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Près de dix ans après son retrait, Samuel de Champlain est finalement réapparu dans l’espace public gatinois. La Ville de Gatineau a réinstallé sa statue au parc de la Francophonie, à quelques pas de la rivière des Outaouais, sans cérémonie officielle, sans conférence de presse et presque sans publicité.
L’œuvre de l’artiste Jérémie Giles avait été inaugurée en 2004, à l’occasion du 400e anniversaire du premier établissement français permanent en Amérique du Nord. Elle commémore notamment les voyages effectués par Champlain sur la rivière des Outaouais en 1613 et en 1615.
La statue avait été retirée en 2016 en raison de travaux réalisés au centre-ville. Elle devait alors être restaurée et relocalisée, mais elle sera finalement demeurée entreposée pendant près d’une décennie.
Selon CBC News, sa réinstallation s’est achevée jeudi dernier, dans la plus grande discrétion. La Ville affirme avoir choisi le parc de la Francophonie en raison de sa proximité avec la rivière empruntée autrefois par le fondateur de Québec.
Une réapparition particulièrement opportune
Gatineau soutient que la décision de relocaliser le monument avait été prise en 2024 et qu’il n’existe aucun lien avec la controverse entourant actuellement une autre statue de Champlain à Orillia, en Ontario.
La coïncidence demeure néanmoins frappante.
Depuis plusieurs semaines, la décision d’Orillia de retirer son imposant monument consacré à Champlain suscite une importante réaction au Québec et dans les communautés franco-ontariennes. La municipalité ontarienne avait même évoqué la possibilité de faire fondre la statue, haute de près de quatre mètres, avant de recevoir une vague d’offres pour la récupérer.
Le maire d’Orillia, Don McIsaac, a indiqué avoir reçu plus d’une douzaine de manifestations d’intérêt, provenant principalement du Québec et de communautés francophones de l’Ontario. Les municipalités de Lévis et de Champlain figurent notamment parmi celles qui souhaitent offrir un nouveau domicile au monument, rapporte La Presse canadienne.
Il est donc permis de se demander si l’intensification de cette controverse n’a pas incité Gatineau à régler enfin un dossier qui traînait depuis dix ans. En laissant sa propre statue de Champlain dormir dans un entrepôt, la municipalité risquait tôt ou tard de devoir rendre des comptes sur le sort réservé à un monument appartenant au patrimoine historique et artistique de l’Outaouais.
La manière de procéder laisse également songeur. Tout indique que Gatineau souhaitait remettre la statue à sa place sans rouvrir un débat public potentiellement houleux. Cette prudence explique peut-être l’absence de cérémonie entourant une restauration qui, en d’autres circonstances, aurait facilement pu être présentée comme un événement patrimonial et culturel.
Préserver plutôt qu’effacer
Le retour de la statue a néanmoins été accueilli favorablement par Michel Prévost, président de la Société d’histoire de l’Outaouais. En entrevue au 104,7, l’historien a plaidé pour la préservation des monuments afin d’éviter une perte de mémoire collective. Il se montre favorable à l’ajout d’éléments d’interprétation permettant de mieux expliquer le rôle des Premières Nations dans les voyages de Champlain.
Le chef Jean-Guy Whiteduck, de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg, a pour sa part regretté l’absence de consultation. Il souhaite qu’une plaque rappelle que Champlain a été guidé et assisté par les peuples autochtones lors de ses déplacements dans la région.
Cette demande de contextualisation peut parfaitement être discutée sans conduire à la disparition du monument. Comme l’a souligné Michel Prévost, retirer les statues et les plaques revient éventuellement à appauvrir la mémoire publique plutôt qu’à mieux la comprendre.
Samuel de Champlain n’est d’ailleurs pas un personnage marginal de l’histoire québécoise. Fondateur de Québec, cartographe, explorateur et administrateur de la Nouvelle-France, il occupe une place centrale dans l’implantation durable de la civilisation française en Amérique du Nord.
La réinstallation de sa statue constitue donc une excellente nouvelle, malgré la discrétion presque embarrassée de la municipalité. Le monument n’est toutefois pas encore entièrement restauré : son épée et son fourreau de bronze ont été endommagés par un acte de vandalisme peu avant sa remise en place. Gatineau promet de les réparer au cours du mois d’août.
Alors que certaines institutions cherchent à reléguer Champlain dans des entrepôts ou à l’écarter des endroits les plus visibles, la réaction suscitée par le monument d’Orillia démontre qu’un grand nombre de Québécois et de francophones demeurent profondément attachés à cette mémoire. Gatineau semble, elle aussi, avoir compris qu’il devenait difficile de laisser disparaître silencieusement son propre Champlain.


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