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Feu au parc solaire de Summerside : défis techniques et exigences de sécurité

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La situation demeure instable à Summerside, à l'Île-du-Prince-Édouard, où l'incendie du système de stockage par batterie du parc solaire Sunbank continue. Après une reprise du feu mercredi, la municipalité a d'abord élargi le périmètre de confinement volontaire avant de le supprimer complètement jeudi après-midi.

La médecin hygiéniste en chef de l'île, la Dre Heather Morrison, a confirmé en entrevue à Radio-Canada que la qualité de l'air s'est nettement améliorée au vu des récentes analyses.

Encourageant la population à reprendre progressivement ses activités extérieures, elle a annoncé que les établissements scolaires devraient rouvrir — dont l'école francophone École-sur-Mer — dès le vendredi 11 septembre.

Sur le terrain, la vigilance reste de mise quant à l'infrastructure elle-même. Ce ne sont pas les 48 000 panneaux photovoltaïques du parc de 21,6 mégawatts qui brûlent, mais deux des quatre grands conteneurs de batteries lithium-ion couplés à l'installation.

Bien que les causes exactes du sinistre fassent l'objet d'une enquête à venir, Luc Fréchette, professeur en génie mécanique à l'Université de Sherbrooke, explique qu'un court-circuit interne lié à une défectuosité d'une cellule est généralement à l'origine de ce type d'événement.

Ce phénomène déclenche un emballement thermique, où la cellule génère sa propre chaleur jusqu'à atteindre des températures de combustion de près de 200 °C.

On ne peut pas empêcher la cellule défectueuse de brûler. Les pompiers, le mieux qu'ils peuvent faire, c'est d'arroser pour refroidir les cellules adjacentes pour ne pas que ça se propage à tout le système de batterie.

Gaz et métaux toxiques

Autrement dit, contrairement à un feu classique, les pompiers ne peuvent pas éteindre le foyer simplement en l'étouffant avec de l'eau ou de la mousse, car la batterie continue de générer sa propre chaleur. Le module touché doit se consumer entièrement.

Ça peut prendre du temps, plusieurs jours, voire des semaines, prévient Luc Fréchette.

L’organisation des mesures d’urgence de la province a indiqué par écrit jouer un rôle consultatif. Le personnel est resté en contact avec les autorités de Summerside afin de leur fournir des conseils et une assistance en cas de besoin, peut-on lire dans une courriel de réponse.

Au-delà de la maîtrise de l’incendie, l'attention des autorités se porte sur l'importante colonne de fumée dégagée par le site.

Si la Ville et la province effectuent des tests de la qualité de l'air et de l’eau en continu et assurent que les résultats demeurent rassurants, la combustion de ces équipements libère un mélange complexe de composés toxiques.

Luc Fréchette en détaille la composition chimique : lors de l'emballement, des gaz inflammables comme de l'hydrogène et des hydrocarbures sont éjectés et continuent parfois de brûler dans l'air. S'y ajoutent des traces de métaux contenus dans les cellules — du nickel, du manganèse et du cobalt — ainsi que des composés fluorés toxiques.

Le comportement de ces émissions varie ensuite selon la taille des particules, rapporte l’universitaire. Alors que les gaz légers se dissipent rapidement dans l'atmosphère, les particules les plus fines restent temporairement en suspension, tandis que les plus lourdes se déposent au sol, aux abords immédiats du site.

Des normes en pleine évolution

Bien que spectaculaires et complexes à gérer, ces incendies restent généralement très rares, selon Luc Fréchette, par rapport à la grande quantité de batteries déployées à l'échelle mondiale. Des événements d'envergure ont toutefois déjà marqué l'Amérique du Nord.

Aux États-Unis, le plus grand site de batteries au monde a subi un incendie début 2025 en Californie, ce qui a forcé l'évacuation de 1000 personnes.

Le stockage par batterie connaissant une forte croissance pour appuyer les énergies renouvelables et réguler les réseaux électriques, les exigences de sécurité s'adaptent à grande vitesse à travers le continent, rapporte Luc Fréchette.

Les normes sont en constante évolution. Il faut aussi trouver des solutions technologiques qui permettent d'avoir cette sécurité accrue.

Les normes canadiennes exigent désormais des distances minimales entre les conteneurs où se trouvent les batteries. Au niveau provincial, l’Ontario a publié des directives spécifiques pour les pompiers en cas d’incendie. La province recommande notamment de ne pas arroser directement les cellules en combustion sous risque d'aggraver l'emballement thermique ou l'explosion de gaz.

Luc Fréchette rappelle que le stockage demeure l'élément clé du déploiement des énergies renouvelables et qu'il serait, selon lui, une énorme erreur d'en freiner le développement malgré ces défis techniques.

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