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L'Autorité belge de la Concurrence (ABC) a pris la décision, le 3 juillet, d'autoriser l'acquisition, par le groupe de médias Rossel (Le Soir, SudInfo), des activités de presse de son concurrent historique IPM (La Libre, DH-Les Sports, L'Avenir). Ce feu vert, intervenu après plusieurs mois d'instruction menée par l'auditorat de l'ABC, l'a été sous réserve du respect d'engagements visant à préserver la qualité et la diversité de la presse quotidienne francophone.
Tenu à un devoir de réserve tout au long de la procédure, Axel Desmedt, président de l'Autorité belge de la Concurrence, a accepté de commenter la décision prise par le Collège de l'ABC – constitué du président et de deux assesseurs – et de répondre aux critiques formulés par différents représentants des journaux concernés par la fusion – sociétés de rédacteurs, Association des journalistes professionnels (AJP) et syndicats – qui aboutit à la création d'un (quasi) monopole de la presse écrite belge francophone.
Un mariage historique entre Rossel et IPM, mais sous conditions et surveillanceAxel Desmedt nous précise, d'emblée, que le contenu de la décision – un rapport de près de 300 pages – n'a pas encore été rendu public. "Il le sera une fois que les deux parties, Rossel et IPM, auront indiqué les éléments qu'ils veulent garder confidentiels. Nous espérons que ce sera fait rapidement". D'ici là, M. Desmedt n'entend pas divulguer ou commenter certains points précis de l'opération.
Un manque de transparence ?
Sur le temps pris par l'ABC pour rendre sa décision – douze mois se sont écoulés depuis l'annonce du projet de fusion — alors que le secteur de la presse écrite est sous fortes pressions, Axel Desmedt rappelle que le groupe Rossel n'a notifié le rachat d'IPM (presse) à l'auditeur général de l'ABC que le 13 avril dernier. C'est à partir de cette date que des délais légaux, limités dans le temps, doivent être respectés. "L'auditorat essaie toujours, avant la notification d'une opération de concentration, de travailler en amont avec les parties prenantes afin d'éviter d'ouvrir une deuxième phase qui prolonge les délais". C'est ce qui a été fait. De janvier à avril, l'auditorat a mené des entretiens et envoyé des demandes de renseignements aux principaux groupes de presse actifs en Belgique, à certaines autorités publiques, ainsi qu'à différents acteurs du secteur de la presse, afin de pouvoir évaluer de manière adéquate l'importance et les éventuelles conséquences de cette concentration inédite.
Les rédactions des groupes IPM et Rossel font part "de vives inquiétudes" après l'annonce de la fusionConcernant le manque de transparence de la procédure, Axel Desmedt souligne que l'équipe d'investigation de l'ABC a consulté toutes les parties prenantes, dont l'Association des journalistes. "Le Collège, une fois saisi de la proposition de décision, a également entendu plusieurs parties dans les conditions prévues par la loi, dont l'AJP, avant de prendre une décision".
"Un travail remarquable"
Sur le fond du dossier, qu'il qualifie de "cas complexe et exceptionnel", Axel Desmedt salue le "travail remarquable" effectué par les services de l'auditorat. "Ils ont tenu compte des difficultés rencontrées par le secteur, comme le recul continu du lectorat des journaux imprimés, qui constituent encore la source majeure des revenus de la presse, de même que le déplacement de revenus publicitaires vers les grandes plateformes numériques".
"Sur la base des différentes analyses, le Collège a estimé que la pérennité de la diversité de l'offre, en Belgique francophone, était mieux garantie dans le cadre d'une fusion."
Tout en envisageant les effets concurrentiels de l'opération (en termes de prix de vente, de tarifs publicitaires, de rémunérations des journalistes, de qualité et diversité de l'offre éditoriale, etc.), l'auditorat de l'ABC s'est aussi inquiété d'analyser ce qui se passerait au cas où la fusion entre Rossel et IPM n'avait pas lieu.
"Sur la base de ces différentes analyses, le Collège a estimé que la pérennité de la diversité de l'offre, en Belgique francophone, était mieux garantie dans le cadre d'une fusion et, par conséquent, a validé la concentration". Et Axel Desmedt d'insister : "La fusion était la moins mauvaise solution possible. En poursuivant seul, IPM allait dans le mur dans les conditions actuelles de marché".
De la concurrence "interne"
Le feu vert de l'ABC a été assorti de plusieurs engagements dans le chef de Rossel. "Ce sont des engagements importants qui n'ont pas été pris à la légère", soutient M. Desmedt. Il pointe, en particulier, le maintien des différents titres de Rossel et IPM au sein des trois entités du groupe fusionné, "où chaque titre aura une indépendance éditoriale et économique" et "où le maintien d'une concurrence interne assurera un journalisme et une offre de qualité permettant d'attirer les lecteurs".
"Même si nous y sommes très sensibles, nous ne pouvons pas, en tant qu'autorité de la concurrence, répondre à tous les problèmes existants du secteur de la presse et des journalistes."
À propos des conditions de travail et de rémunération des journalistes, le président de l'ABC confirme que l'engagement pris à l'égard des freelances (journalistes indépendants) se limite à un "code de conduite" destiné à garantir des relations contractuelles transparentes, prévisibles et équitables. Autrement dit, l'engagement de ne pas détériorer les conditions de rémunération des freelances n'a pas été retenu comme condition à l'approbation de la fusion. "Même si nous y sommes très sensibles, nous ne pouvons pas, en tant qu'autorité de la concurrence, répondre à tous les problèmes existants du secteur de la presse et des journalistes, soutient Axel Desmedt. Mais des engagements importants ont été pris, notamment sur les conditions de travail et le recours à l'intelligence artificielle, et ils seront contrôlés par un mandataire indépendant sous la supervision de l'ABC".
Pourquoi fusionner IPM et Rossel ?Enfin, sur les synergies rédactionnelles (hors informations sportives), Axel Desmedt ne se prononce pas, à ce stade, sur les échanges de contenus entre titres et entités. Seule certitude : les synergies seront exclues pour les contenus rédactionnels "jugés essentiels pour l'identité de chaque titre". Une identité qui sera définie dans les chartes des différents titres et dans la charte Rossel (commune à tous les titres).
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