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SANTÉ. C’est une véritable saignée à Victoriaville : il y a eu 9 départs de médecins en 4 mois, sur un total de 21 médecins qui tentent de tenir à bout de bras le secteur de l’hospitalisation. La situation n’est pas aussi critique à Drummondville, mais demeure précaire.
Dre Esmeralda Elias Lopez est la présidente de l’Association des médecins omnipraticiens des Bois-Francs. (Photo : gracieuseté)Selon la Dre Esmeralda Elias Lopez, présidente de l’Association des médecins omnipraticiens des Bois-Francs (AMOBF), la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, a été le Dossier santé numérique (DSN).
«On a eu un automne difficile l’année passée avec la menace de la Loi 2. On a demandé à nos médecins de prendre en charge davantage de patients pour aider la population, mais la réalité est qu’on manque tellement de bras qu’on avait des médecins avec un élastique déjà étiré au maximum. Ils ont fait ce qu’on leur demandait parce qu’on croit aux soins de santé, parce qu’on croit à notre travail».
Évidemment, il n’y a pas que le secteur de l’hospitalisation en difficulté, qui n’est que la pointe visible de l’iceberg. «Ces mêmes médecins-là, qu’on a ici en région, couvrent aussi le CHSLD, les soins à domicile, les soins palliatifs, explique la Dre Lopez dans un entretien téléphonique. Ces médecins déjà à bout, déjà fatigués, avec tout le travail énorme qu’on leur demande, se sont retrouvés en plus avec un outil informatique qui leur a demandé encore plus de temps et encore plus d’implication. Ça a été la goutte de trop».
Du côté de Drummondville
Trois médecins ont quitté récemment, à Drummondville. Dans une entrevue téléphonique, le Dr Mathieu Larrivée, chef du département de médecine générale de Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec — Universitaire, remarque que c’est l’accumulation de plusieurs facteurs qui peut expliquer la situation à l’hôpital Sainte-Croix.
«On met beaucoup l’emphase sur le DSN dans cette situation. C’est vraiment un ingrédient parmi pas mal d’autres affaires. À Drummondville, je pense à un collègue médecin spécialiste qui a vraiment quitté en lien avec ça, parce qu’il a [trouvé que] c’est une coche de trop. Deux autres collègues ont quitté, je ne connais pas toutes les raisons précises, je pense que c’est l’accumulation de tout ce qui s’est passé depuis l’automne dernier, puis là, tu ajoutes le DSN à ça».
Le Dr Larrivée ajoute : « On ne se voit pas partir, on est impliqués dans notre travail, mais là, un moment donné, si c’est pour subir sans cesse des coups comme ça, c’est plus facile de tirer la plug ou de changer de branche ou de secteur.»
Une situation précaire
La Dre Esmeralda Elias Lopez est lucide. «Je pense que l’établissement fait tout son possible pour maintenir les services, mais je pense qu’il faut s’attendre à ce qu’éventuellement, il y ait des répercussions sur la population parce qu’on ne pourra pas tenir ce rythme-là», se désole-t-elle.
Jusqu’à présent, deux patients ont été transférés de Victoriaville vers Drummondville. Le Dr Larrivée s’attend à un plus grand débordement, en quel cas les patients devront vraisemblablement se déplacer.
«Le recrutement est difficile, les équipes sont toutes étirées au maximum. On est à quelques départs de situations qui seraient vraiment problématiques. On n’a pas assez de docteurs pour faire le travail dans la région parce qu’on ne recrute pas depuis cinq ans. Tu ajoutes la charge du DSN par-dessus ça, ça fait que, parmi le monde qui est déjà surchargé, ceux qui peuvent s’en aller se cherchent des portes de sortie», explique-t-il.
La situation reste précaire, et l’on observe ce qui se passe dans la ville des Bois-Francs avec attention. «On sait qu’on est les prochains. On est juste derrière.»
Du sang neuf
La solution passe encore par le recrutement de nouveaux médecins. Les enjeux restent les mêmes : les postes ne se comblent pas dans la région, les candidats favorisant les grands centres. «L’écart entre les grands centres et les régions comme nous autres va continuer à s’accentuer. Il n’y a pas de raisons de penser que ça va changer», décrie le Dr Larrivée.
Depuis des années, le manque de recrutement se fait sentir. On n’arrive plus à remplacer suffisamment les médecins qui partent à la retraite. «Actuellement, quand on regarde l’ensemble du Québec, il manque 2000 médecins, se désole la présidente de l’AMOBF. Juste dans notre région, pour arriver à la parité avec le reste de la province, il nous en manquerait 62. Donc c’est sûr que, malheureusement, on n’arrive pas à tenir et l’hôpital et les soins de première ligne qu’on nous demande avec le peu de médecins qu’on a actuellement. Puis là, on a épuisé ces médecins-là, ce qui fait qu’on choisit de quitter…», conclut-elle.


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