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« Tristesse » et « choc » : la communauté cinématographique montréalaise déplore la fermeture de l’unique laboratoire photochimique capable de soutenir la production de longs métrages professionnels sur pellicule au Canada.
La société de postproduction MELS, une filiale de Québecor, a confirmé à CBC la fermeture prochaine de son laboratoire argentique. Ce dernier représente l'une des rares options en Amérique du Nord pour les cinéastes souhaitant travailler avec des pellicules de 16 et de 35 millimètres et les développer en vue d'une diffusion à grande échelle.
L’annonce a suscité de vives réactions de la part des professionnels de l’industrie, qui craignent une perte de l’expertise québécoise et une hausse des coûts de production pour les films sur pellicule. À cause de cette fermeture, les cinéastes d'ici devront désormais envoyer leurs bobines aux États-Unis pour les faire développer.
On a l’impression que ça nous enlève une certaine liberté de choix, regrette l’acteur, scénariste et réalisateur Eric K. Boulianne, qui avait tourné son premier long métrage, Folichonneries, sur pellicule.
Le cinéaste comptait miser sur l'argentique pour des productions futures. La fermeture du laboratoire montréalais complique toutefois la donne.
Pour des projets avec des gros budgets, peut-être que c’est encore possible, mais les budgets s’amoindrissent de plus en plus en production cinématographique, explique-t-il. On dirait que c’est encore un autre bâton dans les roues.

Catherine Chabot et Eric K. Boulianne dans le film « Folichonneries ». (Photo d'archives)
Photo : Entract Films / Priscillia Piccolo
Décision financière
Dans une déclaration écrite transmise à CBC, Patrick Jutras, président de MELS, indique que la fermeture du laboratoire est motivée par la nécessité de réduire les frais d'exploitation de l'entreprise.
Il invoque l’absence d’incitatifs fiscaux suffisamment compétitifs pour attirer les tournages étrangers et la baisse des investissements en production audiovisuelle locale.
Le studio regroupera ses activités de postproduction en déménageant ses activités de la rue William-Tremblay vers ses installations des rues Papineau et De La Gauchetière Est, tandis que le laboratoire photochimique et la salle de projection seront fermés.
MELS connait l’attachement de plusieurs artisans pour ces installations, notamment le laboratoire argentique, le seul au Canada. Cependant, il devient difficile de justifier les coûts d’opération en forte croissance qui y sont associés ni les investissements qui auraient été nécessaires pour remettre à niveau ses équipements, ajoute M. Jutras.

2:05
Le reportage d'Édouard Beaudoin
La directrice photo et cinéaste Léa Taillefer, qui a utilisé les services du laboratoire de MELS par le passé, n'est pas tellement surprise de l'annonce de la fermeture du laboratoire pour des raisons budgétaires.
On le voit du côté business, c’est pas nécessairement le meilleur business dans lequel être, affirme-t-elle. Ceci dit, en termes d’impact culturel, c’est là où MELS et le laboratoire sont incroyablement importants.
Plusieurs films qui ont contribué au rayonnement du cinéma québécois à l’international sont passés par le laboratoire de MELS. On peut penser à Mommy, de Xavier Dolan – lauréat du Prix du jury à Cannes en 2014 – et à Simple comme Sylvain, de Monia Chokri – récompensé du César du meilleur film étranger en 2024.

Le directeur photo André Turpin et la cinéaste Monia Chokri, sur le tournage du film «Simple comme Sylvain». (Photo d'archives)
Photo : Immina Films / Fred Gervais
Mobilisation
On tient beaucoup à MELS, parce que c’est un excellent laboratoire, affirme Michael Yaroshevsky, qui enseigne le cinéma à l’Université Concordia.
Même si une grande partie de l'industrie cinématographique s'est tournée vers le numérique, l’attrait de l’argentique pour les cinéastes québécois demeure bien vivant, insiste-t-il.
M. Yaroshevsky est à l’origine d’une pétition qui exhorte Québecor à revenir sur sa décision de fermer le laboratoire. Cette mesure reviendrait à couper le cinéma québécois d’une part vitale de son propre écosystème artistique et industriel, peut-on lire.
La pétition a déjà récolté plus de 2500 signatures.
Je crois que la réaction des gens parle, et je veux que Québecor se rende compte que ce n’est pas juste quelque chose qui est dans les marges, que ce n’est pas qu’un petit club de cinéastes qui se préoccupe de ça. C’est vraiment quelque chose d’important, martèle le professeur.
Avec des informations de CBC News et Édouard Beaudoin


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