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James Ryan est né à une époque où le français était banni des écoles manitobaines. Malgré de nombreux obstacles qui auraient pu le détourner de sa langue maternelle, il est resté déterminé. Cet engagement l'a notamment mené à œuvrer bénévolement durant près d'une décennie au sein du conseil d'administration de Santé en français. Tout cela, par pur amour pour la langue.
L’histoire de James Ryan avec le français commence en 1945, à Saint-Boniface, où il est né. Son père anglophone était un commis voyageur, souvent absent pour le travail. Sa mère est une Franco-Manitobaine, arrière-petite-fille du feu sénateur Alphonse Alfred Clement LaRivière. C’est avec elle qu’il va passer plus de temps. « On parlait le français à la maison », affirme-t-il.
Lors de l’inondation de 1950, sa famille doit évacuer Winnipeg. À son retour, il se retrouve dans un quartier anglophone. Plus complexe encore, on ne pouvait pas enseigner en français, la loi ne le permettait pas, se souvient-il, lorsqu’il évoque sa scolarité à l’École Précieux Sang.
Grâce à l’influence de ses oncles de la famille LaRivière et à son passage chez les Jésuites à l’Université de Saint-Boniface en 1966, il consolide ce qu’il considère vraiment comme sa première langue.
Le bénévolat ou la quête d’un espace pour parler le français
James Ryan regrette de ne pas avoir eu beaucoup d’occasions de pratiquer le français pendant la trentaine d'années qu’il a travaillées comme audiologiste à l’Hôpital Victoria à Winnipeg.
Lorsqu’il a eu la proposition d’occuper un poste au sein du conseil d’administration de Santé en français, il n’a pas hésité à la saisir.
Durant neuf ans, il s’investit au sein de l'organisme, dont six ans comme trésorier, sans jamais toucher ses indemnités de transport. Plus qu'un simple engagement bénévole, c’était pour lui une occasion de continuer à se servir de sa langue maternelle.
J'ai toujours tenu à mon français parce que je n'ai pas été forcé de l'apprendre.
Depuis quelques mois, James Ryan s’est retiré de Santé en français, sans pour autant abandonner le français.
C'est à travers des courriels qu'il communique avec les membres francophones de sa famille, ainsi qu'avec certains amis de Saint-Boniface avec lesquels il est resté en contact. Le Franco-Manitobain souligne qu’il participe aussi à des événements culturels de la communauté.

James Ryan utilise la tablette, l'ordinateur ou encore son téléphone pour continuer de communiquer en français avec des amis et des membres de sa famille.
Photo : Radio-Canada / Joseph Hervé Ahissou
La plus grande fierté du descendant de la famille LaRivière demeure l'héritage linguistique dont bénéficie sa descendance. Il ne cache pas sa joie pour les occasions où il échange avec ses petits-enfants en français.
Ils m'ont dépassé en capacité linguistique
C’est avec une Canadienne d’origine polonaise que James Ryan partage sa vie depuis plus d’une cinquantaine d'années.
Leurs trois enfants ont été à l’école d’immersion et parlent tous le français, leurs petits-enfants aussi. Je suis fier de ça, déclare le père et grand-père de famille, avec un large sourire.
Évoquant leur heureux mariage, son épouse Kristina Ryan se réjouit de leur décision commune d’envoyer tous les enfants en immersion. « C'est un bonus pour toute personne au Canada de parler les deux langues officielles », insiste Kristina Ryan.
Une lueur d’espoir malgré les craintes
Selon le directeur général de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC), Jean-Luc Racine, les efforts personnels de James Ryan et de sa famille pour garder et transmettre le français sont parmi les bonnes pratiques.

L'épouse de James Ryan, Kristina Ryan à gauche, raconte qu'elle aidait leurs enfants pour les devoirs de maison. Elle ajoute avec humour qu'on ne peut pas « la vendre » en français, déplorant le fait qu'elle avait fait ses classes de français, mais que l'enseignant ne parlait pas la langue.
Photo : Radio-Canada / Joseph Hervé Ahissou
Quand on est en milieu minoritaire, il faut se bâtir un réseau social, idéalement francophone. Il faut aussi que les retraités francophones se prennent en main aussi, souligne Jean-Luc Racine.
Tout en reconnaissant les défis pour les aînés francophones partout au pays d’accéder à des espaces de rencontres et d’échanges, Jean-Luc Racine rappelle l'existence de programmes financés par Ottawa et certaines provinces.
Bien Vieillir Chez Soi fait partie de ces programmes et bénéficie à plus de 1000 personnes au Manitoba, avec l’implication de 1750 bénévoles. Le directeur général de la FAAFC espère qu’il sera renouvelé.
En tant que francophone, James Ryan a des craintes pour l’avenir de sa langue maternelle. Il se dit triste de constater que les services de santé en français sont de moins en moins disponibles au Manitoba.
Lorsqu’il évoque le projet du Manitoba, qui veut devenir une province véritablement bilingue, James Ryan déclare qu’il attend toujours de voir des mesures concrètes, sans lesquelles ça va être très difficile, malheureusement, selon lui.
Parmi les 10 563 240 locuteurs de français au Canada, 111 790 sont au Manitoba, selon les plus récentes données de Statistique Canada (nouvelle fenêtre).
Au Manitoba, James Ryan fait partie des 14 505 locuteurs francophones âgés de 65 ans et plus.


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