Les électeurs de Californie voteront mardi, en parallèle des élections de mi-mandat, pour ou contre une proposition visant à instaurer une taxe sur la fortune des milliardaires. Cette taxe s’inspire directement de la taxe Zucman, qui avait été rejetée par les parlementaires français fin 2025.

Cyrielle Thevenin - Hier à 19:45 | mis à jour hier à 20:18 - Temps de lecture :

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Les Américains se préparent à voter pour des élections de mi-mandat (midterms) aux lourds enjeux. Deux ans après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le Congrès américain pourrait rebasculer démocrate mardi. En parallèle de ces élections, de nombreux scrutins locaux sont organisés. En Californie, l’un d’entre eux pourrait bien dépasser en termes d’enjeux les frontières de l’État. Les Californiens se prononceront en effet mardi sur une proposition visant à créer une taxe exceptionnelle de 5 % sur la fortune des milliardaires. Cette proposition est directement inspirée de la taxe Zucman, qui avait été rejetée fin 2025 par les parlementaires français. L’économiste franco-américain Gabriel Zucman, professeur à Berkeley, a d’ailleurs fait campagne ces derniers mois sur le sol californien pour son adoption.

Si elle venait à voir le jour, il s’agirait de la toute première taxe sur la fortune des milliardaires mise en œuvre dans le monde. La mesure a recueilli le soutien de six lauréats du Nobel de l’économie, dont Joseph Stiglitz, Paul Krugman et la franco-américaine Esther Duflo. Elle est en revanche très contestée par les principaux concernés. Le « oui » et le « non » à cette proposition sont donnés au coude-à-coude dans les différents sondages menés à quelques jours de l’élection. On vous explique en quoi consiste cette taxe.

De quoi s’agit-il ?

La « proposition 40 », telle qu’elle est nommée en Californie, s’inspire directement de la taxe Zucman. Elle prévoit un prélèvement unique de 5 % sur la fortune des résidents californiens dont le patrimoine net est égal ou supérieur à un milliard de dollars. La valeur nette « est généralement calculée comme la valeur totale des actifs détenus par un particulier, un couple ou une famille, déduction faite de l’ensemble de leurs dettes », précise le California Budget & Policy Center, un organisme indépendant. Les biens immobiliers, les pensions et les comptes de retraite seront exclus.

Le taux d’imposition serait progressif pour les milliardaires dont la valeur nette se situe entre 1 et 1,1 milliard de dollars. Les contribuables pourront régler le montant total de cette taxe lors de leur déclaration fiscale de 2026 ou par versement échelonné sur cinq ans, moyennant des frais de report annuels.

Pourquoi cette initiative ?

L’initiative a été défendue initialement par le syndicat des personnels de santé californiens SEIU-UHW, après les coupes fédérales budgétaires imposées dans le secteur de la santé par la loi de Donald Trump. Le syndicat estimait qu’une telle taxe pourrait permettre de compenser, via ses recettes, les coupes budgétaires imposées au système de santé. Celles-ci pourraient priver environ 1,3 million de Californiens d’accès aux soins de santé d’ici 2030.

Selon le texte de la proposition, les recettes générées par cette taxe sur les milliardaires ont pour objectif de répondre aux « besoins urgents et actuels en matière de santé, d’éducation et de nutrition, qui sont aggravées par la réduction des financements fédéraux et régionaux ». 90 % des revenus de la taxe devront être consacrés aux services de santé destinés à la population, le reste devra être affecté à l’éducation, l’aide alimentaire et la gestion de l’impôt sur la fortune. Plus d’1,5 million de signatures en faveur de cette initiative ont été déposées, alors qu’il n’en fallait que 875 000 pour la soumettre au vote.

Combien rapporterait-elle ?

Selon la proposition, la taxe pourrait rapporter des « dizaines de milliards de dollars ». Mais les avis divergent sur le sujet. Selon un rapport d’experts sur la proposition, paru en décembre 2025, la taxe pourrait rapporter environ 100 milliards de dollars sur cinq ans, entre 2027 et 2031. On retrouve toutefois parmi les auteurs de ce rapport l’économiste français Emmanuel Saez, qui a travaillé sur cette proposition de taxe avec Gabriel Zucman. Un autre rapport, publié en septembre 2026, est moins optimiste et estime plutôt à 30 milliards de dollars les recettes issues de cette taxe.

La taxe génère aussi des inquiétudes concernant la réaction des milliardaires à ce nouvel impôt. Certains pourraient décider de réduire le montant de leurs impôts sur le revenu ou de quitter la Californie, ce qui entraînerait une baisse des recettes de l’État. Cette baisse a été estimée à moins d’un milliard de dollars par an par une agence gouvernementale non partisane.

Qui serait concerné ?

La Californie compte environ 250 milliardaires, dont la fortune totale s’élève à plus de 2 000 milliards de dollars. On retrouve parmi eux le dirigeant de Meta Mark Zuckerberg, qui a une fortune estimée à 200 milliards de dollars. La proposition prévoit de s’appliquer aux milliardaires qui résidaient en Californie au 1er janvier 2026.

Le dirigeant de Meta, Mark Zuckerberg, serait soumis à cette taxe si elle était adoptée. Photo Sipa/AP/Jacquelyn Martin

Le dirigeant de Meta, Mark Zuckerberg, serait soumis à cette taxe si elle était adoptée. Photo Sipa/AP/Jacquelyn Martin

Nombre de ces milliardaires se sont lancés dans une fronde contre cette proposition, menaçant notamment de quitter la Californie en répercussion. Certains ont déjà franchi le pas, comme Larry Page ou Sergey Brin, cofondateurs de Google, selon le suivi de la fortune des milliardaires californiens. Plus de 333 millions de dollars ont été versés à l’initiative politique « Building a Better California », qui s’oppose à la proposition, selon le New York Times. Le gouverneur démocrate de Californie, et les prétendants à son poste, sont eux-mêmes opposés à cette mesure. Aux électeurs, désormais, d’avoir le dernier mot.

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