La ministre de l’Énergie annonce à notre journal ce mardi la liste des opérateurs du « leasing pour les pompes à chaleur ». Objectif : réduire la facture énergétique des Français à l’heure où les prix du gaz flambent.

Propos recueillis par Arthur Sautrel et Élodie Bécu - Aujourd'hui à 18:00 | mis à jour aujourd'hui à 18:18 - Temps de lecture :

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Quel est l’objectif du leasing sur les pompes à chaleur qui entrera en vigueur ce jeudi 1er octobre à destination des ménages les plus modestes ?

« Face à la crise énergétique, nous accompagnons les Français avec 1,4 milliard d’euros d’aides d’urgence (aides aux entreprises, indemnité "grands rouleurs"), mais aussi avec des mesures structurelles, de long terme, pour sortir des énergies fossiles importées. Les Français paient au prix fort notre dépendance au pétrole et au gaz. Nous devons accélérer notre bascule vers l’électrique, notamment pour se déplacer et se chauffer. Le leasing va permettre d’accompagner les ménages modestes dans l’installation d’une pompe à chaleur en neutralisant son coût d’installation, qui reste le principal obstacle à la transition. Avec ce dispositif destiné aux Français modestes, pendant 3 ans, vous n’aurez aucun coût supplémentaire par rapport à ce que vous coûtait le chauffage au gaz ou au fioul.

À l’issue de ces 3 ans, une fois la pompe à chaleur remboursée, la facture de chauffage pourra être divisée par deux. La première édition vise l’installation de 55 000 pompes à chaleur sur deux ans, avec une aide moyenne de 9 800 euros par ménage. Cela représente une aide à l’investissement de 540 millions d’euros, financés par les certificats d’économie d’énergie (CEE), que certains, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, veulent pourtant supprimer au détriment de la transition énergétique et de la protection des classes populaires face aux crises énergétiques à répétition. »

Quelles entreprises peuvent proposer le leasing sur les pompes à chaleur ?

Un appel d’offres a été lancé par l’Ademe pour inviter différents acteurs (fabricant de pompe à chaleur, installateurs, banques, spécialistes de la rénovation…) à former des consortiums. Six lauréats ont été retenus : CapConfort (Hellio Solutions/Homyos/Akéa Énergies/Winter/Alpiq/Cofidis), IZY by EDF (IZY by EDF/EDF/Domofinance), Le PAC’TE français (Alterna énergie/Saunier Duval/Cofidis), Octopus x Effy (Octopus Energy/Effy), RÉFLEX (Hello Watt/Hello Watt Rénovation/Engie), Sonepar (Sonepar/Ecair/Ace Énergie/TotalEnergies).

Outre ce leasing destiné aux maisons individuelles, que mettez-vous en place pour les logements collectifs ou les locataires ?

« Le plan d’électrification, dévoilé en avril, contient de nombreux dispositifs. Nous avons mis fin au gaz dans la construction neuve. Sous l’impulsion du président de la République et du ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, les bailleurs sociaux se sont également engagés à faire sortir deux millions de logements de la dépendance au gaz. Une deuxième phase sera présentée lors de la première quinzaine d’octobre avec, par exemple, un soutien accru aux pompes à chaleur collectives et dans le logement social. Nous avons enfin sélectionné 100 territoires d’électrification permettent d’engager la bascule des territoires volontaires vers l’électrique d’ici à 2030. Au-delà de ces nouvelles mesures, les aides à l’achat d’une pompe à chaleur via MaPrimRénov’ restent évidemment ouvertes au logement collectif. »

« Le contexte budgétaire est difficile »

Le prix de référence du gaz va augmenter de 6,3 % au 1er octobre : que prévoit le gouvernement avant cet hiver qui s’annonce difficile pour le budget des ménages ?

« Sur le carburant d’abord, nous avons renouvelé et élargi l’indemnité destinée aux "grands rouleurs" de 100 euros pour trois mois, à destination de 5,5 millions de ménages. Dans le projet de loi de finances pour 2027, nous proposons également de reconduire le chèque énergie et d’avancer son versement au mois de janvier, lorsque les factures de gaz pèsent le plus lourd sur les ménages, plutôt qu’en avril comme c’était le cas jusqu’à présent. Son montant est compris entre 48 et 277 €, selon les revenus et la composition du foyer, pour un montant moyen d’environ 150 €. Près de 4,5 millions de foyers en seront automatiquement destinataires. »

Selon le baromètre Odoxa-Mascaret, publié ce mardi dans nos journaux, 75 % des Français jugent les aides aux "gros rouleurs" insuffisantes. Que leur répondez-vous ?

« Pour beaucoup de Français, le passage à la station-service est devenu douloureux, c’est une réalité. Nous faisons le choix d’aider les Français les plus modestes, qui travaillent, ainsi que les entreprises et les emplois les plus exposés aux hausses des prix. Mais nous refusons de leur mentir : le contexte budgétaire est difficile. Et une réalité s’impose à tous : l’argent de l’État, c’est l’argent du contribuable. Quand le Rassemblement national promet aux Français des baisses de taxe à hauteur de 10 ou 15 milliards d’euros, il leur promet aussi de futures hausses d’impôts pour les financer. »

Six groupes d’entreprises ont été retenus pour proposer ce dispositif, nous annonce Maud Bregeon en exclusivité. Photo Sipa/Daniel Biaudet

Six groupes d’entreprises ont été retenus pour proposer ce dispositif, nous annonce Maud Bregeon en exclusivité. Photo Sipa/Daniel Biaudet

Envisagez-vous d’autres aides si la crise des carburants devait s’intensifier ?

« Nous ne fermons pas la porte par principe. Depuis le début, nous adaptons les dispositifs en fonction d’une situation internationale, géopolitique, militaire, qui évolue au Moyen-Orient. »

Le président de la République a annoncé l’envoi de troupes pour sécuriser un site énergétique en Arabie saoudite. Y aura-t-il un débat au Parlement sur cette décision ?

« À date, il n’y a aucun déploiement sur place. Le Parlement sera bien entendu informé des évolutions de la situation. »

TotalEnergies « est un atout majeur »

TotalEnergies a réalisé 11,2 milliards d’euros de bénéfices sur les six premiers mois de l’année. Est-ce que surtaxer certains profits fait partie de vos pistes pour financer des aides ?

« Cela appartient au débat budgétaire, qui s’ouvrira début octobre au Parlement. Mais ne tombons pas dans la caricature : singulièrement en temps de crise, avoir un grand pétrolier national est un atout majeur qui sécurise nos approvisionnements face aux risques de pénuries. TotalEnergies maintient également le plafonnement des prix de l’essence et du diesel dans les stations de son réseau. Aucun autre pays n’en bénéficie. C’est une initiative vertueuse pour les consommateurs français, qui doit se poursuivre. »

À quel niveau est l’approvisionnement en gaz de la France : y a-t-il une crainte de pénurie pour cet hiver ?

« Nos stocks seront remplis à 85 % à l’entrée dans l’hiver, comme l’exige le cadre réglementaire. Dans le même temps, nous travaillons à sécuriser nos approvisionnements pour les mois à venir. »

Pas de démission en vue de 2027

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé qu’il voulait mettre fin à la « rente » des énergies renouvelables et « supprimer des subventions publiques ». Est-ce que ce n’est pas contradictoire avec votre objectif d‘électrification ?

« Au contraire. Les énergies renouvelables doivent servir la décarbonation, pas les rentes. Que l’État garantisse aux porteurs de projet un prix de vente de l‘électricité pour leur donner de la visibilité, c’est une bonne chose. Mais une partie de ces projets sont sursubventionnés, à des niveaux 5 ou 6 fois supérieurs au prix du marché, via des contrats souvent anciens. Certains contrats passés entre 2006 et 2012 représentent 20 % des subventions publiques allouées aux renouvelables, pour uniquement 5 % de la puissance installée. Cela ne pouvait pas durer. »

Sébastien Lecornu a dit que les ministres qui soutenaient des candidats à la présidentielle devraient faire des choix. Vous êtes dans l’équipe d’Édouard Philippe. Allez-vous quitter le gouvernement ?

« Le Premier ministre a raison de fixer un cadre. Les ministres peuvent soutenir des candidats, sans avoir de rôle opérationnel dans la campagne. Nous partageons tous cette règle élémentaire. »

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