce terrain de golf en 2024.
En octobre 2025, le ministre Arsenault, alors responsable de l’Environnement, rencontre les représentants du promoteur à Summerside. Ils souhaitent travailler sur 6 à 7 acres de milieux humides non autorisés, à la place des 4 à 5 acres initialement prévus qu’ils laisseraient intacts.
Gilles Arsenault donne son feu vert verbal, qualifiant cela de simple ajustement.
En février dernier, à la suite d'une dénonciation anonyme, le ministère de l’Environnement et des Terres s’aperçoit que le développeur intervient sur 12 à 13 acres sans autorisation. La nouvelle ministre de l’Environnement, Darlene Compton, décide de stopper les travaux.

Pour le développement du Summerside Golf Course, les promoteurs du projet ont fait des travaux sur des hectares de zones humides sans autorisation.
Photo : CBC / Aaron Adetuyi - CBC
Le développeur se justifie alors, mentionnant l’accord verbal du ministre, et un don de 100 000 $ pour le Comité Diversité et Équité.
Ce comité, non constitué, est présidé par Elise Mulligan, qui aurait fait partie de l’équipe de campagne du député, selon Rob Lantz.
En conférence de presse, lorsqu'un journaliste a demandé si Elise Mulligan était la directrice de campagne de M. Arsenault, le premier ministre a répondu : c’est ma compréhension.
Contactée par Radio Canada, Elise Mulligan n’a pas souhaité faire de commentaire.
Versions contradictoires sur le don d’argent
À partir de là, deux versions s'affrontent. Gilles Arsenault ne reconnaît pas avoir sollicité cet argent en échange de son feu vert. Il affirme que son engagement envers le promoteur datait de bien avant l'histoire du don.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux lundi après-midi, il a réaffirmé sa bonne foi.
Il a déclaré qu'il n'avait jamais laissé entendre qu'une modification du permis demandé par le promoteur était conditionnée par le don, ou vice versa, affirmant qu'il les considérait comme deux éléments distincts.
Lorsque le développeur m’a parlé de faire un don, je lui ai proposé différentes organisations bénéficiaires, a écrit Gilles Arsenault dans sa publication.
Pourtant, un sous-traitant lié au projet raconte une tout autre version dans l’avis juridique. Selon lui, il était clair que les travaux ne pouvaient pas débuter tant que le don n'était pas effectué.
En entrevue avec Radio-Canada, Graham Cooke, l'architecte paysagiste derrière la conception du parcours de golf, propriétaire de l’entreprise Northern Golf Design, a, lui, confirmé avoir discuté directement avec Gilles Arsenault. Il reste toutefois flou sur la nature du don.
Je ne sais pas exactement dans quel contexte cela a été abordé, le don. [Gilles] voulait certainement voir le projet réussir, explique-t-il. Je ne pense pas que quelque chose de répréhensible ait été fait, peut-être un manque de jugement, mais je ne pense pas qu'il y ait jamais eu l'intention de mal faire quoi que ce soit.
Selon Graham Cooke, la construction du parcours est presque terminée et son ouverture est prévue pour 2027.

Graham Cooke, l'architecte paysagiste qui a conçu le golf, assure que des employés du ministère des Terres et de l'Environnement visitent et examinent régulièrement le site.
Photo : CBC / Aaron Adetuyi - CBC
La GRC informée, Gilles Arsenault clame sa bonne foi
De son côté, le premier ministre Rob Lantz a assuré avoir agi rapidement : dès qu'il a lu l'avis juridique vendredi, il a congédié son ministre le lendemain, et l’a suspendu du caucus progressiste-conservateur dimanche.
Le sous-ministre de la Justice a par ailleurs informé le Commissaire aux conflits d'intérêts et la Gendarmerie royale du Canada.
Le premier ministre a également exprimé sa vive déception lors d’une conférence de presse.
Nous attendons des ministres qu'ils soient exempts de tout conflit, ou même de toute perception de conflit. Tous les faits que je connais dans cette affaire à l'heure actuelle sont troublants.

Le premier ministre Rob Lantz a été informé de la situation le 13 mars dernier. Il a demandé d'engager un firme externe pour fournir une analyse de la situation.
Photo : Radio-Canada / Laura Meader
Rob Lantz a été catégorique : la perception de conflit d'intérêts est trop forte, bien qu’il semble que le ministre n'ait pas bénéficié personnellement de l'argent.
Je n'ai aucune raison de croire que Gilles Arsenault a bénéficié directement de ces fonds. Mais il est évident que Gilles Arsenault connaissait ce comité et les personnes impliquées.
C'est pourquoi il a orienté ce don vers un comité qu'il connaissait bien, a-t-il poursuivi.
Quant à la somme de 100 000 $, elle aurait été remboursée par le comité. Si ce n’est pas déjà le cas, Rob Lantz a assuré que le processus était en cours.
Gilles Arsenault reste député
Du côté de l’opposition, tant les libéraux que les verts pointent du doigt la gestion de la crise par Rob Lantz.
Le chef du Parti libéral, Robert Mitchell, s'est dit choqué par le départ soudain du ministre. Il critique le manque de clarté initial du premier ministre.
Pour le chef du Parti vert, Matt MacFarlane, l'affaire dépasse le simple permis environnemental. Il suggère que le gouvernement Lantz croit pouvoir agir en dehors du cadre des lois et des politiques de la province.
En conférence de presse, Rob Lantz a déclaré que son intention était dès le début était de gérer cette affaire avec un maximum d'ouverture, de transparence et de responsabilité envers les insulaires.
Gilles Arsenault a pour sa part refusé toutes les demandes d'entrevue. Dans sa publication sur les réseaux sociaux, il a indiqué qu’il n’avait pas l'intention de démissionner de son poste de député.
Avec des informations de Laura Meader


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