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La Société du parc industriel et portuaire de Bécancour devient le premier organisme public de la province à opter pour une nouvelle approche contractuelle récemment autorisée par Québec.
La construction d'un nouveau quai et l'agrandissement de deux autres ne se feront pas selon la méthode du plus bas soumissionnaire conforme.
La SPIPB mise plutôt sur un mode collaboratif, appelé Réalisation de Projet Intégrée. Elle a d'abord sélectionné une équipe réunissant une entrepreneur et un concepteur, puis entamera avec elle une phase de codéveloppement. À ce stade, elle ne s'engage à rien, c'est à la fin de cette phase qu'elle décidera si elle poursuit avec la proposition.
Cette nouvelle façon de faire est censée augmenter la transparence et la qualité ainsi qu'éliminer les dépassements de coûts.
La SPIPB a prévu 300 M$ pour le projet. L'équipe devra travailler à partir de ce montant.
Tout se déroule à livre ouvert et les dépassements de coûts seront prélevés sur la marge de profit des entrepreneurs. Le coût précis du projet sera connu plus tard, mais il devrait être aussi plus juste que lors du processus traditionnel, croit la SPIPB.
Traditionnellement, les entrepreneurs sont impliqués à la fin, donc quand tout est déjà décidé. Les méthodes, les permis sont délivrés et les bonnes idées de l'exécutant ne peuvent pas être mises en œuvre. Alors que là, on a tout le monde au jour un, explique Donald Olivier, président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.
François Paradis, associé chez CIMA+, l'une des deux entreprises sélectionnées pour composer l'équipe, voit du positif à cette façon de faire.
Notre profit est à risque, mais il y a un bonus qui peut être possible aussi si on est performant, donc on a tout avantage à faire de bons plans et devis, puis que ça fonctionne en fonction des méthodes de travail de l'entrepreneur et d'optimiser le tout, indique-t-il.
Par exemple, un projet avec un échéancier de deux ou trois ans pourrait se faire trois fois plus rapidement.
La professeure en droit à l'Université de Montréal Martine Valois, elle, craint que la méthode collaborative ouvre la porte à ce que le privé définisse les règles et les besoins des organismes publics.
Les travaux préparatoires au port sont déjà entamés. La mise en service du nouveau quai est prévue pour 2028-2029.
Cette méthode est déjà utilisée ailleurs au Canada et dans d'autres pays. Elle devrait bientôt s'étendre aux municipalités et aux sociétés de transport en commun.
Le professeur au Département de génie de la construction de l'École de technologie supérieure, Gabriel Jobidon, croit qu'elle pourrait aussi réduire les risques dans de grands projets informatiques et ainsi contribuer à éviter des fiascos comme SAAQclic. Il prévient toutefois que les équipes publiques et privées devront être vigilantes lors du déploiement. Les façons de faire seront chamboulées et leur expérience à ce niveau est limitée.
On a vu qu'il y avait des couches de contingence qui étaient cachées, des risques qui avaient été camouflés, des taux horaires qui ont été modifiés en cours de route. C'est des éléments qui sont ressortis dans la Commission. Tout ça, c'est des éléments qu'on évite avec la réalisation de projets intégrés parce qu'en amont, on s'assure que tous les paramètres financiers sont bien compris et connus de toutes les parties, explique-t-il.
La professeure au Département de management de l'UQAM, Sara Rankohi, estime que c’est un modèle qui fonctionne très bien dans le cadre de projets majeurs. Elle est certaine que, dans quelque temps, on va voir beaucoup de ces constructions.


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