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Hagai Levi a écrit et réalisé cette adaptation en série d’Une vie bouleversée, journal intime d’une jeune femme juive en 1941.
Passer la publicité Passer la publicitéEtty Hillesum, jeune femme juive vivant à Amsterdam en 1941, a tenu son journal intime jusqu’à sa mort à Auschwitz en 1943. Une vie bouleversée, parue en 1981 seulement, est une œuvre remarquablement écrite, qui dresse le portrait d’une personnalité étonnante, sensuelle, sexuelle, éprise de son psychanalyste disciple de Jung et ayant trouvé son salut dans la spiritualité. Contre l’horreur du nazisme et de l’Holocauste, Etty prône la méditation et la solidarité à tout prix. Elle a refusé le privilège de pouvoir être cachée et est partie dans les camps de son propre gré.
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Hagai Levi (créateur de Be Tipul, série originelle d’En thérapie, et The Affair) a adapté cet ouvrage pour Arte avec deux partis pris essentiels. D’abord, ancrer son personnage dans une période contemporaine non définie submergée par le chaos : « J’en avais un peu assez de ces fictions en costumes sur la Seconde Guerre mondiale, explique-t-il. Les films consacrés à l’Holocauste sont toujours en noir et blanc. On a l’impression que les gens vivaient en noir et blanc ! En marchant dans Amsterdam, j’avais vraiment la sensation d’être là, au cœur de cette magnifique ville. Imaginer la présence des nazis dans ces rues est plus fort. Ce n’est pas une question politique, je souhaite simplement que le spectateur puisse se sentir humainement proche de ce qu’a vécu Etty. Je voulais de la couleur pour ne pas créer de distance et en faire une histoire universelle. » Second choix essentiel : ne pas montrer de camps. « Nous savons tous ce qui va se passer. On se souvient du conflit entre Claude Lanzmann et Steven Spielberg. Une personne qui ose filmer les chambres à gaz… Je n’ai pas éprouvé le besoin de les montrer. »
Une approche organique
Le réalisateur livre une approche très organique. Il réussit à faire ressentir le soleil, le vent, la nature, ces dernières bribes de liberté. Son héroïne vibrante, toujours en mouvement, en lutte, évoque la Rosetta des frères Dardenne. La comédienne autrichienne Julia Windischbauer, qui a appris le néerlandais pour le rôle, lui prête son corps avec lequel elle possède un rapport assez fort, complet. Elle lui prête aussi et surtout son éclat. Le voyage d’Etty est intérieur. « Plus les temps deviennent sombres, plus elle devient éclatante, lumineuse, souligne son interprète. Son voyage est intérieur et sa lumière rejaillit à l’extérieur. Elle trouve des choses en elle et veut réparer le monde. » Etty Hillesum écrivait d’ailleurs : « J’aimerais tant survivre pour transmettre à cette nouvelle époque toute l’humanité que j’ai préservée en moi. »
Si le besoin de consolation de l’être humain est impossible à rassasier, cette série, exigeante, distille espoir, sagesse et apaisement. On a presque le sentiment que le réalisateur l’a conçue pour l’épisode 5, longue conversation dans laquelle Etty explique et défend son cheminement spirituel face au chaos du monde. Un acte de résistance à la barbarie qui passe par une responsabilité personnelle, un amour universel, un dieu à protéger en soi… « Appelez ça du christianisme si vous voulez, ou du bouddhisme, peu importe », dit-elle.
Le sexagénaire israélien a lui-même puisé dans cet ouvrage, dit-il, les ressources nécessaires pour surmonter le choc du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi. « J’ai vu, à la fin des six heures de projection, des gens en état de choc, raconte-t-il. On sent qu’ils ont traversé une expérience puissante. C’est pour moi un très bon début. Lors des débats, le public a beaucoup d’interrogations, il est avide de savoir, de parler. Et, pour la première fois, les spectateurs viennent me dire merci. On m’a déjà félicité mais jamais remercié. Et j’ai le sentiment que les gens repartent avec quelque chose. Etty, qui se déroule dans un contexte des plus horribles, est, paradoxalement, peut-être ma série la plus optimiste. » Vous n’aurez pas sa haine !


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