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Fusions municipales : des Ontariens réclament une séparation

3 week_ago 53

         

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Plus de 25 ans après la série de fusions municipales imposées par le gouvernement de l’Ontario à l’époque, des résidents de certaines municipalités nord-ontariennes absorbées pendant l’amalgamation constatent que leurs régions en ont peu bénéficié. Certains réclament même une séparation.

Gerry Proulx, résident de Hanmer dans le Grand Sudbury, aurait préféré que sa communauté ne fasse pas de fusion.

Hanmer est l’une des sept municipalités qui ont fusionné pour créer la Ville du Grand Sudbury en 2001.

À l’époque, le gouvernement progressiste-conservateur, sous Mike Harris, avait imposé les fusions municipales à plusieurs communautés, sous prétexte que des économies seraient réalisées.

Toutefois, M. Proulx aurait préféré que ça n'arrive jamais.

 C’est la pire chose qui nous soit arrivée. […] Les taxes ont beaucoup augmenté. 

Portrait de Gerry Proulx dans un stationnement.

Gerry Proulx estime que les services municipaux à Hanmer se sont détériorés depuis la fusion.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

 Nous étions pourtant autosuffisants ici. On s’occupait de nos propres déchets, de nos propres trucs. Tous nos services étaient gérés ici. Vraiment, ce qui s’est passé n’avait aucun sens , poursuit-il.

 Personne n’est satisfait , lance Jason Mageau, résident de Rayside-Balfour, autre communauté absorbée lors de la création de la Ville du Grand Sudbury.

Il estime que les régions en périphérie ne sont pas bien desservies, notamment en transports en commun et en services de déneigement.

Portrait de Jason Mageau dans une rue du centre-ville du Grand Sudbury

Jason Mageau juge qu'il serait temps de réviser l'amalgamation.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

 Après la tempête [de neige en mars], nous avons remarqué que, pendant six jours, aucune déneigeuse ne s’est présentée sur un trajet de bus. Ce sont plutôt les membres de la communauté qui ont uni leurs forces […] juste pour essayer de faire partir les gens des routes et de leurs allées , souligne M. Mageau.

Un sentiment partagé

Pour prendre le pouls de la situation au sein des communautés en périphérie du Grand Sudbury, M. Mageau a entamé un sondage sur ses réseaux sociaux , qui a reçu plus de 1 000 votes.

Il en ressort que plus de 600 personnes jugent que leur communauté a souffert après la fusion, et plus de 200 personnes pensent que la fusion municipale n’a aidé en rien.

Pour M. Mageau, il est temps de prendre une décision.

 Est-ce qu’on veut chercher à se séparer complètement, pour que chaque communauté redevienne ce qu’elle était, puis réélire des maires et des directeurs généraux ? […]  C’est peut-être une scission partielle, comme ça, on aura notre propre maire, mais on partagera certains services. Ce sont toutes des options qu’on pourrait explorer , indique-t-il.

Plan d'ensemble d'une réunion du conseil municipal de Sudbury

Le conseil municipal de Sudbury avait voté contre une révision de l'amalgamation en 2019. (Photo d'archives)

Photo : CBC/Jonathan Migneault

 Il s’agit de redonner aux communautés ce qu’elles ont toujours eu, c’est-à-dire leur sentiment d’identité. Et là, elles se font tout simplement engloutir. On n’a plus les services, on n’a plus la fierté. Nous n’avons plus le même niveau d’engagement , renchérit-il.

La révision de l'amalgamation avait déjà été proposée au conseil municipal. Elle a été rejetée en 2019.

L’ancienne conseillère municipale Evelyn Dutrisac, tant au conseil du village de Rayside-Balfour, qu’à la Ville du Grand Sudbury, comprend bien ce sentiment.

Portrait d'Evelyn Dutrisac assise dans une salle.

Evelyn Dutrisac se rappelle qu'en fusionnant pour former le Grand Sudbury, les responsables de Rayside-Balfour voulaient que la ville devienne une communauté de communautés.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

 Ils sentent qu’ils ne sont pas inclus. [... ] Quand on s’est ralliés à la grande ville, on voulait que chacun participe. […] Alors je me dis qu’il y a des manquements , stipule Mme Dutrisac.

Bien que beaucoup de résidents envisagent une division, Mme Dutrisac appelle plutôt à des discussions.

 C’est de voir ce qu’on a bien fait, et ensuite de se rasseoir, puis d’identifier les choses qu’on a manquées , précise-t-elle.

 Il y a eu des manquements. Les gens ne sont pas contents, alors il faut être réaliste. 

Défusionner : plus facile à dire qu’à faire

La Ville du Grand Sudbury n’est d’ailleurs pas le seul exemple de communauté qui n’a pas connu les bénéfices de la fusion, tels que vantés par le gouvernement de Mike Harris.

Dans un rapport publié en 2015, des chercheurs ont établi que certaines fusions ont mené à des augmentations de taxes municipales et des coûts de fonctionnement plus élevés.

Bien que beaucoup envisagent à présent une séparation complète, Lydia Miljan, professeure de sciences politiques à l’Université de Windsor, coautrice du rapport de 2015, confie que  ce n’est pas une chose facile à faire .

Lydia Miljan est assise à son bureau entourée de livres.

La politologue de l'Université de Windsor, Lydia Miljan, admet que les fusions municipales n'ont pas eu les effets escomptés dans plusieurs régions de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Dale Molnar/CBC

 C’est plutôt difficile aujourd’hui, après 20 ans, de séparer les actifs. Ce serait en quelque sorte comme un divorce conflictuel, pour savoir quelle partie de la municipalité a payé pour quoi. On pourrait le faire, mais c’est un processus difficile à mener , explique-t-elle.

Selon Mme Miljan, il serait plus judicieux de partager les services municipaux, tout en permettant aux communautés d’avoir la mainmise sur des décisions qui ont un impact direct sur leur quotidien.

 Pourquoi ne pas partager la police, mais continuer à permettre que des choses, comme l’aménagement du territoire, les règlements municipaux et les dossiers de ce genre, qui sont vraiment ancrés dans la communauté, restent gérés à l’échelle de cette communauté-là ? , se questionne-t-elle.

Portrait de Gilles Levasseur

Gilles LeVasseur propose que la Ville du Grand Sudbury permette aux résidents en périphérie de décider de la création de parcs, et autres décisions qui touchent directement leur quotidien. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Gilles Levasseur, professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa, admet que la province  recherche une uniformité pour faciliter ses échanges avec d’autres régions , mais qu’il y a des moyens d’intégrer les communautés en périphérie dans les décisions qui les concernent.

 Il y a des choses qu’on peut facilement déplacer qui ne changent pas les normes. Mais c’est plutôt l’administration, la vitesse avec laquelle, par exemple, on va faire le déneigement l’hiver , suggère-t-il.

 Ce que les gens vont souvent vous critiquer, c’est le fait qu’on va devoir déplacer, par exemple, le bureau des licences, déplacer le bureau, par exemple, des permis, déplacer les bureaux, la construction. Ça, ça peut rester au centre-ville. Mais des choses qui sont au quotidien, qui ne coûtent pas cher. Il n’y a aucun danger que ça puisse se déplacer sans que ça crée une dépense énorme pour la grande municipalité , conclut-il.

Ni l’Ontario ni la Ville du Grand Sudbury n’ont répondu à notre demande d’entrevue.

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