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Pour contrer l’effacement culturel face à l’IA, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) travaille sur la création d'une banque de données en français et langues autochtones.
On est vraiment face à un tsunami. La vague est là, on est au creux même de la vague, et il faut vraiment s'en préoccuper, lance Destiny Tchéhouali, professeur au département de communication sociale et publique de l'UQAM et titulaire de la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement (CUCTD). Et il est plus que jamais, je pense, important d'essayer d'encadrer, soutient-il.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) se lance dans une ambitieuse phase d'expérimentation de 12 mois afin de mettre sur pied les bases d’une banque de données gouvernementales et culturelles en français et en langues autochtones.
Photo : Mikaël Theimer
Selon le professeur de l’UQAM, il serait naïf de croire que cette initiative va résoudre les crises actuelles les plus pressantes, comme le pillage de données. Cependant, il estime qu'elle reste nécessaire, car c'est un véritable premier pas qu'on pose en matière de souveraineté culturelle numérique, dit-il.
Financée par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) à hauteur de 750 000 $, cette phase expérimentale fait suite au dépôt de l'étude de faisabilité Le Québec à l’heure de l’IA. Le BAnQ souhaite bâtir une immense banque de données, et compte intégrer des standards techniques de consentement et de traçabilité solides.

La PDG de BAnQ Marie Grégoire
Photo : Mikaël Theimer
Ce qu'on veut, c'est d'avoir un cadre normatif qui va faire en sorte que, si jamais il y a des acteurs, des joueurs qui ont envie de développer des modèles d'intelligence artificielle.[...], qu'ils puissent le faire en respectant les créateurs, en respectant les droits d'auteur, puis en respectant même ceux qui gèrent ces données-là, explique Marie Grégoire, présidente-directrice générale de BAnQ.
L'objectif de BAnQ est de partager des jeux de données tout en restreignant leur accès, selon des conditions fixées par les contributeurs et les ayants droit. Cela pourrait être des conditions liées à l'usage des données, explique Valérie D’Amour, directrice des centres d’archives régionaux à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Un fournisseur pourrait refuser que les données soient utilisées par une entreprise privée. Mais il accepterait pour une chaire de recherche, par exemple.
L'enjeu de la rémunération est également au cœur de l'expérimentation. Ce qu'on aimerait expérimenter dans la prochaine année, c'est les modèles possibles pour des ententes, des gabarits d'ententes pour structurer ce type d'utilisation là des données, souligne Madame D’Amour.

Valérie D’Amour, directrice des centres d’archives régionaux à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Photo : Courtoisie BAnQ
L'initiative prévoit le développement de modèles de juste rétribution financière, notamment en collaborant avec des organismes. Il y a des organismes comme Copibec avec qui ils vont travailler justement pour développer ce modèle de licence spécialisée pour l'IA générative, notamment, explique Destiny Tchéhouali, bien au fait du projet.
Dans un milieu culturel légitimement inquiet face au siphonnage actuel des œuvres sur le web, ce projet d'infrastructure publique ne doit pas être vu comme un risque, mais plutôt comme un garde-fou, soutient Monsieur Tchéhouali. Ça ne va pas éviter les abus, ça ne va pas éviter l'exploitation abusive à laquelle on assiste déjà actuellement, d'ailleurs, les IA ont une grande longueur d'avance là, prend-il le temps de souligner.

Destiny Tchéhouali, professeur au département de communication sociale et publique de l'UQAM et titulaire de la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement (CUCTD)
Photo : Courtoisie UQAM
Il soutient que cette infrastructure stratégique est essentielle, car elle permet de développer une capacité collective pour assurer la représentation de notre culture et de nos langues dans les modèles d'intelligence artificielle actuels.
Ce n'est plus juste la question des algorithmes, c'est vraiment tous ces systèmes d'IA générative là qui entraînent vraiment des effets en termes de sous-représentation, d'invisibilisation de pans entiers de nos cultures là et des langues minoritaires, des langues autochtones, et cetera, dit-il.
La tâche s'annonce colossale pour BAnQ, ce qui fait dire avec enthousiasme à Marie Grégoire : On n'est pas couchés!. BAnQ souhaite livrer, dès l’an prochain, les premiers jeux de données . On se donne un objectif ambitieux!, confie-t-elle.


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